Bourse de Paris : France-Du silicone industriel fourni à la société PIP
02/01/2012 | 18:08
* L'Allemand Brenntag admet avoir fourni du silicone
industriel
* RTL évoque un additif pour les carburants
* L'avocat de PIP dément catégoriquement
* L'avocat des victimes veut des prélèvements
(Actualisé avec Afssaps, § 10)
Le plus important
distributeur de produits chimiques au monde, l'Allemand Brenntag
, a admis lundi avoir fourni du silicone industriel à
la société française PIP, qui l'a utilisé pour la fabrication
d'implants mammaires défectueux.
C'est la première fois que l'origine du produit, un silicone
utilisé dans la construction et les équipements électroniques,
est connue avec précision depuis que le scandale a éclaté en
2010, l'avocat de Poly Implant Prothèse (PIP) ayant jusqu'ici
affirmé qu'il s'agissait d'un gel alimentaire non homologué.
"Nous avons fourni le produit et les caractéristiques du
produit à PIP et nous sommes en contact avec les autorités
sanitaires françaises", a déclaré à Reuters le porte-parole de
l'entreprise Brenntag, Hubertus Spethmann.
Il s'agit d'un silicone appelé Baysilone et il a été fourni
par la filiale française de Brenntag.
L'avocat de PIP a pourtant démenti lundi que les implants
contenaient des composants industriels et chimiques, dont un
additif pour les carburants, comme l'affirme RTL, qui dit s'être
procuré la composition des prothèses mammaires frauduleuses.
"Au menu, un mélange de produits commandés à des entreprises
de composants industriels et chimiques qui n'avaient jamais été
testés cliniquement pour leur éventuelle nocivité sur
l'organisme dont un additif pour des carburants. Mélangés les
uns aux autres, l'illusion était totale", souligne la radio.
Yves Haddad, qui a annoncé à Reuters que son client, le
président-fondateur du groupe Jean-Claude Mas, sortirait de son
silence avant la fin de la semaine, a opposé un démenti
catégorique à ces informations.
"Ce n'est pas vrai du tout. C'est un produit qui existe
depuis 1980 et qui était acheté à (l'entreprise pharmaceutique)
Rhône-Poulenc. Il ne s'agit pas d'un produit industriel, mais
d'un produit alimentaire du même type que ceux qui entrent par
exemple dans la composition des rouges à lèvres", a-t-il dit.
"Je ne suis pas chimiste, mais M. Mas s'expliquera sur tout
ceci dans la semaine."
DES VICTIMES "DÉSEMPARÉES"
Le type d'huile de silicone utilisée dans les prothèses
mammaires de la société PIP se retrouve effectivement dans
l'industrie automobile, sans que cela signifie nécessairement
qu'il s'agisse d'un produit dangereux, a précisé à Reuters un
porte-parole de l'Autorité française de sécurité sanitaire des
produits de santé (Afssaps).
Yves Haddad avait déclaré le 27 décembre à Reuters que PIP
fabriquait un gel "maison" certes non homologué, mais selon lui
sans aucune danger pour les porteuses d'implants.
Dans le doute, Me Philippe Courtois, avocat de quatre
plaignantes qui entendent notamment poursuivre des chirurgiens,
réclame des analyses de prothèses "directement prélevées sur les
plaignantes."
"On ne peut plus retarder. Il faut que ce soit d'ailleurs
une décision commune de toutes les agences de santé européenne.
Cette étude de grande envergure doit être faite", a-t-il dit à
Reuters.
L'avocat souligne ne pas avoir d'éléments sur cet additif
car il n'a pas eu accès à ce jour au dossier pénal. "Le
procureur s'était engagé en décembre à permettre l'accès au
dossier pénal. Il peut de toute façon infirmer ou confirmer les
informations qui circulent. Mais il faut faire vite, les
victimes sont de plus en plus désemparés", dit-il.
Vingt cas de cancers ont été signalés chez des femmes
porteuses des prothèses PIP, selon un nouveau bilan en date du
28 décembre de l'Agence des produits de santé (Afssaps). (Voir
)
L'agence précise toutefois qu'aucun lien n'a été établi à ce
jour entre ces cas de cancer et le port de ces implants. Le
gouvernement a recommandé, par précaution, le 24 décembre, le
retrait des implants PIP des femmes concernées dont le nombre en
France est estimé à 30.000.
La société PIP est accusée d'avoir utilisé un gel de
silicone non conforme, ce que son fondateur, Jean-Claude Mas, a
reconnu, selon son avocat.
L'ancien entrepreneur est visé en France par deux enquêtes
judiciaires, l'une pour tromperie aggravée et la seconde pour
coups et blessures et homicides involontaires. Des plaintes ont
été déposées dans d'autres pays.
(Matthias Blamont, avec Jean-François Rosnoblet à Marseille,
Jean-Yves Saint-Céran à Bordeaux, Ludwig Burger à Francfort,
édité par Yves Clarisse)