par Philip Blenkinsop et Michele Sinner
Le projet de démantèlement du groupe transfrontalier, moins d'une semaine après un premier plan de sauvetage des Etats du Benelux qui prévoyait d'injecter 11,2 milliards d'euros dans le groupe de bancassurance, est une nouvelle illustration de l'aggravation de la crise financière qui touche désormais de plein fouet le continent européen.
Le ministre luxembourgeois de l'Economie a indiqué que la banque française BNP Paribas figurait parmi les repreneurs potentiels, ajoutant qu'une solution devait être trouvée d'ici la fin du week-end.
"BNP Paribas est une possibilité parmi beaucoup d'autres", a indiqué Jeannot Krecke sur la radio luxembourgeoise RTL.
"Maintenant, nous devons revenir à la solution que nous avions envisagée dimanche dernier, c'est-à-dire trouver un partenaire solide parce que le gouvernement belge est le principal actionnaire de Fortis Luxembourg. Le problème sera réglé ce week-end", a-t-il déclaré.
Une source proche de Fortis a déclaré que la direction tenait des réunions de crise au siège bruxellois du groupe et que des annonces étaient attendues à la fin du week-end ou en début de semaine prochaine.
Le ministre belge des Finances, Didier Reynders, a dit cependant à la chaîne RTBF samedi soir que le gouvernement pourrait ne pas prendre nécessairement de décisions dans les prochains jours.
Le gouvernement néerlandais a annoncé vendredi le rachat des activités de banque et d'assurance de Fortis aux Pays-Bas pour un montant de 16,8 milliards d'euros, y compris l'essentiel des activités de la banque néerlandaise ABN Amro, réagissant ainsi à une vague de retrait d'argent par des déposants.
Ce deuxième plan de sauvetage de la banque intervient au moment où un mini-sommet réunissait à Paris les quatre pays européens membres du G8 (France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie) avec pour objectif d'arrêter une position commune de l'Union européenne face à la tourmente financière.
De source néerlandaise proche du dossier, on précise que le gouvernement de La Haye a commencé dès le lendemain de l'annonce du premier plan à envisager de nationaliser la majorité des activités néerlandaises du groupe. "Les discussions ont commencé dès qu'il a été clair que les choses ne s'arrangeaient pas", a-t-on dit de source proche du gouvernement.
Une source belge proche du dossier a indiqué que l'unique solution de rechange pour le groupe belgo-luxembourgeois consistait soit à le céder à un investisseur privé, soit à le nationaliser afin de protéger les épargnants et d'éviter autant que possible des licenciements parmi les 45.000 salariés concernés.
"Il ne serait pas réaliste de laisser les choses en l'état", a-t-on observé de même source.
RÉUNIONS DE CRISE
Selon le quotidien financier belge De Tijd, qui cite des sources politiques, trois ou quatre repreneurs potentiels seraient identifiés pour racheter les activités belges de Fortis, dont la BNP. Toutefois, a déclaré la source à Reuters, le nombre de candidats serait plus limité.
BNP Paribas, qui selon des sources proches des discussions aurait proposé 1,6 euro par action Fortis il y a une semaine, s'est refusé à tout commentaire. Un porte-parole de la Société générale, dont le nom est également cité par la presse, a refusé également de commenter ces informations sur Fortis.
L'opération de vendredi a été annoncée après la fermeture de la Bourse. Fortis a fini en baisse de 0,79% à 5,42 euros, soit pratiquement son niveau d'avant le sauvetage.
Un porte-parole du gouvernement belge a déclaré qu'une réunion des principaux membres du cabinet du Premier ministre Yves Leterme était prévue samedi pour discuter du budget 2009.
Le directeur général de Fortis, Filip Dierckx, qui a refusé de répondre aux questions lors d'une brève conférence de presse vendredi soir, a décliné toutes les invitations à la télévision et à la radio vendredi et samedi.
Une source proche de la banque a indiqué qu'il participait à des réunions de crise au siège de Fortis à Bruxelles.
Le gouvernement belge, qui détient une part de 49% dans Fortis Bank Belgium, a indiqué que l'opération mise en oeuvre par les Pays-Bas permettait à la Belgique de se concentrer sur l'évolution du groupe à court et moyen termes.
L'accord échafaudé en urgence le week-end dernier prévoyait la revente de la participation acquise l'an dernier dans ABN Amro mais ING, considéré comme le repreneur le plus probable de cette activité, a renoncé cette semaine à faire une offre.
Fortis a été la première banque de la zone euro à tomber sous l'effet de la crise mondiale du crédit. Elle a acquis sa participation dans ABN au plus haut du marché pour 24,2 milliards d'euros l'an dernier, peu avant l'éclatement de la crise des subprimes aux Etats-Unis, qui sa débouché sur une crise du crédit, ce qui a rendu plus difficile d'emprunter de l'argent pour financer l'opération.
Version française Jean-Michel Bélot, avec la contribution de Paul Taylor, Darren Ennis à Bruxelles, Foo Yunchee à Amsterdam, Matthieu Protard et Julien Ponthus à Paris, édité par Jean-Loup Fievet
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