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ORPEA (ORP)

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Docteur Jean-Claude Marian
PDG d'Orpéa
Interview réalisée le 18/08/2006

« L'objectif du Commissariat au Plan des 40 000 lits ne sera pas atteint en 2010 »

(Easybourse.com) Comment voyez-vous évoluer le marché de la dépendance dans les années à venir ?
Le secteur va continuer à se développer fortement du fait de l'évolution de la courbe démographique. Le nombre de personnes très âgées, c'est-à-dire de 85 ans et plus, va presque doubler dans les dix années à venir, passant de 1,1 à 2 millions. Et on estime que 20% de cette population sera amenée à vivre dans une institution pour personnes dépendantes, malgré le développement de l'aide à domicile. Les maladies de type Alzheimer ou Parkinson ne faisant qu'amplifier ce phénomène.

A quand la fin de la pénurie des lits en maisons de retraite ?
Le mot « pénurie » est excessif. Les listes d'attente résultent essentiellement de la non-adéquation des places proposées en institution avec les attentes des clients et de leurs familles. Toutefois, il est vrai que la France souffre d'une insuffisance de lits, et le Commissariat au Plan a chiffré les besoins de 40 000 à 60 000 lits supplémentaires d'ici à 2010, soit demain !
La Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA), mise en place par la loi du 30 juin 2004 relative à la solidarité pour l'autonomie des personnes âgées et des personnes handicapées, doit être financée, pour partie, par la solidarité nationale, notamment le produit dégagé à l'occasion de la journée de solidarité et pour partie par les crédits de l'assurance maladie. Le gouvernement prévoit ainsi de financer les soins pour 5 000 lits par an. Mais si on fait le calcul, on se rend compte que l'objectif des 40 000 lits ne sera pas atteint avant huit ans, et celui des 60 000 avant douze années !

Comment se situe votre groupe sur ce secteur ?
Il faut d'abord rappeler que 57% des lits sont gérés par le secteur public, 26% par le privé non lucratif comme les associations ou les congrégations religieuses et 17% par le privé commercial, dont nous faisons partie. Dans un tel schéma, Orpéa propose moins de 2% du total des lits en France. Mais il est toutefois l'un des leaders du privé lucratif. 

Votre groupe affiche un chiffre d'affaires de 100,5 millions d'euros pour le 2T 06, en hausse de 27,3% sur un an, et une croissance organique à 14,3%. A quoi imputez-vous ces bons résultats ?
Orpéa a su se développer, dans ce secteur très porteur, grâce à de nouvelles acquisitions et à l'obtention d'autorisations pour l'ouverture de nouveaux établissements ou l'extension d'établissements déjà existants.

Envisagez-vous de procéder à de nouvelles acquisitions après celle de Grupo Care en Espagne ?
Chronologiquement, il s'agit de notre dernière acquisition. Mais nous continuons à rechercher de nouvelles opportunités en France et à l'international. Nous sommes déjà présents en Belgique, en Suisse et en Italie. Cependant, nous préférons être prudents avant toute opération. Ainsi, nous avons étudié le marché espagnol pendant trois ans avant de procéder au rachat de Grupo Care.

Que pensez-vous du mouvement de consolidation auquel nous assistons actuellement sur ce secteur et de l'intervention des fonds d'investissement ?
Sur les 1 600 établissements du secteur privé commercial français, près de 700 disposent de 5 à 40 lits. Dès lors, ce secteur, très atomisé, devrait connaître le même phénomène de concentration que celui de l'hôtellerie. Les investissements nécessaires sont de plus en plus lourds, les normes toujours plus complexes et les services centraux importants (qualité, audit, formation, restauration…). Dans un tel contexte, les rapprochements devraient se poursuivre. Notre secteur est administrativement très contrôlé ce qui rend difficile le respect de toutes ces contraintes pour les petits établissements.
Le secteur de la santé, au sens large, est en pleine mutation et le pourcentage du PNB que les Etats y consacrent est en constante évolution. Il est donc cohérent que les fonds d'investissement soient de plus en plus intéressés par la santé.

Vous avez récemment évoqué la possibilité de créer une SIIC en apportant vos actifs immobiliers. Qu'en est-il de ce projet à l'heure actuelle ?
Il s'agit d'une hypothèse de travail que nous continuons à étudier. Aucune décision définitive n'a encore été prise mais on y réfléchit.

Huit des 500 premières places du classement des plus grosses fortunes de France, établi par le magazine Challenges, sont occupées par des dirigeants de maisons de retraite. Le marché semble donc plutôt porteur. Ne craignez-vous pas une dérive business dans ce secteur où le côté humain devrait l'emporter sur le côté argent ?
Il n'y a pas de risque de dérive pour des raisons simples. D'abord, le secteur de la dépendance est très réglementé, nous sommes soumis à la tutelle du Conseil général et de la DDASS, et il existe un référentiel qualité très strict à respecter afin d'obtenir la convention tripartite - signée entre l'établissement, l'Etat (ou la DDASS) et le département (ou Conseil général) - mais surtout afin d'en obtenir le renouvellement.
De plus, la prise en charge de la dépendance est un secteur concurrentiel très ouvert. Si on prend le parti de sacrifier les normes de qualité, on encourt le risque d'une sanction commerciale immédiate. Parmi nos clients, on compte les résidents mais également les familles qui sont, très normalement, de plus en plus exigeantes. Il n'est pas possible de jouer la carte de l'économie à tout prix.
Ainsi, par exemple, pour notre part, tout rachat d'établissements signifie investissements et dépenses supplémentaires tant en personnel qu'en équipement afin de développer nos exigences en termes de qualité et de service.

- 18 Aout 2006 - Copyright © 2006 www.easybourse.com

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