Martine Pauwels
Les professionnels du bâtiment se sont dits déçus par les propositions en faveur du logement détaillées jeudi par le candidat socialiste à l'élection présidentielle, François Hollande, estimant qu'elles ne permettraient pas au secteur de relever la tête ni de résoudre le problème du logement en France.
"Ce ne sont pas des mesures, ce sont des formules", a déploré Marc Pigeon, le président de la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI), interrogé par Dow Jones Newswires.
"Elles ne favoriseront pas l'emploi dans le secteur de la construction", où 35.000 emplois devraient disparaître en 2012 du fait de la dégradation de l'économie et des mesures d'austérité du gouvernement, a-t-il ajouté.
Le logement est devenu en l'espace de quelques semaines un thème majeur de la campagne électorale de 2012, après l'appel en ce sens lancé début janvier par l'ex-star du football Eric Cantona pour le compte de la Fondation Abbé Pierre.
Le président Nicolas Sarkozy, qui n'a pas encore fait savoir s'il briguerait un second mandat, doit pour sa part présenter dimanche ses mesures visant à doper la construction de logements en France.
S'il est élu, François Hollande prévoit de renforcer la loi de solidarité urbaine (SRU) en portant de 20% à 25% le taux de logements sociaux que les communes de plus de 3.500 habitants ont l'obligation de construire. Les pénalités contre les communes contrevenantes seraient quintuplées.
Le candidat PS veut également doubler à 30.600 euros le plafond du livret A, principale source de financement du logement social, "de façon à ce que nous puissions dégager de 20 à 30 milliards d'euros en direction du logement sans que cela coûte un euro à l'Etat".
L'Etat mettrait gratuitement des terrains à la disposition des collectivités locales à la condition d'y construire des nouveaux logements "dans un délai de cinq ans", tandis que les propriétaires de terrains privés seraient "incités à les libérer par une fiscalité progressive: plus ils garderont ces terrains, plus l'imposition sera élevée", a-t-il poursuivi en présentant son programme.
"Il n'y a rien de bien concret. C'est globalement assez décevant", a réagi Christian Louis-Victor, président de l'Union des maisons françaises (UMF). "Beaucoup de mesures sont déjà en route et nous attendons d'avoir davantage de précisions sur les modalités de financement de ces propositions. Quand on fait trop de propositions, on n'arrive pas à les tenir", a-t-il ajouté.
Didier Ridoret, qui dirige la Fédération française du bâtiment (FFB), se veut plus nuancé, estimant que "les mesures vont dans le bon sens" mais préférant attendre de "voir comment elles seront mises en oeuvre".
Selon des experts de l'immobilier, il manquerait de 800.000 à 1 million de logements en France. Rien que pour répondre à la demande nouvelle, il faudrait en construire de 400.000 à 450.000 par an, contre en moyenne 350.000 par an ces quatre dernières. années.
Pour résoudre ce déficit de logements, les professionnels du bâtiment estiment indispensable d'améliorer la solvabilité des ménages. "Il faut renforcer le pouvoir d'achat des ménages afin de favoriser l'accession à la propriété", insiste Christian Louis-Victor.
Les propositions socialistes ne constituent "pas une politique du logement", renchérit Marc Pigeon, de la FPI. Il souligne qu'"une bonne politique doit agir à la fois sur l'offre et la demande. Or, François Hollande veut relancer le logement uniquement par une politique de l'offre de terrains".
"Le terrain est l'un des éléments du problème", abonde Michel Mouillart, professeur d'économie à l'Université Paris Ouest Nanterre. "Il faut aussi que l'ensemble de ce qui est nécessaire pour sortir des constructions neuves soit disponible: des aides, des entreprises et des crédits bancaires".
Quant à l'encadrement des loyers préconisé par François Hollande, il ferait fuir les investisseurs, ce qui entraînerait une baisse des logements mis en location, craignent les promoteurs immobiliers, alors que leurs ventes sont déjà affectées par les coups de rabot apportés au dispositif Scellier d'incitation à l'investissement locatif.
François Hollande s'est également engagé à permettre la rénovation thermique de 600.000 logements par an.
Selon des informations de presse, les mesures qui seront annoncées par Nicolas Sarkozy s'orienteraient également davantage vers un soutien de l'offre que de la demande, avec l'accélération de la libération de terrains à bâtir en Ile-de-France, la complexification des recours contre les permis de construire ou le durcissement de la fiscalité à l'encontre des propriétaires faisant de la rétention foncière.
Les valeurs immobilières résistaient jeudi à la Bourse de Paris, les promoteurs Nexity (>> NEXITY) et Kaufman & Broad (>> KAUFMAN ET BROAD) gagnant respectivement 1,4% à 22,19 euros et 0,7% à 15,41 euros vers 15h25. Le constructeur de maisons individuelles maisons individuelles Maisons France Confort (>> MAISONS FRANCE) s'adjugeait 3% à 22,65 euros.
-Martine Pauwels, Dow Jones Newswires; +33 (0)1 40 17 17 69; martine.pauwels@dowjones.com