« La dégradation de la note américaine est précipitée et dangereuse »
09/08/2011 | 18:10 Le patron du fonds de Legg Mason Value Trust fait partie de ces gestionnaires de fonds qui critiquent sans ménagement la dégradation de la note américaine par l’agence de notation Standard & Poor's. Dans une lettre sanglante envoyée dimanche soir, notre baron fustige cette décision qu’il qualifie de « précipitée, inappropriée et dangereuse ». Retour sur un discours multipliant les arguments d’autorité.
Bill Miller, 62 ans, est un gestionnaire de fonds réputé. Sa réputation il l’a gagnée entre 1991 et 2005, lorsque son fonds Legg Mason Value Trust a dépassé le rendement de l’indice S&P pendant quinze ans consécutifs. Il est aujourd’hui le directeur des investissements de Legg Mason, une des plus importantes sociétés de gestion d’actifs au monde.
Une dégradation dangereuse qui remet en cause le rôle des agences de notation
Pour
Bill Miller, le rôle et l’influence des agences de notation est disproportionné. Il juge en effet « totalement inacceptable que des entreprises privées à but lucratif » disposent d’un statut privilégié de sanction de fait, « comme des quasi-autorités de régulation », d’autant que leurs décisions sont « basées sur des délibérations secrètes sans aucune transparence ».
Quoi de mieux pour appuyer son argumentaire que de faire allusion à la crise de 2008, crise qui rien qu’en la nommant donne encore des frissons à certains. Notre baron rappelle ainsi les notations « désastreuses » des agences étaient au cœur de la crise financière de 2008. Menant son raisonnement à terme,
Bill Miller demande la fin de l’oligopole et la réorganisation du système de notations avant que celui-ci ne contribue à déclencher une nouvelle crise financière.
Une dégradation précipitée
A ses yeux, le timing est catastrophique dans la mesure où la décision intervient après la pire semaine boursière depuis 2008 et alors que la crise européenne de la dette s’intensifie.
Bill Miller reproche à Standard & Poor's d’avoir agi sans avoir tenu compte du rôle que jouaient les Etats-Unis dans l’économie mondiale. Les Etats-Unis sont en effet l’économie la plus puissante et performante au monde et disposent avec le dollar de la monnaie de réserve mondiale.
Pour
Bill Miller, qui rejoint ici l’analyse de
Warren Buffett, il est absolument impensable que les Etats-Unis soit en défaut de paiement et soient jugés moins solvables du jour au lendemain. En tout cas, la dégradation de la note est précipitée dans la mesure où l’accord sur le relèvement du plafond de la dette américaine n’est pas encore achevé.
Une décision décisive qui plonge l’économie mondiale dans un contexte d’incertitude
Autre grief opposé à S&P : son manque de discernement. Notre baron affirme que cette décision a été prise « sans penser aux répercutions sur le système financier mondial ».
Bill Miller se réfère une nouvelle fois à
Warren Buffett qui avait noté que la peur se propageait rapidement alors que la confiance était fragile et revenait graduellement au fil du temps.
La dégradation de la note américaine a donc miné un niveau de confiance déjà faible et a augmenté l’incertitude, au point de créer ce que John Maynard Keynes appelait « l’incertitude radicale » non mesurable par opposition au risque probabilisable. Ce contexte d’incertitude baisse la visibilité des investisseurs et empêche d’avoir la moindre idée des conséquences que pourrait avoir cette décision sur l’économie globale.
Même si pour l’instant, les répercussions sur les marchés financiers semblent claires, bien trop claires.
Pauline Raud
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