Bourse de Paris : La hausse des tarifs de la SNCF fait débat en France
28/12/2011 | 12:00
* Une double répercussion de l'inflation et de la TVA
* Critiques du PS et des organisations d'usagers
* La société dit devoir financer ses investissements
La hausse de 3,2% des
tarifs de la SNCF annoncée pour le 3 janvier prochain, qui
cumulera une répercussion de la hausse de la TVA et de
l'inflation, suscite un vif débat en pleine crise en France.
La société nationale a décidé que les tarifs des TGV et des
trains interrégionaux Téoz et Lunéa seraient augmentés de 1,7%,
soit l'équivalent de l'inflation annuelle.
En outre, la SNCF répercutera la hausse du taux de TVA de
5,5% à 7% décidée par le gouvernement dans le cadre du deuxième
plan d'austérité annoncé mi-novembre et destiné à résorber le
déficit public français.
La compagnie ferroviaire a justifié cette mesure dans un
communiqué en assurant que la répercussion de la hausse de la
TVA ne représentait qu'une augmentation moyenne de 60 centimes
d'euro du prix du billet pour les voyageurs TGV.
Elle explique par ailleurs qu'elle avait besoin d'argent
pour financer la rénovation des lignes et de la flotte TGV, le
projet de nouvelle ligne à grande vitesse Rhin-Rhône et les
péages élevés versés à Réseaux ferrés de France (RFF).
"Si nous n'avions pas pris cette décision, ça aurait obéré
nos capacités d'investissement", a dit un porte-parole.
Pour atténuer cet effet, la compagnie annonce qu'elle va
geler les prix des réservations pour les abonnements
forfaitaires de TGV, ainsi que pour ceux des étudiants, des
élèves et des apprentis.
Manuel Valls, directeur de la communication de François
Hollande, candidat socialiste à la présidentielle, a critiqué ce
choix sur RTL mercredi matin. La SNCF est bénéficiaire en
exploitation en 2011 et elle a versé un dividende record à
l'Etat de 230 millions d'euros.
PAYER DEUX FOIS ?
"Les usagers payent deux fois, à la fois la hausse de la TVA
et celle des prix. Il y avait d'autres choix à faire de la part
de la SNCF et je m'étonne que le gouvernement n'ait pas réagi",
a-t-il dit.
L'Avuc (Association des voyageurs usagers des chemins de
fer) avait déploré par avance la volonté de la SNCF de
répercuter les deux hausses - de l'inflation et de la TVA - et
ses dirigeants annoncent qu'ils appelleront les usagers à ne
plus présenter leurs billets aux contrôleurs.
"Cette pagaille aura de lourdes conséquences sur la vie des
usagers : surcoûts financiers - garde d'enfants, frais de
carburant - tensions familiales, pressions et brimades de la
part des employeurs, déclassement voire perte d'emploi, stress
grandissant pour tout un chacun", dit cette association dans un
communiqué posté sur son site.
La Fédération nationale des associations des usagers du
transport (Fnaut) a aussi déploré la hausse mais l'impute à la
décision du gouvernement relative à la TVA.
Elle demande que la SNCF maintienne, parallèlement aux
lignes à grande vitesse, des services ferroviaires Intercités,
plus lents mais aux tarifs plus modiques et lui suggère de
renoncer à mettre en place des services d'autocars en
remplacement.
Depuis plusieurs années, le débat sur la SNCF et ses
missions bat son plein en France. La politique de développement
de lignes à grande vitesse est critiquée car, selon les
syndicats, elle se fait au détriment des lignes moins rentables,
utilisées par des voyageurs aux revenus souvent plus modestes.
Des épisodes de retards record, d'accidents ou d'incidents
relancent régulièrement la controverse, les syndicats reprochant
à la direction de gérer comme une société privée une compagnie
qui reste à leurs yeux un service public non tenu à des
objectifs commerciaux.
(Thierry Lévêque, édité par Yves Clarisse)