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Bourse de Paris : France-Ouverture du procès Obiang sur des "biens mal acquis"

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19/06/2017 | 19:32

* Les avocats d'Obiang mènent une guerre de procédure

* Plus de 100 millions d'euros saisis en France

* Obiang absent du premier procès des "biens mal acquis"

par Emmanuel Jarry

Initialement prévu en janvier, le procès de Teodorin Obiang, fils aîné du président de Guinée équatoriale soupçonné d'avoir acquis en France un patrimoine financé par la corruption, s'est ouvert lundi devant le tribunal correctionnel de Paris pour s'enliser immédiatement dans des débats de procédure.

Le tribunal a rejeté une nouvelle demande de renvoi des avocats du vice-président équato-guinéen, qui ont invoqué une procédure parallèle à la Cour internationale de justice (CIJ), saisie par la Guinée équatoriale pour s'opposer à ce procès.

Teodorin Obiang est jugé pour blanchiment d'abus de biens sociaux, détournement de fonds publics, abus de confiance et corruption. Il encourt jusqu'à 10 ans de prison et au moins 50 millions d'euros d'amende, soit la moitié de son patrimoine mobilier et immobilier saisi en France.

Mais au nom d'une immunité au demeurant contestée par les autorités françaises, il est absent de ce premier procès des "biens mal acquis" par des chefs d'Etats africains et leurs proches, qui doit s'étaler sur trois semaines.

Au-delà du cas équato-guinéen, l'enquête sur les biens présumés mal acquis vise les familles d'Ali Bongo (Gabon) et de Denis Sassou Nguesso (Congo-Brazzaville), qui possèdent respectivement à Paris 39 et 24 propriétés immobilières de luxe, et environ 200 comptes bancaires au total, selon la police.

C'est sur cette question d'immunité que les avocats de Teodorin Obiang ont poursuivi leur bataille de procédure après le rejet de leur demande de renvoi.

Emmanuel Marsigny a ainsi demandé la nullité de l'ordonnance de renvoi en correctionnelle de Teodorin Obiang et la suspension de la procédure "dans l'attente que sa fonction cesse".

L'avocat a demandé si la raison du refus de la France d'admettre son immunité résidait dans la couleur de la peau de son client et le fait qu'il vienne d'un "petit pays" d'Afrique.

"On ne peut pas tout laisser dire", a protesté la présidente du tribunal, Bénédicte de Perthuis. Plus tard, le représentant du ministère public jugera "infamant" qu'on veuille faire de lui "l'instrument d'une justice raciste".

"BATAILLE D'ARRIERE-GARDE"

Une indignation partagée par les avocats des parties civiles, le Cored, collectif d'association et de mouvements d'opposition au régime de Malabo, et Transparency International France. Pour eux, Teodorin Obiang, n'est qu'un "vice-président de façade nommé par son papa" pour échapper à la justice.

Une grande partie de cette première audience a été consacrée à ces débats de procédure qui ont donné lieu à de vifs échanges entre les avocats des parties civiles et ceux de l'accusé.

"Procès politique, vous êtes dans une démarche politique", a ainsi lancé Emmanuel Marsigny, interrompant une intervention de l'avocat de Transparency International France, William Bourdon.

William Bourdon a répliqué en estimant que les avocats de la défense menait une "bataille d'arrière-garde".

Les avocats de Teodorin Obiang avaient déjà obtenu le 4 janvier le report du procès au motif qu'ils n'avaient pas eu assez de temps pour préparer la défense de leur client.

Ils souhaitent cette fois que le tribunal statue sur l'immunité de Teodorin Obiang et sur l'ordonnance de renvoi séparément, dans l'espoir que cela reporte encore le procès.

William Bourdon s'est pour sa part dit certain qu'il déciderait lors de la prochaine audience, mercredi, de joindre ces demandes au fond, ce qui permettra au procès de continuer.

Dans cette affaire, entrée dans sa dixième année, l'instruction a permis d'établir que Teodorin Obiang avait acquis en France, directement ou par le biais de prête-noms ou de sociétés écrans, un patrimoine mobilier et immobilier d'une valeur considérable grâce à la corruption, à des détournements de fonds publics et autres délits commis en Guinée équatoriale.

Outre un immeuble luxueux avenue Foch à Paris, il s'agit notamment de véhicules de luxe, d'oeuvres d'art, de bijoux, de vêtements de marque pour des dizaines de millions d'euros, des sommes dont le dirigeant conteste tout caractère illégal. (Edité par Yves Clarisse)

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