David Einhorn avait vu juste pour Lehman Brothers
16/03/2010 | 06:00 Un rapport d'enquête dénonce les artifices comptables de Lehman Brothers avant sa faillite. Il conforte donc David Einhorn, patron du hedge fund Greenlight Capital, le premier à avoir démontré que la banque d'affaires américaine était dans un sale état. Il l'avait d'ailleurs crié sur tous les toits, ce qui n'avait pas été du goût des tenants de l'orthodoxie financière. Cela n'avait pas empêché le jeune homme d'affaires de gagner un milliard de dollars en spéculant à la baisse sur Lehman !
Selon le rapport d'enquête de 2 200 pages de l'expert judiciaire Anton Valukas, l'usage extensif de manœuvres comptables douteuses aurait largement contribué à l'effondrement de Lehman Brothers, mise en faillite le 15 septembre 2008. Le rapport met notamment en lumière l'utilisation systématique d'une technique d'habillage de bilan (baptisée « Repo 105 ») qui a permis à la banque d'affaires de retirer de son bilan quelque 50 milliards de dollars d'engagements en juin 2008 et de diminuer artificiellement son niveau d'endettement net en jouant sur le marché des prêts avec collatéral. Et ainsi tromper son monde sur son véritable état de santé.
Le rapport met donc clairement en cause la distraction, pour le moins, de l'ancien PDG, Dick Fuld, et de ses trois anciens directeurs financiers (Chris O'Meara, Erin Callan et Ian Lowitt), qui ont « supervisé et certifié les déclarations trompeuses ». Avec d'ailleurs l'assentiment coupable des auditeurs d'Ernst & Young. En conclusion du rapport, on peut ainsi lire ce que David Einhorn avait déjà pressenti à l'époque, et qu'il ne s'était pas privé de claironner à qui voulait l'entendre : « Il y a suffisamment d'éléments crédibles pour soutenir le point de vue que la carence de position délibérée de Dick Fuld sur les obligations de divulgation de Lehman résultait d'une grossière négligence ou démontrait un mépris conscient de ses devoirs ». En 2008, Einhorn répétait que Lehman mentait « beaucoup plus que Bear Stearns sur ses comptes »... La communauté financière se souvent d'ailleurs encore d'un débat public houleux avec Erin Callan, alors directeur financier de Lehman.
En pratique, Lehman négociait des prêts à court terme auprès d'autres banques, essentiellement non américaines, en utilisant divers actifs comme collatéraux en échange de cash. En valorisant ces actifs à 105% du cash reçu, la banque pouvait traiter ces transactions comme des ventes et retirer ces titres de son bilan. « La manipulation du bilan était intentionnelle, dans un but de tromperie, et a eu un impact substantiel sur le ratio d'endettement net de Lehman », a souligné le juge examinateur, évoquant une « faute professionnelle » d'Ernst & Young. Le spectre Enron n'est pas loin...
Mais ce qui est sûr, c'est qu'à l'époque, le jeune et brillant financier qu'était David Einhorn, le même qu'on retrouve aujourd'hui spéculer à la baisse sur l'euro au côté de George Soros, avait vu juste. Son œil de lynx, qui lui a permis de débusquer ces artifices dans les comptes de Lehman, lui a quand même rapporté 1 milliard de dollars. Spécialiste de la controversée vente à découvert, le jeune tycoon est considéré comme un visionnaire. Lui préfère militer pour la transparence financière. Mais si Lehman avait été plus transparent, il n'aurait pas remporté ce paquet de dollars !
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