Bourse de Paris : France-Le dogme du nucléaire pas cher est brisé, disent ses opposants
31/01/2012 | 17:53
* Les écologistes dénoncent 50 ans de mensonge
* Eric Besson assure que le nucléaire reste moins cher
(Actualisé §§ 5-6 avec Besson)
Le rapport de la Cour
des comptes publié mardi en France brise le dogme du "nucléaire
pas cher" et balaie les vertus supposées de l'atome, estiment
des écologistes, centristes et membres de la gauche radicale.
L'étude souligne que prolonger la durée de vie des centrales
nucléaires au-delà de 40 ans semble inévitable sauf à accepter
des investissements difficilement réalisables ou une baisse de
la consommation d'électricité.
Dans l'hypothèse d'une durée de vie de 40 ans et d'un
maintien de la production à son niveau actuel, il faudrait "un
effort très considérable d'investissement équivalent à la
construction de 11 (réacteurs de type) EPR d'ici la fin de
2022", écrit la Cour.
En tenant compte des dépenses de recherche, publiques et
privées, qui représentent 55 milliards d'euros, le montant total
des investissements passés ressort à 188 milliards d'euros,
auxquels il faut ajouter les futures dépenses de démantèlement
des 58 réacteurs du parc actuel, estimées à 18,4 milliards.
Dans un communiqué, le ministre de l'Industrie, Eric Besson,
assure qu'au vu de ce rapport, le coût de l'électricité
d'origine nucléaire "reste nettement inférieur à celui des
autres sources de production dans toutes les hypothèses et
quelle que soit la méthode de calcul."
Selon lui, la première conclusion de ce rapport "est que le
mythe du coût caché du nucléaire s'effondre." "La deuxième c'est
qu'il y a certes des incertitudes sur les coûts du démantèlement
et des déchets, que nous nous efforçons d'ailleurs de réduire,
mais surtout que ces incertitudes ne font évoluer que
marginalement le coût du nucléaire", ajoute-t-il.
Mais pour l'Observatoire du nucléaire, un organisme
indépendant, l'étude de la Cour des comptes marque "la fin de 50
ans de mensonges" des promoteurs de l'atome "qui n'ont cessé de
prétendre que l'électricité d'origine nucléaire était de loin la
moins chère."
"Ce rapport fera date car il confirme le coût faramineux du
nucléaire futur", souligne l'adjoint au maire écologiste de
Paris, Denis Baupin, sur son blog.
"Qu'on choisisse de prolonger la durée de vie des réacteurs
existants (en les sécurisant et en tentant de les faire tenir
dix ou vingt ans de plus), ou que l'on choisisse de construire
des réacteurs de nouvelle génération EPR pour les remplacer, le
coût du kWh produit sera près de deux fois plus élevé que le
prix artificiel actuel", ajoute-t-il.
INCERTITUDES SUR LE CHIFFRAGE FUTUR
Greenpeace estime pour sa part que le "verdict" de la Cour
des comptes "est sans appel pour l'EPR", puisque le
mégawattheure produit par Flamanville "coûtera entre 70 et 90
euros, soit aussi cher que l'éolien terrestre."
"De quoi sérieusement compromettre l'avenir de ce type de
réacteurs", dit l'organisation dans un communiqué.
Jean-Luc Bennahmias, vice-président du MoDem de François
Bayrou et écologiste, estime lui aussi que le rapport de la Cour
des comptes "vient ouvrir une nouvelle brèche dans
l'argumentaire du gouvernement et des opérateurs."
"Le nucléaire coûte cher - les investissements déjà réalisés
sont de l'ordre de 228 milliards d'euros - et cela ne risque pas
de s'arranger", écrit-il.
Il souligne que la Cour des comptes "fait état des
incertitudes qui règnent quant au chiffrage des investissements
et opérations futures."
"Combien coûte le démantèlement ? A combien s'élève la
gestion des déchets radioactifs ? Ou encore, à combien reviendra
la prolongation de la durée de vie des centrales ?",
demande-t-il.
Pour le Parti de gauche, tous ces éléments sont "autant
d'arguments à prendre en compte pour le grand débat citoyen" que
le Front de Gauche et son candidat à la présidentielle, Jean Luc
Mélenchon, appellent instamment sur la politique énergétique de
la France.
Prolonger les centrales françaises semble inévitable
(Gérard Bon, édité par Gilles Trequesser)
Valeurs citées dans l'article :
AREVA,
EDF