LAURENT-PERRIER : En transition
Place de Cotation : NYSE Euronext Paris
Métiers : Maison de champagne
Marché, Positionnement : Parmi les premiers producteurs français
Forces : Marques, répartition géographique équilibrée
Faiblesses : Endettement important
Raisons de la Recommandation :
Prise de court par la crise alors qu’elle avait décidé de positionner ses produits sur le haut de gamme, la société a rapidement pris un virage à 180° en commercialisant des bouteilles à des prix voisins de 10 €. Cela témoignait d’un esprit pragmatique qui a permis d’éviter le pire, mais les comptes de résultats de l’exercice à fin mars 2010 s’en étaient durement ressentis. Le chiffre d’affaires avait baissé de 5 % à 171 m€, mais surtout le résultat opérationnel était amputé d’un tiers à 29 m€, et le bénéfice net pratiquement divisé par deux, à 10,6 m€. Il faut dire que le marché du champagne avait reculé de 5 à 6 %, que les exportations qui représentent le gros des ventes avaient souffert de la défection des principaux clients étrangers, ce qui a fait que les stocks devenaient couteux.
Depuis, le marché du champagne s’est bien repris ; en 2010 il semble avoir progressé de 8 à 9 % en volume, avec une remontée progressive dans le temps, même si les ventes de fin d’année dont l’importance est grande pour les maisons de champagne, n’ont pas été tout à fait à la hauteur des espérances. Il va certainement falloir encore du temps pour que le métier retrouve les niveaux record de la période d’avant-crise. Au plus haut en 2007 il s’était vendu autour de 340 millions de cols, fin 2010 le chiffre était vers 320 après être descendu jusqu’à 290 en 2009. Dans ce contexte, il est bien évident que l’effet prix a joué à plein, l’objectif étant de diminuer le poids des stocks, ce qui a obligé certaines maisons à casser les prix, voire à vendre à prix coûtants. Heureusement, la politique de limitation du rendement des exploitations, définie par la profession, a permis le limiter l’offre, les baisses de prix n’ont pu jouer que pendant un laps de temps court ; avec la reprise de la demande, les niveaux d’exploitation ont été relevés, le plus gros des difficultés semble passé.
Pour Laurent Perrier, cette amélioration du marché se traduit dans ses comptes intermédiaires, le chiffre d’affaires semestriel était en hausse de 23 %, reprise qui s’est poursuivie sur le troisième trimestre mais de manière moins prononcée, avec une avance de 13 % seulement. Ce qui fait que sur neuf mois, l’activité du groupe s’est améliorée de 18 %. A mi-parcours, les comptes de résultats se reprenaient également, mais dans des proportions plus faibles, en raison d’un effet mix prix toujours négatif. Ils devraient encore se ressentir cette année de la cassure supportée lors de l’exercice précédent. Pour le dernier trimestre qui coure actuellement, la direction vise une « stabilisation » de l’activité, mais confirme que le résultat devrait se redresser en même temps que l’endettement diminuer. La question que l’on peut se poser, après coup, est de savoir, ce qui se serait produit si le management n’avait pas changé sa stratégie du tout au tout, et était resté sur le haut de gamme, positionnant sa marque avec une connotation « luxe ». A regarder les marques les plus prestigieuses, il semblerait bien qu’elles aient mieux résisté dans la difficulté.
Objectifs de cours:
Le profil boursier de l’action suit la même courbe que celle du métier ; après être passé de 130 € à moins de 40 en un peu plus d’un an, il s’est repris mais n’est pas encore à mi-parcours de sa descente. La direction avait estimé pour le moyen terme le redressement de la situation, il faut donc encore patienter un peu. A 76 €, le bénéfice estimé pour cette année à fin mars est capitalisé 31 fois, mais il ne faut pas négliger l’effet de levier dont les résultats pourraient bénéficier ; si le résultat net de 2010 n’était que de 10,6 m€, celui de 2009 était de 18,9 et celui de 2008 de 34,6 M€ ; le retour, certes progressif, vers ces niveaux pourrait conduire le cours bien plus haut.
Un investisseur qui considère que le champagne restera le champagne et qu’une redistribution des cartes pourrait bien se produire dans ce métier également, peut s’intéresser à cette société encore familiale, en prenant garde toutefois à l’étroitesse du marché de l’action en bourse. L’investissement ne peut se concevoir que pour le moyen terme.
Marc Bouche
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