(Easybourse.com) AXA IM a connu une expérience relativement moyenne de la crise du crédit. Comment l'expliquez-vous ?
Il y a 18 mois il y a eu une détérioration importante du marché des LBO.
Pour protéger nos clients, nous pensions alors que les opportunités de crédit se trouvaient essentiellement dans le secteur financier, prenant en considération le fait que les banques étaient contraintes par les accords de Bâle de se protéger contre l'affaiblissement de leur bilan.
Nous avions ainsi surpondéré ce secteur dans nos allocations.
Quel est le bilan des pertes subis dans ce compartiment ?
Etablir un bilan des pertes n'est pas chose aisée. Les instruments financiers sont interconnectés.
Depuis le début de la crise nous avons effectué un travail très important afin d'avoir une exposition sur l'ensemble des instruments (fonds par fonds).
Sur les 266 milliards d'euros que nous gérons, les répercussions directes et indirectes de la crise ont été relativement limitées.
Vous avez décidé de procéder à un changement au niveau de l'organisation de l'équipe d'AXA IM. Pourquoi ?
L'expertise fixed income est essentielle pour AXA IM.
266 milliards d'euros d'actifs sont gérés dans ce compartiment. Nous sommes un acteur majeur de ce marché.
Par conséquent, il est essentiel pour nos clients d'identifier ce que l'on peut améliorer, avoir une expérience moindre de défauts et anticiper les risques de crédit recouvrent encore plus d'importance.
A mon arrivée au sein d'AXA IM au mois de mars dernier, l'équipe était organisée en fonction de produits.
Une stratégie et un style différent étaient suivis dans les différentes équipes existantes.
Pour des mandats relativement semblables, il était possible d'obtenir des résultats différents.
Par ailleurs, il y avait une grande distance entre les analystes d'une part et les gérants d'autre part.
J'ai ainsi procédé à un partage de l'expertise en deux grandes divisions : la première chargée de prendre des décisions structurelles basées sur des éléments macro économiques (comme l'orientation des taux d'intérêt, des devises...) et la seconde chargée de prendre des décisions de crédit.
J'ai par ailleurs encouragé les analystes à travailler beaucoup plus directement avec les gérants. Dans cette optique, nous allons compléter la formation des gérants afin qu'ils soient en mesure d'analyser les obligations et leurs émetteurs. Toutefois nous comptons toujours sur la contribution des analystes Crédit qui travailleront étroitement avec les gérants et produiront des rapports plus synthétiques et réguliers. Les analystes seront d'ailleurs sur les desks de gestion. Cela devrait nous permettre d'améliorer nos performances.
Vous souhaitez responsabiliser les gérants ?
Je souhaite renforcer un certain sens de la responsabilité.
Il ne s'agit pas, pour le gérant, de prendre des décisions au gré de son humeur, il lui faut apprécier les opinions émises par les analystes et les stratégistes.
Nous sommes en train d'établir une liste de ces questions que les gérants devront poser systématiquement à chaque fois qu'ils seront confrontés à une analyse faite en interne ou à l'extérieur de l'établissement.
Parallèlement, nous avons amorcé un cycle de programmes pour nos gérants consistants à les envoyer dans notre pôle de gestion de Greenwich aux États-Unis afin de partager et développer leurs savoir-faire respectifs.
Une formation avec une équipe externe spécialisée dans le crédit est par ailleurs mise en place pour permettre d'améliorer encore les compétences d'analyses de nos gérants et analystes.
L'idée est d'instaurer une logique de doute systématique afin de se poser les bonnes questions au moment voulu.
Quel regard portez-vous sur l'évolution des marchés financiers dans les mois qui viennent ?
Il n'est pas facile à l'heure actuelle d'avoir assez de recul pour déterminer ce qui va se passer.
Nous pouvons avancer quelques suppositions, tirer les leçons de l'histoire, analyser les crises précédentes, mais il est difficile d'avoir une idée précise de la suite des événements et de l'efficacité qu'aura la politique mise en œuvre par les autorités américaines.
Le choc de la crise conduit à la réémergence d'une gestion plus classique, plus conservatrice avec une optique de protection du capital, (en fonction d'horizon de placement donné).
Le marché s'est trop perdu dans la complexité entraînant la méfiance des investisseurs.
Sécurité, simplicité, qualité, visibilité seront les valeurs de l'avenir.
Propos recueillis par Imen Hazgui
- 06 Octobre 2008 - Copyright © 2006 www.easybourse.com