Martin Bouygues [Bouygues] se refait une santé dans les prisons
10/01/2008 | 10:30 Rachida Dati et Martin Bouygues en auraient-ils parlé entre deux coupes de champagne lors de la célébrissime « surprise party » qui s’est jouée au Fouquet's, au soir de l'élection de Nicolas Sarkozy ? Allez savoir. Ce qui est sûr, c'est que le Ministère de la Justice héberge nombre de personnes à titre gratuit – ou presque – par sa Direction de l’administration pénitentiaire. Les prisons françaises n’étaient ni assez nombreuses, ni assez modernes, il y a donc fort à faire pour un groupe de BTP. Bouygues vient de remporter un contrat portant sur la construction de trois prisons, ainsi que leur exploitation...
Au terme d'une consultation qui l'opposait à ses trois grands concurrents français (Vinci, Eiffage et Spie Batignolles), Bouygues Construction a remporté le troisième lot de prisons mis sur le marché par l'État.
Le groupe de Martin Bouygues se chargera à la fois de la conception, de la construction, du financement, de l'exploitation et de la maintenance de trois nouveaux établissements pénitentiaires à Nantes (570 places), Annœullin, près de Lille (688 places), et Réau, près de Melun (798 places). Soit, au total, 2.056 places.
« Partenariat public privé »
C'est la troisième fois que l’État a recours, pour des prisons, à ce dispositif de partenariat public privé (PPP). Le premier lot de quatre prisons avait été remporté en février 2006 par Eiffage ; le second de trois établissements dont la construction est en cours avait été attribué à Bouygues en octobre 2006.
Si le dossier de la privatisation des prisons fut pendant longtemps un véritable serpent de mer, c’est en 1987 que le projet a été relancé par Albin Chalandon avec la construction de 15.000 nouvelles cellules. Ainsi que l’attribution à une même entreprise de la conception, la construction et la gestion d’un établissement pénitentiaire.
Une idée dans le vent
Suite à la proposition de Pierre Méhaignerie, Elisabeth Guigou décide en 1994 de reconduire la gestion mixte des 21 prisons-Chalandon et de lancer 6 prisons supplémentaires (4.000 cellules de plus). Les bénéficiaires de l’appel d’offre sont alors le groupe Eiffage Construction et le groupe Bouygues. En 2000, un milliards et demi d’euros sont débloqués pour ces constructions. En janvier 2002, l’administration pénitentiaire alloue au groupe Sodexho-Alliance (Siges et Idex-Sogerex) et au groupe Suez-Lyonnaise des eaux (Gepsa) le service de restauration pour 27 prisons.
En 2001, un programme de 35 nouvelles prisons est annoncé par Marylise Lebranchu. En 2002, Perben rebondit la-dessus. Pour accélérer les choses, le ministre facilite la tâche des entreprises quis sont désormais dispensées de la longue procédure prévue dans le Code des marchés publics. Elles peuvent obtenir un crédit-bail avec un droit d’occupation temporaire de terrain public. De plus, Perben leur donne la gestion clef en main pour des durées de vingt à trente ans.
L’État est réduit au rôle de locataire (c’est lui qui verse au privé une redevance mensuelle) et qui est chargé de trouver la « clientèle » . Les entreprises reçoivent ainsi loyer et frais de gestion, le « prix de journée » pour l’entretien des prisonniers. Mais également, les bénéfices issus de la « petite épicerie du coin » intégrée dans l'établissement où sont vendus – à des prix parfois curieux – les produits de consommation courante. Sont également comptabilisés les bénéfices du travail des prisonniers, lesquels sont tenus au rendement.
Les prisonniers, jusque-là soumis au seul pouvoir du directeur de prison, ont avec le PPP une double autorité. La première contrôle toujours l’application administrative de la peine, l’autre régit la logistique, le quotidien qui influe à chaque instant sur la vie en détention. C'est bien connu, le travail, c'est la Santé !
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