Les violences se poursuivent en Egypte, quatre morts
03/02/2012 | 20:53
* Les révolutionnaires appellent à un "Vendredi de colère"
* La police tire à balles réelles sur les manifestants
* Le drame de Port-Saïd relance les critiques contre les
militaires
(Complété avec procureur général)
par Marwa Awad et Patrick Werr
De nouveaux
affrontements ont éclaté vendredi entre plusieurs centaines
d'Egyptiens et les forces de l'ordre près du ministère de
l'Intérieur, au Caire, au deuxième jour des manifestations
provoquées par la mort de 74 supporters lors d'un match de
football à Port-Saïd mercredi.
Un officier de l'armée, écrasé accidentellement par un
blindé, et un manifestant, atteint par un tir de chevrotine,
sont décédés au Caire tandis que deux autres manifestants ont
été tués par la police à Suez.
Selon le ministère de la Santé, les incidents qui ont éclaté
tard jeudi ont également fait 400 blessés, dont un grand nombre
de personnes intoxiquées par les gaz lacrymogènes utilisées pour
disperser les manifestants.
Les violences de mercredi lors d'un match de football entre
le club d'Al Masry et l'équipe cairote d'Al Ahli ont fait 74
morts et un millier de blessés. La plupart ont succombé à une
bousculade provoquée par des affrontements entre supporters,
mais les manifestants tiennent la police et l'armée pour
responsables de ce drame.
L'incapacité des forces de l'ordre à assurer la sécurité du
match a provoqué une nouvelle vague de critiques contre
l'incurie des militaires du Conseil suprême des forces armées
(CSFA), au pouvoir depuis la chute d'Hosni Moubarak le 11
février 2011 et dirigé par le maréchal Mohamed Hussein Tantaoui,
qui fut longtemps le ministre de la Défense de l'ex-raïs.
Selon l'agence de presse officielle Mena, 52 personnes
poursuivies dans le cadre de l'enquête ont été placées en
détention provisoire sur ordre du procureur général.
Elles sont soupçonnées d'homicide volontaire, de destruction
de biens publics et de coups et blessures provoquant une
invalidité permanente.
"VENDREDI DE LA COLÈRE"
De nouveau, les rues proches de la place Tahrir qui ont été
le théâtre de violences meurtrières il y a deux mois sont
devenues le lieu d'affrontements entre policiers et manifestants
qui voient dans le ministère de l'Intérieur un vestige intact de
l'ancien régime.
Dans la nuit, des ambulances ont dû se frayer un passage
parmi la foule pour dégager des agents de la police anti-émeutes
dont la camionnette s'était aventurée dans une rue pleine de
manifestants, a rapporté un journaliste de Reuters. La
confrontation entre les policiers, retranchés dans leur
véhicule, et les manifestants a duré près de 45 minutes.
Vendredi matin, les manifestants les plus déterminés ont
démoli un mur de béton qui bloquait une rue proche du ministère
de l'Intérieur afin de s'approcher du bâtiment. Un journaliste
de Reuters a entendu des coups de feu et a vu des plombs de
fusil sur la chaussée.
"Nous resterons jusqu'à ce que nos droits soient reconnus.
Vous avez vu ce qu'il s'est passé à Port-Saïd ?", a lancé un
jeune homme de 22 ans qui a rejoint la contestation jeudi soir
après le travail.
Des groupes de jeunes révolutionnaires ont appelé à un
week-end de manifestations baptisées "Vendredi de la colère".
Certains parlent d'une manipulation lors des événements de
Port-Saïd et mettent en garde contre le risque d'une
contre-révolution que mèneraient les partisans de l'ancien
régime.
"Les crimes commis contre les forces révolutionnaires ne
stopperont pas la révolution et n'effraieront pas les
révolutionnaires", proclame un tract imprimé au nom des
"Ultras", organisation de supporters de football rompue aux
confrontations violentes avec la police et qui a joué un rôle
déterminant dans la défense de la place Tahrir lors du
soulèvement contre Hosni Moubarak, l'hiver dernier.
Les violences ont également gagné Suez, berceau de la
révolution, où les affrontements aux abords d'un commissariat de
police ont fait au moins deux morts.
"Nous avons reçus deux corps de manifestants tués par
balles", a déclaré un médecin de la morgue.
Plusieurs magasins de Suez ont été détruits et la façade de
la Banque du canal de Suez a été saccagée.
La police a protégé le quartier-général des services de
sécurité et un bâtiment du ministère de la Justice à l'aide de
fil de fer barbelé. Les routes alentours sont jonchées de verre
brisé et sept véhicules ont été brûlés.
(avec Ashraf Fahim, Ahmed Tolba et Tom Perry; Tangi Salaün,
Henri-Pierre André, Pierre Sérisier et Marine Pennetier pour le
service français)