FANNIE MAE : Le sauvetage de Fannie et Freddie inspire optimisme et prudence
09/09/2008 | 07:37 Les taux d'intérêt des emprunts immobiliers ont reculé ce lundi aux Etats-Unis après l'annonce de la prise de contrôle de Fannie Mae et Freddie Mac par le gouvernement américain qui pourrait permettre aux marchés du logement et du crédit de reprendre leur souffle, au moins temporairement.
par Pedro Nicolaci da Costa
Les marchés d'actions ont terminé en hausse aux Etats-Unis, mais également sur l'ensemble des places financières du monde, les investisseurs estimant que l'appui accordé aux deux groupes est en mesure d'atténuer les maux du système financier.
Le Dow Jones a bondi de 2,59%, tandis que l'indice paneuropéen FTSEurofirst a pris 3,3%.
Les actions de Fannie Mae et Freddie Mac ont en revanche lourdement dévissé, perdant respectivement 89,63% et 82,75%. Leurs obligations se sont a contrario inscrites en forte hausse, ces titres bénéficiant désormais de la garantie fédérale.
Dimanche, l'administration Bush a annoncé qu'il allait prendre le contrôle de Fannie Mae et Freddie Mac, qui possèdent ou garantissent près de la moitié des 12.000 milliards de dollars de crédits immobiliers résidentiels en cours aux Etats-Unis.
Le sauvetage des deux géants du refinancement, qui pourrait d'ailleurs être le plus coûteux de l'histoire, reste toutefois révélateurs de l'environnement hostile dans lequel évoluent les marchés depuis plus d'un an, estiment certains analystes.
L'annonce de leur mise sous tutelle publique fait craindre que le plan soit très défavorable aux actionnaires. Washington a en effet annoncé être prêt à investir jusqu'à 100 milliards de dollars dans l'achat d'actions des deux groupes, ce qui se traduirait par une très forte dilution des porteurs d'actions actuels.
"C'est le plus gros évènement de mes 21 ans de métier", commente Arthur Frank, directeur de recherche sur les MBS (produits issus de la titrisation de crédits immobiliers) à la Deutsche Bank.
L'INCONNUE DU COÛT POUR LE CONTRIBUTABLE
Le plan de sauvetage a soulagé l'ensemble des places boursières mondiales, et notamment les valeurs financières, car il éloigne le risque de contagion des difficultés de Fannie et Freddie à l'ensemble du secteur du crédit.
Les deux organismes ont perdu en tout 14 milliards de dollars sur les quatre derniers trimestres et sont endettés à hauteur de 1.600 milliards.
Le directeur de l'autorité qui les supervise, la Federal Housing Finance Agency, James Lockhart, s'est refusé sur CNBC à estimer la facture potentielle du plan pour le contribuable américain, tout comme le secrétaire au Trésor, Henry Paulson, qui a souligné qu'une telle estimation serait délicate tant que la correction immobilière n'aurait pas pris fin.
"Il est très difficile pour quiconque de le connaître, parce que beaucoup d'entre nous pensent bien entendu que cette correction immobilière se stabilisera au cours des prochains mois et que nous verrons le bout du tunnel sur le marché du logement", a dit Paulson à Bloomberg Television.
Paulson a ajouté, lors de différentes interventions télévisées organisées au lendemain de l'annonce du plan, que la décision de placer les deux groupes sous tutelle avait été prise il y a environ une semaine, tout en précisant que "personne n'aime placer le contribuable dans une situation comme celle-ci."
Pour l'investisseur Warren Buffett, le gouvernement n'avait pas d'autre alternative.
"Je ne changerais rien au plan. C'est le dispositif le plus approprié et le plus sensé dont nous disposions", a-t-il commenté sur CNBC.
"L'euphorie pourrait faire long feu", nuance toutefois Christopher Low, chef économiste chez FTN Financial. "Parce que le problème, ce n'est pas Fannie et Freddie. Leurs difficultés sont le symptôme d'une correction mondiale du crédit que la décision (de dimanche) pourrait à elle seule ne pas suffire à régler."
Par ailleurs, quatre anciens responsables de Fannie Mae font depuis lundi l'objet de poursuites, un investisseur estimant qu'ils avaient menti sur l'état réel des finances du refinanceur et qu'ils en avaient artificiellement gonflé le cours afin de bénéficier de primes significatives.
Instruite par une juridiction de l'Etat de New York, la plainte vise à lancer une procédure collective qui regroupera les investisseurs ayant acheté des titres Fannie Mae entre le 16 novembre 2007 et le 5 septembre 2008.
La plainte vise nommément Stephen Ashley, président, Daniel Mudd, président et directeur général, Stephen Swad, directeur financier, et Robert Levin, directeur de l'exploitation.
Swad avait déjà été évincé le 28 août, tandis que les trois autres ont été remplacé lundi.
Version française Gilles Guillaume