« Les pouvoirs publics, surtout en Europe, ont perdu le contrôle de la situation ». C’est la sentence sans appel que prononce
George Soros, dans un billet publié sur le site Project Syndicate, à l’égard de nos gouvernants. L’homme craint que la situation des économies européennes ne dégénère vers une Grande Dépression, semblable à celle des années 1930. Pour lui, l’enjeu principal n’est pas économique mais politique : il en va de la survie de la démocratie, pas moins.
Si
George Soros n’est pas le premier à fustiger les politiques financières européennes, l’homme a au moins le mérite de prendre position et d’indiquer une solution à la crise. Pour assainir les finances du continent, il présente un plan en trois phases. Mais il précise que la résorption de la crise financière passera impérativement par la définition d’une réelle stratégie de croissance européenne. Car si les taux d’endettement son si élevés, c’est aussi parce que les PIB ont progressé trop lentement ces dernières années.
Tout d’abord, les Européens doivent se doter d’un Trésor commun. A terme, les Etats doivent conclure un nouveau traité en ce sens, mais dans l’urgence, il faut faire avec ce qui existe. C’est donc la BCE qui doit piloter la constitution d’une trésorerie en s’appuyant sur la structure embryonnaire actuelle, le Fonds européen de stabilité financière (FESF). Aujourd’hui, le FESF n’a aucun droit de regard sur l’utilisation des aides qu’il distribue aux Etats. En conséquence, le fonds doit être rapproché de la Banque centrale et mis sous la responsabilité d’une nouvelle agence qui pourra veiller au grain. Avec deux objectifs immédiats : la protection des banques d’une part, et la défense des Etats les plus endettés, d’autre part.
Des banques sous surveillance
Ensuite, sur le volet bancaire, Soros plaide pour que le FESF procède sans tarder à la recapitalisation des établissements financiers. Les banques pourraient bénéficier de ces fonds à condition qu’elles acceptent la tutelle de la Banque centrale européenne. Celle-ci leur apporterait en outre sa garantie. En contrepartie, la BCE inciterait les banques à maintenir leurs lignes de crédits aux entreprises et veillerait directement à limiter leurs prises de risques. Selon lui, de nombreuses sociétés financières entreront volontiers dans cette prison dorée.
Le troisième point concerne les Etats les plus affaiblis, comme l’Italie ou l’Espagne, qui doivent être aidés par la BCE. L’instance financière européenne doit proposer des taux d’intérêt réduits, qui inciteront ces Etats à émettre prioritairement des bons du Trésor… qui pourront alors être rachetés par des banques recapitalisées. Et le cercle vertueux serait bouclé.
Si ces mesures sont appliquées, Soros estime que la Grèce pourrait alors être mise en défaut de paiement sans que cela n’entraine de catastrophe continentale. Si Athènes atteint ses objectifs macro-économiques, le Fonds de stabilité pourrait reconnaître sa restructuration « volontaire » - l’usage des guillemets est inspiré de l’article de Soros – et diviser sa dette par deux, en recapitalisant d’autant les banques européennes engagées dans le pays.
En conclusion,
George Soros évoque les autres solutions actuellement à l’étude. Tout en reconnaissant qu’elles apporteraient probablement une pause dans la crise financière, il met en avant les qualités de sa proposition. Son projet est modéré, dans la mesure où il ne déroge pas à l’article 123 du Traité de Lisbonne, qui interdit aux Etats de se financer à taux zéro auprès de leur banque centrale nationale ou de la BCE. Mais il assume l’aspect absolument radical de son plan : l’encadrement étroit des banques européennes. Prévoyant l’opposition farouche des financiers et des politiques, il estime qu’une seule autorité parviendra à imposer cette mesure : l’autorité du peuple.