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BNP PARIBAS (BNP)

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Baudouin Prot
Administrateur, directeur général
Interview réalisée le 19/05/2008

« La capacité de résistance du groupe n'est pas un phénomène passager »

(Easybourse.com) Pourriez-vous nous faire quelques commentaires sur les résultats du premier trimestre que vous venez de publier?
Le groupe affiche un résultat net de près de 2 milliards pour ce premier trimestre. Cela représente 20% de moins que le résultat du premier trimestre 2007. Mais ce résultat avait été un record atteint dans l'histoire du groupe dans le cadre d'une conjoncture qui avait été exceptionnellement favorable.

La crise nous a impacté beaucoup moins que nos concurrents. Dans tout ce qui est banque de détail qui représente 60% des activités du groupe, les profits et revenus sont en hausse, les coûts sont bien contrôlés, et les risques maîtrisés.

Dans le cadre de la gestion d'actifs, BNP Paribas résiste relativement bien malgré les répercussions liées à la baisse des bourses. Les profits n'ont diminué que de 10%.
Nous avons eu une bonne collecte nette, notamment en banque privée. Cela traduit la marque de confiance de nos clients.

Enfin, la banque de financement et d'investissement a été le métier le plus affecté par la crise des marchés.
Mais, c'est également le segment qui résiste le mieux en relatif. Si nous considérons les grands acteurs mondiaux de financement et d'investissement, et si nous comparons les résultats cumulés des trois derniers trimestres, autrement dit depuis le début la crise, BNP Paribas est une des trois seules banques d'investissement au monde qui a été bénéficiaire chacun des trois trimestres en question.
Toutes les autres banques ont été déficitaires au moins un trimestre.

Cela témoigne du fait que la capacité de résistance du groupe n'est pas un phénomène passager.

La marque et la stature de BNP Paribas dans les marchés en sortent renforcées. Nous voyons les revenus clients venir vers BNP Paribas de façon importante. Nous bénéficions de cette attractivité du groupe tant dans la banque de réseau (60 000 clients en plus en France pour ce premier trimestre), que dans la banque privée et la banque d'investissement.

De quelle manière envisagez-vous les perspectives pour la fin de l'année et notamment l'évolution de ce déséquilibre qui existe entre la banque de détail d'une part et la banque d'investissement d'autre part ?
Nous ne pouvons pas réellement parler de déséquilibre. Dans le business modèle de la société, depuis sa création en 2000, nous avons été très attachés à avoir un équilibre des métiers avec des activités de banque de détail qui représentent entre 55 et 60% des revenus, des activités de banque d'investissement qui s'élèvent entre 25 et 30% et la gestion d'actifs qui se situe entre 15 et 20%.

Il existe une véritable synergie entre ces différents pôles d'activités. Nos clients entreprises utilisent beaucoup les services de la banque d'investissement, nos clients de banques privées du réseau se servent fréquemment des services de la gestion d'actifs…

Le fait d'avoir l'ensemble de ses activités dans un même groupe est un facteur d'efficacité au service des clients et des générations importantes de ventes croisées.

Au demeurant, il est vrai que la banque d'investissement est un métier où les revenus sont plus volatils.
Mais BNP Paribas demeure un des leaders mondiaux dans deux grandes activités, les dérivés (de crédit, de taux d'intérêt et d'actions), et le financement des activités d'énergie, de matières premières, de transports et de projets.

Nous continuerons à nous développer dans ces secteurs où l'activité mondiale est forte.

Quel est votre sentiment concernant les conditions des marchés financiers ? Pensez-vous que le gros de la crise est derrière nous?
Il y a lieu d'être prudent et de se garder aujourd'hui d'établir des prévisions précises car la visibilité est très faible. Néanmoins je pense que le mois de mars aura vu le plus dure de la crise des marchés.
J'espère que la normalisation que nous avons eue au mois d'avril va se poursuivre. Actuellement nous sommes loin d'être revenus à des conditions normales de marché. En témoigne le coût de la liquidité entre les banques.

Il est clair que nous assisterons dans les prochains trimestres au retour progressif d'une situation plus normale. Ceci ne se fera pas sans chahuts et sans volatilité.

Que vous inspirent les différents records atteints d'une part par le prix du baril de pétrole et d'autre part par l'euro ?
Le prix du baril s'explique par la combinaison de plusieurs éléments. D'une part, une croissance mondiale encore très forte, en particulier dans les pays émergents, où les équipements en infrastructures et en automobile ne cessent de se développer, augmentant de ce fait la demande en pétrole.

Parallèlement la production connaît un certain nombre de difficultés techniques, des problèmes politiques ou de sécurité dans certaines régions du monde. Celle-ci s'inscrit ainsi dans une certaine stagnation.

Au final il y a un effet de décalage entre l'offre et la demande. Le marché anticipant ce décalage, les pressions exercées ont accentué à la hausse le prix du baril.

Le niveau élevé de l'euro est lié à des différences de taux d'intérêt et à des différences de perspectives économiques. Le ralentissement économique en Europe est beaucoup moins marqué qu'aux États-Unis. Assez naturellement, ceci a conduit à des mouvements de taux de change importants.
Il faut souhaiter que l'évolution de la parité euro/dollar ne se poursuive pas dans le même sens en raison des difficultés rencontrées par les entreprises qui produisent à partir d'installations de production en zone euro.

Est-ce que le groupe a été affecté par la parité euro/dollar ?
Lorsque le dollar baisse de l'ordre de 10% par rapport à l'euro, les profits du groupe sont affectés de l'ordre de 2%. Ainsi l'impact est limité par rapport à d'autres facteurs de conjoncture générale.

Une des craintes qui existent sur les marchés financiers concerne le crédit crunch des banques. Est-ce que le groupe a été touché d'une manière ou d'une autre par ce problème ?
Pas du tout. Si nous considérons le rythme de croissance des encours de crédits de BNP Paribas à nos clients, particuliers et entreprises, en France sur les trois derniers trimestres (+ 8,6%, + 11%, + 10,9%), celui-ci n'a pas décéléré.
Nous avons à l'inverse une dynamique de collecte des dépôts qui s'est accélérée, (les clients ayant préféré les dépôts à vue et les dépôts à terme aux sicav monétaires et aux placements plus longs). Ces dépôts permettent de financer la distribution des crédits.

Nous sommes ainsi revenus en plein dans les fondamentaux du métier.

Ceci étant nous sommes partisans du crédit responsable et du crédit professionnel.
L'octroi des prêts doit se faire en fonction de la capacité de remboursement des emprunteurs. C'est un très mauvais service à rendre à tout le monde que de distribuer des crédits de manière laxiste et irresponsable. Cela se retourne rapidement contre l'emprunteur et la banque créditrice. C'est ce qui a donné les crédits subprimes aux États-Unis.

Ayant toujours fait attention à ce que nos critères de distribution de crédits soient professionnels et rigoureux, nous n'avons pas ressenti la nécessité de resserrer ou de donner un tour de vis particulier à ces critères.

C'est ce qui explique que le groupe soit moins exposé que nos grands concurrents à ce sujet de préoccupation majeur.

Sur le front des acquisitions, la crise a affaibli un certain nombre de banques. Peut-on envisager que le groupe BNP Paribas jouera un rôle actif dans la consolidation éventuelle du secteur et qu'en est-il du dossier Société Générale ?
Sur le dossier Société Général, je n'ai rien à ajouter aux déclarations que nous avons faites il y a quelques semaines. Il n'y a rien de nouveau. Les choses ont été dites de manière parfaitement claire.

Pour ce qui est du reste des acquisitions potentielles, BNP Paribas a les moyens de se développer de façon organique d'une manière forte sur ses trois grands pôles d'activités. Cependant nous n'excluons pas de regarder des acquisitions éventuelles de taille moyenne en étant très disciplinés sur les prix.

Il y a eu récemment des banques régionales d'HSBC qui se sont vendues en France à des prix beaucoup trop élevés pour BNP Paribas.

Nous n'avons pas besoin de réaliser des opérations de croissance externe coûte que coûte.
Du reste, la conjoncture de cette année et de l'année prochaine ne sera pas propice pour faciliter la correction d'acquisitions payées trop cher.

Enfin un dernier mot pour vos actionnaires ?
Je les remercie de leur confiance. Nous avons la semaine prochaine notre assemblée générale qui sera l'occasion de les rencontrer.
Nous allons par ailleurs très vite procéder à la distribution des dividendes de 3,35 euros ce qui représente un solide rendement par rapport au cours actuel de l'action.

Par suite, je veux leur dire que je suis désolé que le cours de la société soit en baisse ces dernier mois mais que dans le relatif, BNP Paribas a connu une évolution de son cours bien meilleure que la moyenne des indices bancaires et cette année bien meilleure que la moyenne de l'indice du CAC 40 alors que l'industrie bancaire a été la plus affectée par la crise.

Nous sommes très déterminés à faire en sorte que les résultats de BNP Paribas évoluent en comparatif et de manière satisfaisante afin que le placement en actions BNP Paribas continue à être ce qu'il a été depuis la privatisation de la banque en octobre 1993, c'est-à-dire un placement rémunérateur.

Nous sommes attachés à la politique de dividendes et sur le moyen terme, dans la mesure du possible, à la politique de valorisation du cours de BNP Paribas.

Propos recueillis par Imen Hazgui

Retrouvez la vidéo de l'interview sur Easybourse TV

- 19 Mai 2008 - Copyright © 2006 www.easybourse.com

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