Bourse de Paris : France-Woerth mis en examen sur la campagne Sarkozy de 2007
09/02/2012 | 19:52
* Un supposé versement illicite de 150.000 euros
* La campagne Sarkozy de 2007 objet de poursuites
* Une vingtaine d'heures d'audition au total
L'ancien ministre UMP
Eric Woerth a été de nouveau mis en examen jeudi dans l'enquête
sur l'héritière de L'Oréal Liliane Bettencourt, cette
fois pour "recel" de 150.000 euros qui auraient financé la
campagne de Nicolas Sarkozy en 2007.
Eric Woerth, 57 ans, avait déjà été mis en examen mercredi
pour "trafic d'influence passif" au terme d'une première
audition-fleuve d'une douzaine d'heures devant les juges
bordelais. Il a encore été entendu jeudi pendant neuf heures.
Les nouvelles poursuites, annoncées par le parquet et son
avocat, portent sur un versement supposé de 150.000 euros en
espèces par Patrice de Maistre, gestionnaire de fortune de
Liliane Bettencourt.
Selon des dépositions de Claire Thibout, ex-comptable de
Liliane Bettencourt, l'argent aurait été destiné, aux dires de
Patrice de Maistre, à financer la campagne de Nicolas Sarkozy en
2007, dont Eric Woerth était le trésorier.
"A l'issue de cette audition (...), Eric Woerth a été mis en
examen du chef de recel à raison d'une présumée remise de
numéraire qui lui aurait été faite par M. Patrice de Maistre",
explique le parquet dans un communiqué.
Les juges de Bordeaux qui conduisent l'affaire ont déjà
saisi les comptes officiels de la campagne Sarkozy en 2007.
Cette remise d'espèces, si elle a existé, est une infraction
puisque les dons en liquide sont limités concernant un parti à
7.600 euros et 4.600 euros pour un candidat.
Ces faits demeurent obscurs, puisque Claire Thibout admet ne
pas avoir vu Patrice de Maistre remettre l'argent à Eric Woerth.
Aucun élément n'est par ailleurs disponible sur l'usage que ce
dernier a fait de l'argent, s'il l'a bien reçu.
Des correspondances possibles avec ces faits sur les agendas
d'Eric Woerth et Patrice de Maistre ont cependant été remarquées
par les enquêteurs. Des vérifications ont été engagées sur les
comptes bancaires de Liliane Bettencourt, l'ex-comptable
expliquant que 50.000 euros avaient été retirés en France et le
reste en Suisse.
"LES FAITS N'ONT PAS EXISTÉ"
"Ces faits n'ont pas existé, M. Woerth s'insurge qu'on lui
demande des comptes sur quelque chose qui n'a pas existé", a dit
son avocat Jean-Yves Leborgne à Reuters.
Son client réagit aux poursuites avec "sérénité", dit-il.
"Je ne pense pas que la justice pénale puisse fonctionner sur
des hypothèses d'un raisonnement. Il lui faut des faits. Ces
faits lui font défaut. Il faudra qu'un jour on en tire les
conséquences", a-t-il ajouté.
Déjà entendu comme témoin en 2010 dans la première phase de
l'enquête à Nanterre (Hauts-de-Seine), avant que le dossier ne
soit transféré à Bordeaux, Eric Woerth a toujours nié toute
malversation et s'est dit victime de calomnies.
L'affaire a commencé en 2007 sur un éventuel abus de
faiblesse sur la personne de Liliane Bettencourt, 89 ans,
première actionnaire de L'Oréal, troisième fortune de France.
Elle se penche maintenant sur les liens entre des personnalités
de la majorité et l'entourage de l'octogénaire.
Ministre du Budget entre 2007 et 2010, puis du Travail entre
mars et novembre 2010, revenu depuis à l'Assemblée, Eric Woerth,
un proche de Nicolas Sarkozy, est le premier dirigeant politique
inquiété dans cette affaire.
Il a déclaré au Monde faire partie de la cellule "riposte"
de l'UMP, qui organise la réplique au candidat socialiste
François Hollande, dans l'attente de la probable déclaration de
candidature du chef de l'Etat.
Les magistrats ont retenu mercredi pour la première mise en
examen pour "trafic d'influence" une autre partie des faits
litigieux, qui portent sur l'embauche de la femme d'Eric Woerth
en 2007 chez le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt,
suivie en 2008 de la remise de la Légion d'honneur par le
ministre au même gestionnaire de fortune, Patrice de Maistre.
Eric Woerth reconnait la matérialité de ces faits mais
explique qu'ils ne sont constitutifs d'aucun délit.
(Claude Canellas, avec Thierry Lévêque à Paris, édité par Yves
Clarisse)