(Easybourse.com) La première chose qui saute aux yeux quant à vos résultats du S1, c'est le bond de votre chiffre d'affaires qui passe de 312 000 euros à 4,896 millions d'euros (+1469%). Je voulais faire un point sur les différents produits qui ont contribué à ce résultat.
Ce chiffre d'affaires…, c'est Loramyc : 4,5 millions d'euros d'accords de licences ou de joint-ventures que nous avons signés depuis 2007 et dont les paiements à la signature sont étalés sur plusieurs mois du fait des normes IFRS auxquels s'ajoute le chiffre d'affaires Loramyc France (330 000 euros), révélateur d'une très bonne position que l'on est en train d'acquérir à l'hôpital.
Les redevances se décomposent comme suit : des redevances provenant de la filiale européenne SpeBio, coentreprise créée avec SpePharm, à hauteur de 2,325 millions d'euros ; des redevances reçues de la société Par Pharmaceuticals, détentrice des droits de commercialisation de Loramyc aux Etats-Unis, pour un montant de 2,070 millions d'euros ; 105 000 euros provenant de la société coréenne Handok Pharmaceuticals, correspondant à l'étalement sur 27 mois du montant reçu à la signature du contrat de licence en Corée, Singapour, Malaisie et Taiwan.
Le fait que Loramyc a été reconnue par quatre partenaires au niveau international, c'est la marque d'un succès très fort du produit.
Nous sommes présents sur trois continents (Etats-Unis, Europe, Asie) pour des accords qui totalisent près de 90 millions d'euros en paiements successifs auxquels s'ajoutent des milestones et des royalties.
Ce bon positionnement hôpital en France, c'est quelque chose que vous n'aviez pas l'année dernière, année de lancement…
Effectivement, c'est très différent de l'année dernière. Aujourd'hui, le produit commence à être reconnu par les guidelines hospitaliers et il y a notamment un rapport annuel sur le sida, par le professeur Yeni, qui recommande de traiter la candidose oropharyngée par des traitements locaux et notamment par Loramyc.
Petit à petit, nous pénétrons dans les habitudes hospitalières. Et, ce qu'il faut savoir, c'est que le monde de l'hôpital est un monde très ancré dans les habitudes. Le travail de notre force de vente est de le faire bouger.
'Faire bouger' le monde hospitalier, je suppose que cela a un coût. Peut-on avoir une estimation ?
Non, puisque c'est un élément stratégique, notamment vis-à-vis de la concurrence. Tout ce que je peux vous dire, c'est que ces coûts sont représentatifs d'un effort de lancement sans être surdimensionnés.
Comment négociez-vous les royalties de vos licences ?
Le niveau des royalties n'a évidemment pas été dévoilé, mais c'est un niveau qui est important.
Mais, en ce qui concerne les négociations, les deux parties vont se mettre d'accord sur un équilibre financier qui sera ensuite découpé en plusieurs morceaux : paiements à la signature, paiements d'étapes (étapes réglementaires et seuils de chiffre d'affaires) et royalties.
C'est un calcul financier où chacun apprécie la rentabilité du contrat de son côté et d'une manière générale, on arrive à un équilibre économique qui satisfait tout le monde.
Et par exemple, est-ce que les royalties asiatiques sont cohérentes avec les américaines ?
Chaque pays a ses particularités. Les niveaux de négociations vont dépendre de la position des partenaires, de leur taille, etc., mais quoi qu'il en soit, les royalties sont toujours cohérentes avec l'état d'avancement des produits.
Plus un produit est avancé dans son développement, plus vous allez pouvoir négocier des royalties élevées.
Notre stratégie est de faire des accords en phase III pour maximiser la valeur du produit.
Le Loramyc en Italie, est-ce qu'on attend un enregistrement au premier semestre 2009 ou pas ?
L'Italie, c'est un pays qui est toujours long puisqu'on négocie les tarifs en même temps. Il en est de même en Espagne.
Sur ces pays où nous n'avons pas encore obtenus les AMM [autorisations de mise sur le marché, ndlr] et les prix, nous avons un horizon qui est effectivement fin 2008/premier semestre 2009.
Concernant l'acyclovir Lauriad, on attend un dépôt de dossier d'enregistrement en 2009, à quand la commercialisation ?
On prévoit effectivement de déposer le dossier en Europe en 2009, après il faut environ un an pour obtenir une AMM, c'est du moins ce que l'on observe en France.
Ensuite, en fonction des pays, il y a des négociations de prix.
Il pourra donc y avoir des commercialisations fin 2010, il pourra aussi y en avoir d'autres en 2011. Je pense qu'on était plutôt sur 2011, surtout que ça dépend de quand sera déposé le dossier en 2009.
Nous avons des délais réglementaires que nous ne maîtrisons pas forcément.
Avez-vous des projections de chiffre d'affaires qui intègrent Loramyc et l'acyclovir Lauriad qui impactera de toute évidence les résultats 2012 ?
Nous n'avons pas de projections en ce qui concerne l'Aciclovir Lauriad.
Par contre, on estime, pour le Loramyc, des ventes 2012 d'environ 33 millions d'euros pour l'Europe.
Aux Etats-Unis, les ventes seront faites par notre partenaire Par Pharmaceutical et, nous, nous recevrons des royalties.
Toujours pour l'acyclovir, avez-vous déjà été approchés par des partenaires potentiels ? Les négociations prennent du temps et 2012 arrivera vite…
L'essentiel du marché est en ville et non à l'hôpital où se concentre notre force de vente. Donc, l'acyclovir est clairement un candidat à un partenariat avec une plus grosse société.
Les accords sont effectivement longs, les partenaires potentiels veulent apprécier le marché, veulent revoir les résultats cliniques, etc.
Nous avons déjà des candidats identifiés et nous poursuivons activement les discussions puisque, pour nous, ces partenariats sont sources de revenus indirects et sont partie intégrante de notre stratégie.
Si nous voulons garder un mixte revenus entre revenus indirects et revenus directs, nous souhaitons néanmoins avoir d'ici à 2012 une prépondérance des revenus directs.
Concernant la technologie Lauriad, vous parlez d'extension de gamme, peut-on en savoir un peu plus ?
Nous voulons capitaliser sur cette technologie muco-adhésive. C'est une manière d'arriver le plus vite possible au marché, de dégager rapidement des revenus en mobilisant un minimum de coûts et un minimum de temps.
Sur Lauriad, nous avons plusieurs idées que nous sommes en train de développer qui vont s'appliquer à des domaines comme l'inflammation, comme la douleur, comme la mucite (inflammations de la muqueuse buccale).
A force de multiplier vos produits, n'allez-vous pas intégrer votre force de vente européenne, qui est actuellement une joint-venture avec SpePharm ?
C'est une possibilité. La joint-venture a été mise en place pour le Loramyc et un maître mot qui résume bien Bioalliance, c'est la flexibilité, organisationnelle notamment.
A l'horizon 2012, notre objectif est d'avoir quatre produits commercialisés et nous savons qu'une force de vente peut commercialiser jusqu'à quatre produits.
Une autre possibilité, c'est de commercialiser ces produits via notre joint-venture si nous considérons que c'est un bon véhicule pour nos nouveaux produits. Cette option nécessite de négocier avec notre partenaire.
Sur le sujet, il y a un arbitrage à opérer, mais l'important, c'est que nos structures sont en place.
Doit-on s'attendre à une baisse des charges au second semestre, notamment du fait de la suspension des recherches sur le doxorubicine Transdrug ?
Je vous dirais que non. Nous avons intérêt à investir sur nos différents programmes pour les emmener le plus loin possible dans les phases de recherche et donc vers des accords.
Si ce programme devait s'arrêter -ce qui n'est pas le cas aujourd'hui-, nous réorienterons les budgets vers d'autres plus amonts pour pouvoir les accélérer.
Et où en est l'investigation sur le doxorubicine Transdrug ?
Elle est en cours. Elle date de juillet et nous estimons que ces investigations devraient être terminées en fin d'année.
Nous seront en mesure, à ce moment-là, de déterminer l'arrêt ou non des recherches sur le doxorubicine Transdrug.
Qu'en est-il des charges de personnel (+19% au S108) ? Allez-vous continuer à embaucher ?
L'effort de structuration est derrière nous.
En guise de conclusion, comment percevez-vous actuellement le marché des biotechs, largement malmené depuis le début d'année ? Est-ce que vous sentez un mieux venir ?
C'est très difficile de se prononcer aujourd'hui. Le marché des biotechs a souffert à la fois d'être un marché de PME et un marché considéré à risque.
Ce que je vois, c'est qu'aujourd'hui il y a beaucoup de sociétés qui valent peu cher.
En ce qui nous concerne, AGF Private Equity a rejoint le capital de Bioalliance dans le courant de l'été à hauteur de plus de 5%. Cela prouve qu'il y a un intérêt pour ce secteur.
Les biotechs ont besoin d'actionnaires de long terme de ce type puisque les sociétés se positionnent sur des périodes longues. Les développements pharmaceutiques sont longs.
Propos recueillis pas Marjorie Encelot
- 03 Septembre 2008 - Copyright © 2006 www.easybourse.com