Barack Obama expose ses griefs à Xi Jinping
15/02/2012 | 03:35
par Chris Buckley et Matt Spetalnick
Barack Obama a
fermement exposé mardi les griefs des Etats-Unis à l'égard de la
Chine à l'occasion de la réception à la Maison blanche de Xi
Jinping, envoyé à Washington par le régime communiste chinois
pour renforcer sa stature internationale avant de prendre les
rênes du pays.
Offrant au vice-président chinois les honneurs du Bureau
ovale généralement réservés aux plus proches alliés, le
président américain a assuré que les Etats-Unis se réjouissaient
de "l'émergence pacifique" de la Chine. Il a toutefois souligné
que le processus de transition engagé à Pékin ne changeait rien
aux demandes américaines en matière de rééquilibrage des
relations commerciales, de respect des droits de l'homme et de
responsabilité dans la conduite des affaires internationales
après le veto chinois sur la Syrie à l'Onu.
L'affirmation publique de ces critiques est d'autant plus
remarquable que cette visite soigneusement préparée par les
autorités chinoises avait été présentée essentiellement comme
une prise de contact.
"Nous avons tenté d'insister sur le fait qu'avec le
développement extraordinaire de la Chine au cours des deux
décennies écoulées, qu'avec une puissance et une prospérité
grandissantes venaient aussi des responsabilités accrues", a dit
Barack Obama à la presse.
"Nous voulons oeuvrer avec la Chine afin de nous assurer que
tout le monde suit les mêmes règles pour ce qui est du système
économique mondial, et cela inclut de faire en sorte que les
échanges commerciaux soient équilibrés, non seulement entre les
Etats-Unis et la Chine, mais aussi à travers la planète", a
ajouté le président américain, soucieux de ne pas prêter le
flanc aux accusations de faiblesse de la part de son opposition
républicaine à neuf mois de l'élection présidentielle aux
Etats-Unis.
"RESPECT MUTUEL"
Xi Jinping, qui devrait devenir secrétaire général du comité
central du PC chinois à l'automne avant d'être propulsé à la
tête de l'Etat début 2013, s'est gardé d'évoquer devant la
presse les questions soulevées par son hôte. Il s'est contenté
de prôner un "partenariat coopératif basé sur le respect mutuel"
entre les deux premières puissances économiques du monde, qui se
perçoivent aussi de plus en plus comme des rivales sur le plan
stratégique.
Chacun des deux dirigeants s'est montré souriant et a
manifesté son approbation par des signes de la tête lorsque
l'autre s'exprimait. Ils ont ensuite échangé une poignée de
mains.
Les Etats-Unis n'ont toutefois guère de leviers pour obtenir
une réévaluation du yuan et une réduction de leur déficit
commercial à l'égard de la Chine, qui a atteint le niveau record
de 295,5 milliards de dollars en 2011. La Chine est notamment
leur principal créancier.
Intervenant ensuite devant la Chambre de commerce des
Etats-Unis, Xi Jinping a répliqué de manière plus vive aux
reproches américains en matière de déséquilibres commerciaux et
de respect de la propriété intellectuelle.
Il a assuré que Pékin "a pris des initiatives pour y
répondre" et il a invité les Etats-Unis à réagir à leur tour aux
préoccupations chinoises au sujet de la "levée des restrictions
sur les exportations de haute technologie vers la Chine et de la
possibilité pour les entreprises chinoises investissant aux
Etats-Unis de jouer sur un pied d'égalité".
PIVOT
Lors d'un déjeuner au département d'Etat, Xi Jinping a
souligné que ces questions devaient être réglées par le
dialogue, "et non par le protectionnisme".
Sur la question des droits de l'homme, Barack Obama a
déclaré que les Etats-Unis continueraient "d'insister sur le
fait que nous croyons à l'importance de la reconnaissance des
aspirations et des droits de tous les peuples".
Les responsables chinois n'apprécient généralement pas ce
type d'interventions publiques, qualifiées d'ingérence. Xi
Jinping a pour sa part invité les Etats-Unis à éviter d'infliger
des "perturbations et des dégâts supplémentaires" aux relations
entre les deux pays sur les questions sensibles telles que
Taiwan ou le Tibet, a rapporté l'agence Chine nouvelle.
Selon un responsable américain, Barack Obama a aussi exprimé
lors de leur entretien sa déception au sujet du veto opposé par
la Chine à un projet de résolution sur la Syrie au Conseil de
sécurité des Nations unies. Ce projet de résolution appuyait un
plan de la Ligue arabe au sujet de la mise à l'écart de Bachar
al Assad.
Devant la Maison blanche, environ 200 personnes ont
manifesté contre la politique de la Chine dans les régions du
Tibet et du Xinjiang, contre la répression du mouvement
spirituel Falun Gong et contre la politique de l'enfant unique.
Xi Jinping, 58 ans, est le plus haut responsable chinois
reçu à la Maison blanche depuis que Barack Obama a exposé en
novembre sa nouvelle doctrine diplomatique, dite du "pivot", qui
consiste à tourner les Etats-Unis vers l'Asie et la région
Pacifique, considérées comme l'endroit du monde où se jouera au
XXIe siècle la domination sur les affaires internationales.
(Henri-Pierre André et Bertrand Boucey pour le service
français)