(Easybourse.com) Votre indice de référence est le MSCI World Textiles, Apparel and Luxury Goods. Quelle a été son évolution depuis le début de l'année?
L'indice a perdu 11 % depuis le début de l'année.
La plus forte baisse est survenue au mois de janvier (-13 %, -1 % en février, -2 % en mars, et + 4 % en avril).
Elle s'explique par les interrogations qui ont concerné les ventes des produits de luxe, sur le mois de décembre, essentiellement aux États-Unis.
Les résultats du quatrième trimestre n'ont été publiés qu'à partir du mois de février.
C'est là que le marché a commencé à être rassuré.
De quelle manière s'est comporté votre fonds par rapport à l'indice de référence ?
Le fonds a un peu plus baissé que l'indice. Nous avons environ 100 points de base de différence.
Il y a différentes raisons à cela.
Tout d'abord, nous avons été pénalisés par la valeur Hermès dont le cours a progressé. Nous sommes sous pondérés sur la société bien que nous l'appréciions.
Même si elle paraît être bien armée pour résister à la crise, la société nous semble trop chère par rapport au reste du secteur.
Elle a une prime de proie potentielle.
Or je ne suis pas sûre qu'une opération de rachat se concrétise sur le court terme. La famille ne me semble pas être en situation de vouloir vendre.
Ensuite, nous avons des sociétés qui sont très fortement pondérées à l'intérieur de l'indice, largement au-delà des 10 %. C'est le cas de Nike (qui a publié de très bons résultats et a particulièrement bien performé). Or au niveau de la gestion du fonds nous n'avons pas le droit de détenir plus de 10 % d'un titre en portefeuille.
Enfin, nous sommes sous pondérés en valeurs américaines. Or elles se sont globalement mieux comportées que les valeurs européennes sur la période.
Quelles ont été les répercussions de la crise sur l'évolution de votre fonds ?
La crise financière a été à l'origine de la mauvaise performance des marchés financiers dans leur ensemble. Il y a eu de manière générale une sortie des investisseurs actions pour aller vers les classes d'actifs moins volatiles, plus sécurisantes.
Par ailleurs la crise financière a entraîné un fort ralentissement aux États-Unis et a posé de fortes interrogations sur l'évolution de la croissance des ventes de produits de luxe dans le pays pour cette année.
De ce fait, nous avons été impactés comme tout le monde par la crise financière.
Néanmoins, nous observons, contrairement à l'état du secteur il y a quelques années, une très forte demande provenant des pays émergents, en particulier Chine, Russie, Moyen-Orient.
On remarque alors que le ralentissement qui existe aux États-Unis est pour le moment d'autant plus compensé que le luxe haut de gamme a continué à bien se vendre aux Etats-Unis.
Quelles ont été les conséquences dans le cadre de votre stratégie d'investissement?
Nous avons opéré un renforcement dans la mesure du possible des sociétés bien implantées au niveau mondial, en particulier dans les pays émergents, qui ont une grande partie de leur croissance qui provient de ces pays et qui ont les moyens financiers d'accroître leur présence sur ces marchés en fort essor.
C'est le cas de grandes sociétés du secteur telles que LVMH, Richemont, Nike ou Pernod-Ricard.
Investissez-vous dans des sociétés qui sont issues des pays émergents ?
Jusqu'à présent nous investissons dans des valeurs européennes ou américaines présentes dans ces pays.
Nous n'avons pas encore trouvé de valeurs locales qui nous semblaient réellement intéressantes.
Même si nous prenons un pays comme le Japon qui est un pays consommateur de produits de luxe depuis longtemps, il n'y a pas vraiment de sociétés de luxe japonaises telles que nous l'entendons à l'européenne.
A fortiori, cela s'applique pour les grands pays émergents. Nous connaissons les entreprises chinoises spécialisées dans le secteur mais elles sont souvent petites en termes de capitalisation boursière, introduites sur le marché boursier depuis moins d'un an, avec un flottant assez restreint et une valorisation élevée.
Ainsi nous avons une dimension du risque que nous n'avons pas envie de prendre.
D' ailleurs ces marchés ont subi des corrections importantes depuis le début de l'année.
Pour autant observe-t-on l'émergence d'acteurs locaux ?
Des sociétés qui pourraient nous intéresser à terme pourraient être des chaînes d'hôtels haut-de-gamme, des distributeurs de montres sachant que le marché de la montre haut de gamme se porte très bien en Chine depuis plusieurs trimestres.
A ce propos, quel regard portez-vous sur le marché de la montre. Peut-on considérer qu'il s'agit d'une valeur refuge ?
Il est vrai qu'il y existe une demande très soutenue sur le marché de la part des pays émergents. C'est un signe extérieur de richesse au même titre qu'une voiture.
Néanmoins on peut se poser la question de la résilience de ce marché dans un contexte de fort ralentissement économique.
Au regard des nombreux licenciements, dans le domaine financier par exemple, il est fort probable que la demande sur le marché américain ne reste pas très soutenue.
Pour autant, nous restons confiants notamment en raison de la faible capacité de production dans ce segment, en particulier en Suisse. Les carnets de commandes restent importants et donnent une certaine visibilité.
Au-delà des montres et de l'hôtellerie de luxe, y a-t-il d'autres segments sur lesquels vous mettez l'accent actuellement ?
Les spiritueux nous semblent être un domaine peu cyclique. Pernod-Ricard,par exemple, bénéficie de la vente de produits de plus en plus haut-de-gamme.
En outre, en étant positionnée sur le cognac et sur le champagne, la société a l'avantage d'être sur des produits sollicités, dont les stocks sont relativement limités.
Son rachat récent de la société V&S, propriétaire de la vodka Absolut, semble particulièrement intéressant.
Nous sommes également positifs sur une valeur comme L'Oréal, leader mondial des cosmétiques ou encore Essilor, numéro un mondial de l'optique ophtalmique très bien implanté partout dans le monde, qui bénéficie de la prémiumisation des verres de lunettes (anti reflets, amincis, progressifs…)
Quelle est votre impression sur les valorisations du marché en ce moment ?
Nous considérons que les valorisations sont trop basses actuellement. Nous sommes dans le bas de la fourchette historique, environ 15 fois les résultats de la société pour une moyenne qui se situe vers 19/20.
Qu'en est il de la consolidation du secteur?
Pour qu'il y ait consolidation, il faut qu'il y ait des vendeurs.
Ces valeurs qui sont supposées à vendre sont bien sûr mieux valorisées que les autres.
Néanmoins je pense que la consolidation est quasi inévitable dans la mesure où des valeurs familiales, des valeurs non cotées, ne me semblent pas en mesure de faire face à un développement mondial leur permettant de bénéficier de manière conséquente de l'essor des consommateurs des nouveaux pays.
Ouvrir ses propres boutiques, construire son réseau de distribution demandent beaucoup de moyens financiers et humains.
Une société autour de laquelle beaucoup de questions se posent est la société Armani. On ne sait pas actuellement ce que M. Armani veut faire de sa société, la vendre, la faire coter...
Est-ce que le dollar qui s'est beaucoup affaibli ces derniers mois a beaucoup affecté votre stratégie d'investissement?
Les sociétés de luxe pour la plupart sont des sociétés européennes, elles ont leurs unités de production basées en Europe. Dès lors ce sont des sociétés exportatrices.
Si l'on considère l'échantillon des valeurs de luxe, on remarque qu'en moyenne les ventes aux États-Unis représentent entre 18 et 20 % du total des ventes.
À cela on peut ajouter les ventes dans les pays asiatiques hors Japon qui ont des monnaies plus ou moins liées au dollar.
Par conséquent, ces sociétés ont effectivement souffert de l'affaiblissement du dollar par rapport à l'euro.
Cela a été très visible dans les publications des résultats du premier trimestre 2008. Il y a eu un décalage de près de six points entre le chiffre d'affaires exprimé en taux de change constant et le chiffre d'affaires publié...
Ceci étant ce premier trimestre devrait être le plus impacté de l'année si le dollar reste inchangé.
Cela a t-il eu des conséquences sur les prix de vente pratiqués ?
La plupart des sociétés ont dû augmenter leurs prix de manière relativement importante. Nous avons observé des hausses de prix autour de 5-6% sur la partie haut-de-gamme.
Cela n'a a priori pas eu d'impact pour le moment sur la demande en volume.
Ce faisant, il y a plusieurs manières d'augmenter les prix. Souvent cette augmentation se fait lors de la sortie de nouvelles gammes de produits ou de nouveaux modèles.
Finalement, quels sont les principaux risques que vous devez appréhender ?
Des risques classiques de gestion. La demande qui va impliquer le niveau de croissance des sociétés que nous allons mettre dans le portefeuille, l'augmentation des prix et ses répercussions sur les marges et les bénéfices des entreprises, le positionnement géographique de la société, le positionnement des produits, le risque de management, le risque de devises.
Etes-vous sereine quant à la résistance du secteur dans le cadre de la crise financière que nous traversons ?
Jusqu'à présent le secteur a bien résisté, particulièrement dans le haut de gamme. Nous avons eu de bonnes surprises de la part des grandes sociétés.
Nous pourrions avoir un deuxième trimestre difficile aux États-Unis, mais contrebalancé par la demande des pays émergents qui reste forte.
Les valorisations sont, je le rappelle, à leur plus bas historique alors que nous attendons une croissance organique des ventes d'environ 7 %, hors effet devise. Cela correspond à la croissance moyenne du secteur sur les douze dernières années.
Propos recueillis par Imen Hazgui
- 28 Mai 2008 - Copyright © 2006 www.easybourse.com