Mobilisation en faveur d'un accès humanitaire en Syrie
22/02/2012 | 20:45
* Le Conseil national syrien demande des garanties de la
Russie
* Des corridors vers Homs, Deraa et Idlib ?
* Une mission de l'Onu "prochainement" à Damas
par Stephanie Nebehay
Le Comité international
de la Croix-Rouge a annoncé mercredi poursuivre ses efforts en
vue d'obtenir un cessez-le-feu immédiat en Syrie pour permettre
de venir en aide aux civils piégés par les combats et les
bombardements.
La veille, le CICR avait appelé les autorités et les
insurgés syriens à convenir d'une trêve quotidienne de deux
heures pour ravitailler les populations civiles et évacuer les
blessés de Homs et des autres villes de Syrie.
Le président du CICR, Jakob Kellenberger, s'est entretenu à
Genève avec Basma Kodmani, une responsable du Conseil national
syrien (CNS, mouvement d'opposition en exil).
Tous deux ont notamment évoqué l'idée de solliciter une
"pause humanitaire" quotidienne de deux heures.
Répondant par la suite aux questions des journalistes,
Kodmani a indiqué que le CNS demandait au moins trois passages
sécurisés pour les convois humanitaires entre les pays voisins
et les villes syriennes pilonnées, mais que la Russie devait
pour cela encore convaincre son allié syrien.
"Nous avons un soutien international pour un sauf-conduit et
des livraisons humanitaires à une échelle massive. Nous avons
besoin de cette échelle massive", a-t-elle dit.
"Si nous obtenons un engagement du régime, avec des
garanties de la Russie, qui autoriserait l'entrée d'aide
humanitaire via des passages protégés, nous en voulons au moins
trois: un venant du Liban vers Homs (centre), un venant de
Jordanie vers Deraa (sud) et un venant de Turquie vers Idlib
(nord)."
Le CICR est la seule organisation humanitaire internationale
disposant de personnel d'aide qui livre de l'eau, des vivres et
des médicaments dans tout le pays.
MISSION DE L'ONU À DAMAS
La communauté internationale s'efforce d'obtenir des
autorités syriennes qu'elles ménagent un accès humanitaire aux
victimes des pilonnages.
Réagissant mercredi à la mort de deux journalistes, une
Américaine et un Français, dans des tirs de roquettes sur Homs,
le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé a exigé de la
Syrie l'arrêt immédiat des attaques et le respect des
obligations humanitaires.
Le chef de la diplomatie française a en outre réclamé des
autorités syriennes un accès sécurisé et médicalisé pour porter
secours aux victimes avec le soutien de la Croix Rouge (voir
).
A New York, l'Onu a annoncé l'envoi prochain en Syrie de la
secrétaire générale adjointe chargée des affaires humanitaires,
Valerie Amos, pour obtenir l'autorisation des autorités à
l'envoi d'une assistance d'urgence aux populations piégées dans
les zones de conflit.
Selon Eduardo del Buey, porte-parole des Nations unies, le
secrétaire général de l'organisation, Ban Ki-moon, va envoyer
Valerie Amos à Damas "afin d'évaluer la situation humanitaire et
de renouveler son appel à un accès humanitaire urgent"
( ).
La Russie, alliée de la Syrie, ne devrait pas s'opposer à
cette proposition. Selon le porte-parole du ministère russe des
Affaires étrangères Alexandre Loukachevitch, Moscou a déjà
demandé à Ban Ki-moon d'envoyer un représentant en Syrie pour
s'assurer que les différentes parties laisseront passer les
convois d'aide humanitaire en toute sécurité.
Mais si le gouvernement russe a confirmé s'employer à
sécuriser l'acheminement d'aide humanitaire, il a souligné que
le principe même des corridors humanitaires était susceptible
d'entraîner une aggravation du conflit.
"Il est logique de penser que si quelque chose tourne mal,
le recours à la force sera autorisé. Cela ne ferait qu'aggraver
le conflit", a déclaré le vice-ministre des Affaires étrangères,
Guennadi Gatilov.
A Washington, la Maison blanche continue de chercher une
solution négociée, mais a laissé entendre mardi que la décision
de ne pas armer l'opposition n'avait rien d'irrévocable.
"Nous ne voulons pas entreprendre une action qui
militariserait encore plus la Syrie, parce que cela placerait le
pays sur une voie dangereuse. Mais nous n'écartons pas des
mesures additionnelles", déclarait mardi Jay Carney,
porte-parole de la Maison blanche.
(avec Louis Charbonneau aux Nations unies et Khaled Yacoub
Oweis à Amman; Jean-Loup Fiévet, Benjamin Massot et Gregory
Schwartz pour le service français)