(Easybourse.com) Pourriez-vous nous faire quelques commentaires concernant les résultats du groupe pour ce premier semestre. Comment expliquez-vous notamment la diminution de votre bénéfice net de 13,7% sur un an?
Nos résultats nets de 2007 ont bénéficié des gains tirés de la cession de nos activités de Kompass en Belgique et en France qui s'élevaient à 34 millions d'euros.
Si nous comparons le bénéfice des activités poursuivies sans tenir compte des acquisitions ou des cessions éventuelles, donc à périmètre constant, la progression est de 20%.
Quels ont été les principaux moteurs de la croissance du chiffre d'affaires de 4,6% ?
Cette croissance a été essentiellement stimulée par nos activités Internet. Nous espérions avoir une hausse de 25% sur nos activités Internet cette année ce qui conduirait à des revenus qui représenteraient 40% de l'ensemble de nos gains.
Nous sommes effectivement sur cette ligne d'horizon.
Deux éléments dominants expliquent l'essor de nos activités sur Internet. Tout d'abord la progression du nombre de nos annonceurs. Nous avions conquis l'année dernière 121 000 clients, nous escomptons un dépassement de ce nombre pour cette année.
Ensuite, l'évolution de notre politique tarifaire de l'annuaire imprimé et de l'annuaire Internet pour mieux refléter l'efficacité des supports.
Nous avons observé dans les grandes villes et plus particulièrement en région parisienne une forte augmentation de l'audience Internet avec en face une baisse de l'utilisation de l'annuaire imprimé. De ce fait nous avons procédé à une hausse des tarifs sur Internet et à une diminution des tarifs sur l'imprimé.
S'agissant des perspectives d'évolution de vos résultats, vous avez mis en avant une dégradation de vos objectifs en terme de croissance (entre 3 et 4% au lieu de 5%) particulièrement en raison de l'Espagne et de la France ?
Le marché espagnol a en l'espace de 6 à 8 mois totalement basculé d'une situation d'hyper croissance avec une économie portée essentiellement par le secteur de la construction et plus généralement par l'immobilier à une situation de crise importante.
Les prêts à taux variables accordés aux ménages espagnols ont conduit à une augmentation brutale des remboursements dus et par conséquent à une moindre consommation.
Le marché présente un potentiel de récession relativement significatif.
Concernant la France, on observe que les entreprises du secteur de la publicité ont quelque peu de mal à avoir une croissance importante sans acquisition.
Les résultats annoncés sont au mieux stables, si ce n'est négatifs.
Nous avons alors pris en considération la détérioration du marché dans lequel nous nous inscrivons.
Les prises de commandes que nous enregistrons actuellement et qui devraient être intégrés dans nos comptes à la fin de l'année nous confortent dans ce sentiment.
L'Espagne et la France constituent pour vous les deux principaux maillons faibles ?
Le groupe réalise environ 95% de son chiffre d'affaires en France. Le reste étant réalisé en Espagne, au Maroc et au Luxembourg.
Il n'y a pas de crise particulière perceptible au Maroc ou au Luxembourg.
Si vous anticipez une dégradation de vos objectifs pour la fin de l'année, votre vision demeure-t-elle pessimiste pour 2009 ?
Nous pensons avoir en 2009 une croissance du chiffre d'affaires comparable à celle de cette année, entre 3% et 4%.
Deux autres points faibles sont mis en exergue concernant les perspectives de vos résultats. Tout d'abord, la concurrence des moteurs de recherche sur le segment des annuaires. Par ailleurs, il y a peu de cibles stratégiques intéressantes concernant la croissance externe du groupe en Europe. Qu'en pensez-vous ?
Le groupe réalise environ 400 millions d'euros de chiffre d'affaires de publicité sur Internet. Cela représente en taille la somme de MSN, d'Orange et d'AOL.
En outre, en terme de revenus publicitaires, pagesjaunes.fr constitue le cinquième site au monde derrière entre autres Google, Yahoo, MSN.
Ainsi, nous sommes un acteur leader sur Internet.
S'agissant de la question de la croissance externe du groupe, nous avons acquis l'année dernière Horyzon Média, pour booster nos activités dans le domaine des annonceurs nationaux.
Il est vrai qu'il existe peu de cibles actuellement intéressantes.
Nous ne visons pas l'acquisition d'éditeurs annuaire dans d'autres pays. Si il y a acquisition, cela se fera dans le sillon d'Internet, en France.
Pour le moment nous n'avons pas de cible particulière, ni de calendrier précis.
Quels sont les principaux défis auxquels vous devez faire face pour rester dans la course de la nouvelle technologie ?
En cela, pourriez nous-parler de votre projet de travailler avec l'Iphone. Pour certains, il s'agirait d'une goutte d'eau par rapport à l'ensemble du trafic Internet du groupe et cela vous amènerait à aller sur les plates-bandes de Google, ce qui ne serait pas chose évidente?
Si on considère les classements Médiamétrie, pagesjaunes.fr a un taux de reach sur les mobiles en France (internautes qui utilisent les services sur mobile) de 19% contre 5,6% pour Google.
Ainsi l'internaute qui surf sur son mobile pour rechercher des informations a plus tendance à utiliser nos services que les services de Google.
Notre projet sur l'Iphone répond à notre volonté d'être présent sur tous les smartphones qui facilitent la navigation sur Internet sur un mobile.
Cela constitue donc un déclencheur pour l'essor de nos activités sur ce support.
Dans le même esprit, nous pouvons évoquer notre partenariat avec Samsung qui représente en France plus de 35% de parts de marché des mobiles ou encore l'opération avec SFR navigation qui offre la possibilité de télécharger sur le mobile une application pagesjaunes/mappy.
Nous avons le sentiment que le jeu n'est pas encore distribué sur le segment des mobiles pour Internet et nous avons la conviction qu'à moyen terme (un à deux ans), les mobiles constitueront un axe de développement majeur.
Avez-vous un objectif chiffré concernant le trafic sur mobile ?
Non.
Le cours du groupe a baissé de manière importante. Pour certains le fait de distribuer la totalité des bénéfices nets à vos actionnaires n'est pas en mesure de calmer les esprits.
De quelle manière appréhendez-vous l'évolution sur les marchés financiers ?
Le cours n'a pas tellement été tiré vers le bas par les résultats de PagesJaunes mais par les résultats de nos homologues qui ont rencontré un certain nombre de difficultés.
Ces derniers ont un taux d'endettement qui n'est pas comparable avec celui du groupe.
Alors que PagesJaunes est endetté à hauteur de 3,5 fois la marge brute opérationnelle, nos concurrents européens ou américains ont un endettement qui se situe entre 4,5 et 6 avec en outre des échéances proches.
Qui plus est leur perspective de croissance sur Internet n'est pas équivalente à la nôtre.
Nous ferons le point à la fin de l'année une fois que les médias, les radios, la presse en général auront baissé.
PagesJaunes apparaîtra alors comme une valeur qui résiste beaucoup aux situations de crise, car constitue pour de nombreux annonceurs locaux le support de base.
Depuis 4 ans, le groupe distribue l'intégralité de ses résultats. Nous avons un dividende égal à celui de l'année dernière, soit 96 centimes d'euros.
Si nous faisons la comparaison avec le cours du jour qui est à 8,70 euros cela signifie que nous avons un dividend yield (taux de versement) de 12%, ce qui est considérable.
Propos recueillis par les étudiants du projet collectif «Tribune Sciences-Po de l'économie de l'immatériel».
- 28 Juillet 2008 - Copyright © 2006 www.easybourse.com