BOURSORAMA : Le prix à payer
Place de Cotation : NYSE Euronext Paris
Métiers : banque en ligne
Marché, Positionnement : L’un des premiers en Europe
Forces : Actionnaire de référence ; dynamique commerciale
Faiblesses : rentabilité affaiblie, taille encore modeste en Europe.
Raisons de la Recommandation :
Pour avoir été parmi les premiers à proposer des transactions boursières en ligne, Boursorama reste dans les toutes premières places dans son métier. Mais elle n’est plus uniquement le site boursier de l’origine, bien qu’elle continue dans cette voie au travers d’acquisitions ou de partenariats, elle s’est très largement tournée vers les services bancaires.
Cette stratégie de conquête à un coût, qui affecte la rentabilité. Déjà en 2009, l’international avait pesé sur le compte de résultats, notamment l’implantation en Allemagne où le rachat d’Onvista en 2007 juste avant la crise a nécessité de passer des provisions pour dépréciation. Le Royaume-Uni, l’Espagne et l’Allemagne sont les trois pays où Boursorama désire s’implanter, et jusqu’ici avec un certain succès à en juger par le nombre d’ouvertures de comptes. Mais il faut bien investir pour conquérir des clients, ce n’est qu’ensuite que la rentabilité arrive ; le management considère qu’il faut compter douze mois pour rémunérer les investissements.
Parallèlement, un effort d’investissements a été effectué en marketing en France qui a triplé le budget de communication ; le principe de la banque en ligne est durablement installé dans le paysage français, Boursorama s’adresse de préférence à une clientèle de trentenaires et de quadragénaires, qui seront des épargnants de demain, et il est nécessaire de le solliciter afin qu’ils ouvrent leurs comptes et déposent leur épargne. C’est là également un investissement de long terme, dont la rentabilité finira par se traduire dans les comptes. Ce sont ces facteurs qui expliquent que sur le premier semestre les résultats aient fléchi, avec un recul de 16 % du bénéfice d’exploitation (28 m€ contre 33,2), et de 24 % du bénéfice net, alors que le chiffre d’affaires a progressé de 5 % à un peu plus de 100 m€. Pour le troisième trimestre, dont les chiffres ont été communiqués récemment, la tendance reste la même et s’est d’ailleurs aggravée en termes de résultats, doublée cette fois-ci d’un recul de 3 % de l’activité, malgré un nombre d’ouvertures de compte en forte progression, ce qui fait que l’exercice 2010 ne sera pas du meilleur cru.
A côté de ces aspects stratégiques, il faut quand même mentionner deux autres facteurs qui peuvent avoir une influence sur l’approche qu’a le marché de l’entreprise. D’une part, le changement inattendu du dirigeant en octobre, alors qu’il avait pris ses fonctions il y a peu, fait peser un doute sur la pérennité de la stratégie, ou sur sa validation par l’actionnaire majoritaire, et ce, à un moment où, deuxième facteur, de nouveaux concurrents attirent une clientèle plus avertie en matière d’opérations boursières de court terme, qu’il s’agisse d’opérations sur les changes (Forex) ou encore sur les trackers. Le positionnement sur la banque et non plus seulement sur la bourse, s’il est plus pérenne, ne doit pas prendre le risque de détourner les clients les plus actifs vers d’autres sites boursiers.
Objectifs de cours :
En octobre 2009 nous avions conseillé d’acheter la valeur en escomptant un retour du cours vers 10 € dans les douze mois ; cet objectif a été atteint très vite, mais depuis, l’action est revenue au niveau où elle était l’an dernier, notamment à la suite de la publication des comptes de ce troisième trimestre.
Depuis trois ans, le bénéfice par action était relativement stable, de l’ordre de 0,56 € ; cette année, le consensus l’attend évidemment inférieur, vers 0,45 € ; à 8 €, le PER 2010 est de 17,8 fois, ce qui est élevé compte tenu des incertitudes sur la fin de l’exercice ; pour 2011 la place anticipe un retour vers 0,57 € par action, soit un PER de 14 fois. Etant donné que le management privilégie les investissements industriels au détriment du dividende, ce qui peut se comprendre, l’actionnaire ne peut compter que sur la reprise de la croissance des profits et leur décollage. Pour l’instant, rien ne permet de la dater avec certitude ; seul l’adossement solide à la Société Générale écarte tout risque majeur.
Dans ces conditions, nous jugeons préférable de ne pas se porter acheteur, il sera intéressant de suivre de près les commentaires de la nouvelle direction lors de la publication des comptes complets de la société, en février. D‘ici-là, une poursuite de la faiblesse du titre ne peut être totalement exclue.
Marc Bouche
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