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''BNP, Société Générale, Crédit Agricole, Natixis : l'issue des élections présidentielles devrait donner un nouvel élan aux banques françaises''
David Benamou, Associé gérant chez Axiom Alternative Investments

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19/04/2017 | 11:35
Selon vous 2016 a été une année de transition en termes de résultats des banques européennes ?
Le troisième et le quatrième trimestre ont été stellaires en termes de résultats pour les banques en Europe. La plupart d’entre elles ont fait beaucoup mieux que les résultats attendus. Si bien que bon nombre d’analystes ont modifié à la hausse leurs prévisions.
Les banques françaises ont généré près de 23 milliards d’euros de profits.
Outre-Manche, Lloyds a réalisé 5 milliards de livres de bénéfices. Sa profitabilité est de ce fait aujourd'hui restaurée. Lloyds a la capacité financière de distribuer 20% de sa capitalisation boursière sous forme de dividendes tout en conservant un ratio Tier 1 au-dessus de 13%.

Comment expliquez-vous une telle évolution ?

Par tout le travail accompli consécutivement à la crise de 2008 : de restructuration, de réorganisation, de délaissement des activités non stratégiques…

Pour les trois grandes métriques des banques- le capital, le risque, les profits-nous sommes entrés selon vous dans une phase de normalisation…

Absolument. En cela, nous pouvons dire que le secteur est à nouveau en état de marche.
Le capital est passé de 7% en 2007 à 15% aujourd’hui.
Les règles de provisionnement ont été considérablement améliorées sous l'impulsion de la revue de qualité d'actifs de la BCE.
Globalement le niveau des profits pré crise a été retrouvé.

Les résultats de 2016 ont-ils été empreints de surprises ?

Une surprise pour BNP. Cette dernière brille habituellement par sa maitrise du risque. Or à l’occasion de ses derniers résultats, une importante provision a été mentionnée au sein de la banque de détail sans communication de plus d’informations. Cela pourrait être lié à la fraude découverte au dernier trimestre 2016 dans les comptes de William Saurin.

Quelles sont les zones d’ombre identifiées sur le plan géographique ?

On peut énoncer deux zones d’ombre : l’Italie et le Portugal.
Le secteur bancaire italien a commencé tardivement les efforts de provisionnement des prêts non performants. Un des problèmes essentiels rencontrés en Italie a été la loi sur les faillites très complexe qui avait pour conséquence une durée de procédure collective très longue, autour de 6 ans, contre 2 ans en France. Une réforme à ce sujet, adoptée sous l’égide de l’ancien premier ministre Matteo Renzi, devrait aider à rétablir la situation.
Par ailleurs, le secteur bancaire italien est très morcelé. Une vague de consolidation a commencé et devrait se poursuivre.

La santé de l’économie fait défaut au Portugal. Malgré un relatif redressement du marché immobilier, la dynamique d’ensemble est fragile. Le secteur bancaire portugais a été marqué par la faillite de Banco Espirito Santo. La formation de créances douteuses et de provisions ne ralenti pas vraiment pour le moment.

Nous pourrions encore avoir de mauvaises nouvelles dans ces deux zones ?

Ce n’est pas à exclure. C’est pourquoi la prudence est à redoubler sur les banques italiennes et portugaises.

Une progression des profits de 25% est attendu pour le secteur bancaire en Europe cette année. Qu’en pensez-vous ?

Une telle progression est tout à fait envisageable. Les banques européennes avaient clôturé leurs comptes en 2016 sur une bonne lancée alors que les taux n’étaient pas remontés.
Les résultats des banques européennes pour le premier trimestre 2017 seront connus d'ici quelques semaines et donneront une première indication. Le redressement de la courbe des taux devrait soutenir la profitabilité du secteur.

Le grand défi auquel sont confrontées les banques européennes est la montée en puissance de la digitalisation…

C’est certainement sur ce terrain que va se jouer l’essentiel de la rentabilité à venir des banques en Europe continental. Celles-ci ont en moyenne un ratio de coût rapporté aux revenus de 65%. Les banques britanniques les plus récentes qu'on appelle souvent "challenger banks" opèrent, quant à elles, avec un ratio de coût rapporté aux revenus qui se situe entre 30% et 40%. L’impact sur le ROE est considérable. Alors que celui-ci se situe souvent sous les 10% pour les premières, il est d’environ 30% pour les secondes. C'est par exemple le cas de One Savings.

Mais en matière de digitalisation, c'est la banque britannique Atom Bank, qui est très probablement un des meilleurs exemples de ce que sera la banque dans les années à venir. La société a su offrir une multitude de services prometteurs comme la reconnaissance faciale et vocale, et a su mettre en place toute une série de robots pour effectuer des taches simples comme la vérification des comptes, la récupération de cartes… Ainsi le client a été remis au centre de la relation bancaire. Des économies de coûts substantielles ont pu être réalisées par rapport à une banque traditionnelle. A noter que BBVA détient 35% du capital d'ATOM Bank, ce qui montre à quel point certaines grandes banques traditionnelles sont aux avant-postes des changements en cours.

Quelle est la banque la plus en retard dans cette dimension de la digitalisation ?

C'est difficile à dire mais Deutsche Bank pourrait être un bon candidat ! La rumeur dit que ses systèmes sont une des causes de son échec aux stress tests de la FED aux Etats Unis en 2016. Par ailleurs, le choix de conserver Deutsche Post Bank va poser des difficultés d’intégration dans le réseau de Deutsche Bank. La tâche sera très compliquée et pourrait s’avérer extrêmement onéreuse comme en témoigne la tentative de Royal Bank of Scotland de se séparer de Williams & Glyn.

Pourriez-vous nous rappeler les faits ?

Dans le cadre de l’obtention de son aide d’Etat, la commission Européenne a imposé à RBS de céder la banque Williams & Glyn, ce qui pré-supposait de détacher les réseaux informatiques. 700 millions de livres ont été dépensées auprès de consultants informatiques sans succès…

Le refinancement des banques constitue-t-il un enjeu selon vous à l’heure actuelle ?

Les banques se financent plus cher qu’avant crise comparé aux corporates. Cela est dû à la perception du risque.
La tendance à horizon 15 à 18 mois devrait être une révision positive de la notation des grands établissements européens en raison des vagues de restructuration et d’assainissement.

Quel regard portez-vous sur la performance des banques sur le marché boursier ?

Les actions bancaires ont terminé 2016 sur un territoire légèrement négatif même si le rebond a été spectaculaire au quatrième trimestre de l’année. De janvier à fin mars le secteur se portait assez bien. La série des élections programmées en Europe, en premier lieu desquelles ceux projetées en France ont calmé l’enthousiasme des investisseurs à se réallouer sur les valeurs bancaires. La performance n'est plus que de 1.13% à la veille du premier tour des élections présidentielles françaises. Dans notre scénario central, l’issue des élections françaises devrait donner un nouvel élan à ce segment de marché sauf à avoir des troubles géopolitiques conséquents…

Le repositionnement devrait se faire avec quel biais ?

Sur le plan géographique un rattrapage devrait être observé pour les banques de l’Hexagone, les banques espagnoles, autrichiennes et belges. Devraient également bénéficier d’un certain engouement les banques néerlandaises, et les banques nordiques. Certaines banques italiennes présentent aussi un réel intérêt comme Unicredit ou Intesa.

Quid des banques britanniques ?

Au Royaume-Uni, Lloyds est notre banque préférée. Nous apprécions beaucoup moins HSBC, Barclays et RBS.

Quelles institutions ont votre défaveur ?

Deutsche Bank en Allemagne. Nous avons en revanche une vue constructive sur Commerzbank qui devrait être soutenue par la hausse des taux.

Qu’en est-il des titres bancaires sur le marché obligataire ?

2016 a été une bonne année sur le marché obligataire pour les banques européennes. Les obligations subordonnées ont délivré une performance moyenne de 4% à 5%.
Depuis le début de l’année, le segment des anciennes dettes subordonnées a connu une accélération, avec une performance de près de 5%. Le régulateur a clarifié le traitement d’éligibilité de certains titres au MREL (Minimum Requirement for Eligible Liabilities).

Que voulez-vous dire ?

Dans la directive Résolution, le Régulateur a prévu que les émetteurs doivent détenir au moins 8% de passif pour absorber les premières pertes avant que l’Etat puisse injecter du capital. Une interrogation portait sur ce que devait englober ces 8%. Il a été admis qu’au-delà du capital et des titres hybrides nouveaux, certains titres hybrides anciens ne seraient pas éligibles. Cela a conduit les banques à lancer de nombreuses opérations de rachat et d’échange.

Entrevoyez-vous des augmentations de capital ou des fusions-acquisitions dans les mois à venir ?
Au-delà des augmentations de capital annoncées par Unicredit et Deutsche Bank, nous devrions avoir celle de Monte Paschi, et d’autres petites banques italiennes.
Sur le front des acquisitions, c'est au Royaume-Uni que les opérations semblent avoir commencé avec le rachat stratégique de MBNA, un fournisseur de cartes de crédit par Lloyds. Il faudra probablement attendre encore quelques trimestres pour voir l’activité de Fusion&Acquisition redémarrer réellement.




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