Bourse de Paris : France-PIP savait que ses produits étaient défectueux-avocat
27/12/2011 | 14:00
* L'entreprise aurait acheté le silences de certaines femmes
* L'avocat demande que Mas soit placé en garde à vue
L'entreprise
française PIP, accusée d'avoir commercialisé des implants
mammaires défectueux, a tenté d'acheter le silence des femmes
mécontentes bien avant que le scandale éclate en 2010, a déclaré
mardi l'avocat de quelque 1.300 plaignantes.
Philippe Courtois affirme que Poly Implant Prothèses (PIP),
dont la liquidation judiciaire a été ordonnée en 2010, avait
connaissance dès 2007 des problèmes provoqués par des fuites de
gel de silicone de ses implants.
"PIP a traité directement avec les femmes porteuses de ses
prothèses en 2007-2008 et cela aussi bien en France qu'en
Grande-Bretagne", a expliqué l'avocat, qui a accès au dossier.
"PIP aurait ainsi proposé 1.500 euros et une paire de
prothèses à des femmes non satisfaites. L'information ne
remontait pas ainsi aux cliniques et à l'Afssaps (Autorité
française de sécurité sanitaire des produits de santé)", dit-il.
Les protagonistes de cette affaire devraient se retrouver
avant fin 2012 au centre d'un procès pour "tromperie aggravée",
mais aussi d'une instruction judiciaire ouverte pour "blessures
et homicide involontaire". (voir )
Jean-Claude Courtois, qui est l'avocat de la moitié des
2.172 femmes qui ont porté plainte à ce jour pour tromperie
aggravée, estime que ce nombre montera bientôt à 3.000.
"Il y a encore des personnes qui découvrent qu'elles sont
porteuses de prothèses PIP", dit-il. "Ainsi, plusieurs femmes
n'ont pas reçu de la part de leurs chirurgiens et cliniques la
carte présentant la nature et l'origine des implants mammaires
dont elles sont porteuses."
MÉLANGE D'HUILES
Philippe Courtois affirme que le gel non conforme contenu
dans les prothèses PIP serait un mélange d'huiles de silicone
provenant de sociétés américaine et belge.
La société américaine a refusé pendant longtemps de donner
la composition de cette poudre en arguant d'un brevet protégeant
cette composition, explique-t-il.
L'avocat demande aussi que Jean-Claude Mas, le président
fondateur de PIP, soit mis sous contrôle judiciaire pour éviter
toute fuite avant son procès.
"Je suis très étonné que la juge d'instruction Annaïck Le
Goff ne l'ait pas auditionné, mis en garde à vue et mis sous
contrôle judiciaire", a-t-il ajouté.
Selon son avocat, Jean-Claude Mas réside actuellement dans
le Var et est prêt à se rendre à toute convocation judiciaire.
Après la découverte du scandale, le gouvernement français a
recommandé, sans caractère d'urgence, le retrait des implants à
titre préventif même si le lien entre les prothèses PIP et neuf
cas de cancers suspects signalés sur son territoire, dont deux
mortels, n'est pas démontré.
On estime à 60 millions d'euros le coût de l'opération
d'explantation, qui sera prise en charge par la Sécurité
sociale. La pose de nouveaux implants sera à la charge de la
patiente, sauf pour les femmes ayant subi une chirurgie
réparatrice après un cancer du sein.
(Jean-Yves Saint-Céran, édité par Yves Clarisse)