ESSILOR INTL. : A un tournant
Place de Cotation : NYSE Euronext Paris
Métiers : Optique ophtalmique
Marché, Positionnement : leader mondial
Forces : marché porteur, qualité de l’innovation
Faiblesses : sensibilité partielle aux fluctuations de change
Raisons de la Recommandation :
Notre dernière note sur la société s’est avérée trop prudente, le cours que nous considérions comme atteignable (42 €) a finalement été dépassé, et la valeur a même franchi son plus haut historique de 47 € de juillet 2007. Lorsque la qualité est là, le marché finit toujours par y revenir.
Après un exercice 2009 satisfaisant, celui en cours ne devrait pas décevoir non plus ; le management s’attend à une nouvelle croissance voire à une accélération de son activité cette année, grâce à un rythme toujours soutenu dans les pays émergents, doublé d’un redémarrage progressif dans les pays occidentaux ; jusque là le premier trimestre n’a pas démérité, avec une hausse de 7,8 % du chiffre d’affaires, et comme toujours, quelques acquisitions réalisées depuis viendront compléter la progression finale. Les marges devraient être préservées, mais nous en saurons plus à la fin du mois lorsque le groupe publiera ses chiffres semestriels.
Il faudra être très attentif sur ce point, la rentabilité, car le groupe a opéré un virage dans sa stratégie bien établie ; il s’est diversifié vers des produits de milieu de gamme et des lunettes à petits prix, en espérant élargir sa base de clientèle, atteindre une nouvelle couche de consommateurs, très large, et au passage accentuer son implantation mondiale, d’ailleurs renforcée par un accord signé avec l’italien Luxottica, pour l’Australie et la Nouvelle Zélande.
Toutefois, si la société se montre confiante quant à la rentabilité de ce créneau en forte croissance, il est possible malgré tout que les marges y soient moins élevées que celles de ses verres à forte valeur ajoutée comme ceux de la marque Varilux par exemple, et que l’exercice en cours marque une inflexion en termes de rentabilité ; la reprise de l’américain FGX International devrait selon le groupe avoir un impact positif seulement sur l’exercice 2011.
Dans cette même logique, le groupe a revu sa stratégie industrielle, afin de répondre à la demande des pays émergents, mais aussi pour préserver justement cette rentabilité ; il a entrepris un redéploiement de ses capacités de production vers des régions où les coûts de fabrication sont moins élevés, notamment en mettant l’accent sur la Thaïlande, la Chine, l’Inde et le Mexique. Cette réorganisation va se traduire par des transferts de production qui vont générer des coûts, dont une partie fera l’objet de provisions sur cet exercice. Exercice d’ailleurs qui devrait bénéficier de la cession de la participation (15 %) détenue par le groupe dans Sperian Protection, qui fait l’objet d’une OPA à un prix assez généreux, et permettra au groupe d’encaisser une plus value très confortable.
Sur le moyen terme, cette stratégie devrait être bénéfique en ce sens qu’elle fait accéder la société à un marché très vaste, où les nombreux consommateurs ont un pouvoir d’achat qui devrait logiquement s’élever. Ce qui en fait des clients potentiels pour les verres à meilleures marges, plus tard. La démographie croissante, le vieillissement des populations, l’accès à un meilleur confort sanitaire, sont des tendances lourdes dont le groupe devrait bénéficier durablement, en raison de sa place de leader, et fort de ses 30 % environ de parts de marché. Etant donné que l’innovation a toujours été à la pointe chez Essilor, cette prédominance ne devrait pas être remise en cause prochainement.
Objectifs de cours :
Un nouveau marché, presqu’un nouveau métier , un repositionnement industriel, ce sont là deux risques qu’il faut prendre en considération ; certes la société a déjà démontré son savoir faire en termes de positionnement et d’implantation, et elle s’attend à réaliser cette année une croissance comprise entre 5 et 7 %, avec un maintien de sa marge ; jusque là, ses prévisions ont été rarement démenties, mais étant donné la hausse du cours depuis le printemps 2009, il ne faudrait pas qu’une déception sur les marges survienne. A 48 €, le bénéfice estimé pour cette année est capitalisé près de 22 fois, et celui de 2011 près de 20 fois.
A ce niveau, nous ne sommes pas acheteurs, mais nous conseillons de conserver le titre si l’on est actionnaire, et d’attendre la publication des semestriels pour s’assurer de la préservation de la rentabilité opérationnelle pour le devenir. 2010 pourrait être un exercice de transition, avec un bénéfice net favorablement influencé par la cession de Sperian.
Marc Bouche
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