Jérôme Kerviel prépare son procès en jouant la carte des médias
03/05/2010 | 16:00 Dans un peu plus d'un mois se déroulera le procès de Jérôme Kerviel. Bien décidé à ne pas se laisser abattre, l'ancien trader de la Société Générale sort de l'ombre et brise le silence. Omniprésent dans les médias, il contre attaque tout en se disant "confiant" et "impatient". Retour sur une affaire qui promet d'être le feuilleton financier de ce début d'été.
Le nom même de l'affaire en dit long. Tout porte à croire que cet homme serait seul, au milieu d'un énorme scandale financier. La question reste entière : Jérôme Kerviel est il coupable ou simplement victime d'un système ? Pour le trader de 33 ans, la réponse est claire : il est au cœur d'un engrenage. C'est le titre de son livre qui sortira mercredi chez Flammarion : L'engrenage, mémoire d'un trader.
Jérôme Kerviel a bien compris qu'un procès se gagnait d'abord par l'opinion et multiplie les interventions médiatiques. Invité au 20 heures de France 2 dimanche soir, puis sur France Info lundi matin, interviewé par le JDD et Ouest France dimanche, l'ancien trader nous livre ses sentiments.
L'affaire Kerviel
Il est accusé par la Société Générale d'abus de confiance, de faux et usage de faux, et d'introduction frauduleuse de données dans un système de traitement automatisé. Il sera jugé par le tribunal correctionnel de Paris du 8 au 23 juin 2010. Son ancien employeur lui reproche de lui avoir fait perdre 4,9 milliards d'euros en janvier 2008.
Reprenons tout depuis le début. Le 24 janvier 2008, la Société Générale s'interroge sur le milliard et demi d'euros que Jérôme Kerviel a fait gagner à la banque l'année précédente. Il est convoqué par les hauts dirigeants, qu'il n'avait auparavant jamais rencontrés, et qui restent incrédules devant le gain du jeune trader. D'abord félicité, il est vite remercié. On lui reproche de ne pas avoir respecté les règles de sécurité imposées aux traders par la Société Générale.
Le niveau d'engagement autorisé était de 125 millions d'euros. Jérôme Kerviel avoue qu'il prenait des risques en le dépassant, mais il affirme que tous les traders outrepassaient cette limite et que cela n'avait jamais posé de problèmes auparavant. Selon lui, il n'y avait aucune procédure de contrôle.
Le jeudi, la banque annonce une perte de 5 milliards d'euros. La Société Générale déboucle les positions de Jérôme Kerviel. Pour simplifier, elle revend les produits que le trader avait achetés début janvier. S'il admet, qu'il a fait des mauvaises anticipations et que ses positions étaient perdantes du fait du retournement du marché, il reproche à la Société Générale d'avoir tout revendu en catastrophe, le jour où le marché connaissait un krach.
Le bal médiatique
A chaque interview, l'ancien golden boy met en exergue deux arguments majeurs : primo il n'a pas agit seul, la Société Générale était parfaitement au courant de ses opérations. Secundo, les juges d'instruction ont bâclé l'enquête.
Il appelle "aux bonnes volontés" et espère que certains des ses collègues seront prêts à témoigner en sa faveur malgré leur crainte des représailles. Il avoue avoir vécu dans un milieu déconnecté de la réalité et n'avoir répondu qu'à un seul leitmotiv : la cupidité. Il précise qu'il s'agissait uniquement "de faire le maximum d'argent dans le minimum de temps, et peu importe comment".
Suite aux accusations de la Société Générale et à l'instruction judiciaire, Jérôme Kerviel a passé 37 jours à la prison de la santé de Paris. Il travaille aujourd'hui pour une société d'informatique et gagne 2 300 euros par mois, d'après ses dires. Il encourt aujourd'hui jusqu'à 5 ans de prison et 375 000 euros d'amende. Il est juste sûr d'une chose, c'est qu'il "ne retournera pas dans une salle de marchés".
© Zonebourse.com 2010 / Crédit photo © Maxppp