Sarkozy envisage un référendum sur l'indemnisation du chômage
09/02/2012 | 19:59
* Sarkozy évoque aussi un référendum relatifs à
l'immigration
* Il expose au Figaro Magazine ses "valeurs pour la France"
* Ses propositions déchaînent un tollé dans l'opposition
(Avec détails et citations complémentaires, contexte,
réactions)
Nicolas Sarkozy envisage
de soumettre à référendum un nouveau système d'indemnisation des
chômeurs, qui seraient obligés d'accepter le premier emploi pour
lequel ils auront bénéficié d'une formation, s'il est réélu au
printemps prochain.
Dans une interview publiée par Le Figaro Magazine sous le
titre "Mes valeurs pour la France - travail, éducation, famille,
laïcité ...", le président de la République fait un nouveau pas
vers l'officialisation de sa candidature, autour de laquelle il
maintient cependant encore un faux suspense.
Le rendez-vous "approche" mais un chef de l'Etat "doit
remplir pleinement les devoirs de sa fonction le plus longtemps
possible", dit-il. "Je n'y dérogerai pas."
Il n'en ébauche pas moins un début de programme et assure
vouloir présenter des "idées neuves" aux Français.
Il suggère ainsi de créer un système dans lequel les
chômeurs se verraient proposer une rémunération par le service
public de l'emploi en contrepartie d'une formation obligatoire.
"Passé un délai de quelques mois, toute personne au chômage
sans perspective sérieuse de reprise d'emploi devra choisir une
formation qualifiante", explique Nicolas Sarkozy.
Cette formation sera définie par un "comité national" qui
identifiera, avec des chefs d'entreprise et des syndicalistes,
les secteurs d'avenir créateurs d'emplois.
Le chômeur sera ensuite tenu d'accepter la première offre
d'emploi correspondant à cette formation obligatoire, ajoute le
chef de l'Etat, qui promet "une grande réforme de la formation
professionnelle" pour répondre aux nouveaux besoins.
Il estime que la meilleure façon de surmonter les blocages
éventuels serait de passer par un référendum.
CONTRE LE COMMUNAUTARISME
"Si un consensus se dégage parmi les partenaires sociaux,
cela ne sera pas nécessaire. Mais si les intérêts particuliers,
les obstacles catégoriels s'avéraient trop puissants, il
faudrait sans doute réfléchir à l'opportunité de s'adresser
directement aux Français pour qu'ils donnent leur opinion sur ce
système d'indemnisation du chômage et sur la façon dont on doit
considérer le travail et l'assistanat", explique-t-il.*
Nicolas Sarkozy n'exclut pas non plus de recourir à un
référendum sur la question du droit des étrangers, qu'il veut
confier aux seules juridictions administratives et non aux
tribunaux judiciaires, ce qui suppose une réforme de la
Constitution. "C'est un sujet dont on peut débattre."
Il estime à ce propos que "l'immigration la plus récente"
pose "des questions redoutables, pour l'essentiel liées aux
revendications communautaristes d'une minorité" - allusion à une
frange de l'islam radical.
Il réaffirme son opposition au droit de vote pour les
étrangers dans les élections locales, droit que promet le
candidat socialiste François Hollande : "Ce n'est vraiment pas
le moment, avec tous les risques de montée du communautarisme.
Le débat politique ne doit pas être communautarisé", dit-il.
Il propose par ailleurs que, désormais, les titres de séjour
obtenus par mariage avec un Français (plus de 25.000 chaque
année) soient soumis aux mêmes conditions de logement et de
ressources que le regroupement familial.
PAS DE RÉFÉRENDUM SUR L'ÉDUCATION
De même souhaite-t-il que les prestations accordées aux
demandeurs de droit d'asile soient limitées quand le demandeur
ne coopère pas avec l'administration, dépose sa demande plus de
trois mois après son entrée en France ou refuse un hébergement.
Il écarte en revanche l'idée d'un référendum sur une réforme
de l'éducation, parce qu'il "serait vu comme un moyen de monter
une partie de la société contre le monde éducatif".
Les propositions de Nicolas Sarkozy ont immédiatement
déchaîné de vives réactions dans l'opposition.
Le candidat centriste François Bayrou a estimé sur son
compte Twitter que l'annonce par Nicolas Sarkozy d'un
"référendum sur les droits des chômeurs (était) une idée
pernicieuse, indigne de ce que doit être un chef de l'État".
Le Front de gauche, de Jean-Luc Mélenchon, dénonce une
"manipulation grossière d'un président à l'agonie".
La candidate écologiste Eva Joly accuse Nicolas Sarkozy
d'aller "braconner sur les terres de la droite extrême".
Le candidat socialiste François Hollande n'a pas jugé bon de
répondre sur le fond à ces propositions.
"J'entends un candidat qui ne l'est pas encore, et un
président qui ne le sera peut-être pas très longtemps, je
l'entends évoquer des référendums sur de nombreux sujets, dans
l'hypothèse où il serait reconduit", a-t-il dit lors d'un
meeting à Orléans. "Le prochain référendum, c'est l'élection
présidentielle."
(Emmanuel Jarry, édité par Yves Clarisse)