2011, année d'un élan "irrésistible" contre la corruption - ONG
01/12/2011 | 02:05
par Maria Sheahan
Révolutions arabes,
grève de la faim en Inde, manifestations des "indignés" en
Europe et aux Etats-Unis, 2011 a été l'année d'un élan
irrésistible des populations contre la corruption que les
gouvernements devront prendre en compte, estime Transparency
International dans un rapport publié jeudi.
L'ONG, dont le siège est à Berlin, regrette que "la
corruption continue d'affecter de trop nombreux pays à travers
le monde", comme le révèle son indice de perception de la
corruption (IPC) qui évalue 183 pays et territoires sur une
échelle de 0 à 10 à partir de 17 enquêtes thématiques.
La Nouvelle-Zélande arrive en tête des pays perçus comme
intègres (9,5) pour la sixième année consécutive, suivie de la
Finlande et du Danemark.
La Somalie et la Corée du Nord pointent en queue de
classement avec une note de 1,0.
Bien qu'en légère amélioration (+0,2 point), la France se
maintient au 25e rang, avec une note de 7 sur 10, juste derrière
les Etats-Unis.
L'Hexagone reste moins bien noté que de nombreux Etats
européens comme les Pays-Bas (7e), l'Allemagne (14e), le
Royaume-Uni (16e) ou la Belgique (19e), "où les niveaux
d'intégrité et de transparence de la classe politique et des
services politiques sont perçus comme étant mieux assurés",
souligne Transparency International (TI) dans un communiqué.
Les scandales qui ont émaillé l'année écoulée "ont très
probablement contribué à ce que les observateurs internationaux
continuent à avoir une image dégradée de l'administration et de
la classe politique française", poursuit l'ONG.
TI mentionne le procès des emplois fictifs de la ville de
Paris mettant en cause l'ancien président Jacques Chirac, le
dossier du Mediator, les démêlés judiciaires du président du
conseil général des Bouches-du-Rhône Jean-Noël Guérini ou les
développements de l'affaire Karachi.
EVASION FISCALE
Dans l'ensemble, Transparency International se félicite que
"les citoyens du monde entier exigent que leurs gouvernements
leur rendent des comptes", selon les termes de son directeur
exécutif Cobus de Swardt.
Les pays arabes, emmenés par la révolution du jasmin l'hiver
dernier en Tunisie, et l'Inde, où le combat anti-corruption mené
par Anna Hazare a rassemblé des dizaines de milliers de
partisans, ont montré la voie, estime TI.
Mais les pays de la zone euro atteints par la crise de la
dette, qui trouve en partie son origine dans l'échec des
autorités à empêcher les pots-de-vin et l'évasion fiscale, font
partie des pays de l'UE ayant obtenu les notes les plus basses,
souligne aussi l'ONG.
"Cette année, nous avons vu des banderoles dénonçant la
corruption brandie par des manifestants, riches et pauvres. Que
ce soit dans les pays européens touchés par la crise de la dette
ou dans les pays du monde arabe qui entrent dans une nouvelle
ère politique, les dirigeants doivent prendre en compte ces
aspirations à une meilleure gouvernance", note la présidente de
TI, Huguette Labelle.
Environ deux tiers des pays étudiés ont une note inférieure
ou égale à 5.
Dernière avec la Somalie en proie à l'anarchie, la Corée du
Nord est pour la première fois intégrée au classement car l'ONG
ne disposait pas auparavant de données suffisantes.
"Il n'y a aucun équilibre des pouvoirs en Corée du Nord, les
autorités n'ont aucun compte à rendre et la justice est
totalement contrôlée par le politique. Et par dessus cela, la
société civile telle que nous la connaissons n'existe pas",
explique Cobus de Swardt.
(Jean-Stéphane Brosse pour le service français)