Oleg Deripaska accuse Vladimir Potanin de blanchiment d’argent sur Norilsk Nickel
07/12/2011 | 09:55 Depuis avril 2008, le premier producteur mondial de nickel est balloté entre ses deux principaux actionnaires. La querelle des oligarques russes déborde largement le cadre économique et mord de plus en plus sur la sphère judiciaire et pénale. En attendant un jugement de Salomon du Kremlin qui partagerait l’enfant Norilsk avant son dépeçage ?
Il ne peut en rester qu’un ! Entre
Oleg Deripaska et
Vladimir Potanin, tout compromis est exclu pour le contrôle de Norilsk Nickel. Le patron de
Rusal vient de saisir la Cours Suprême fédérale suisse, accusant le second de blanchiment d’argent lors du programme de rachat d’actions lancé par Norilsk. Début novembre, le premier producteur mondial de nickel et palladium avait racheté ses propres titres pour 4,5 milliards de dollars, retirant du coup à Deripaska toute possibilité de prise de participation majoritaire. Potanin est le premier actionnaire de Norilsk, via son holding Interros, avec 30% du capital, devant Deripaska qui en détient 25%.
Depuis un mois,
Oleg Deripaska ne décolère pas. En lançant son programme de rachat d’actions, Norilsk a offert une prime de 53% sur le cours du titre, une largesse qui aurait coûté plus d’un milliard de dollars à Norilsk et ses actionnaires, selon
Rusal. En outre, l’affaire se teinte des zones d’ombres de la législation financière russe.
Vladimir Potanin assure que la plupart des actionnaires sont venus apporter leurs titres au programme de rachat d’actions. Mais l’un d’entre eux, le trader Trafigura détenait 8% du capital avant l’opération. Et en l’état actuel des lois russes, il est impossible de savoir quels sont les bénéficiaires réels du rachat, derrière le courtier. Mais les choses pourraient changer assez rapidement.
Transparence à Moscou
Les députés russes viennent de voter une loi qui tombe fort à propos : les détenteurs de titres de grands groupes russes devront désormais se manifester officiellement aux autorités financières. De quoi apporter une plus grande transparence sur la place financière moscovite. Le texte doit encore être validé par la Chambre haute du Parlement russe, mais son entrée en vigueur pourrait relancer une nouvelle fois la chicane économico-juridique autour de Norilsk.
La dernière plainte de Deripaska a été accueillie avec un certains mépris par Potanin. Un de ses porte-paroles a déclaré à Ria Novosti que "les gens choisissent librement leur style et forgent eux-mêmes leur réputation", ajoutant simplement qu’il regrettait l’image négative que la plainte de Deripaska fait rejaillir sur l’ensemble des hommes d’affaires russes. Mais pour le patron de
Rusal, il s’agit de bien plus qu’une querelle d’egos.
Combat de la dernière chance
Exsangue financièrement, la firme d’Oleg Deripaska peine à trouver les crédits qui lui permettront de surnager. Prendre le contrôle de Norilsk offrirait à Deripaska une trésorerie très fournie, garantie indispensable pour s’attirer de nouveaux les faveurs bancaires et renflouer son groupe.
Oleg Deripaska échapperait alors à l’épée de Damoclès qui oscille au dessus de son crâne : une nationalisation de Rusal par le Kremlin, devenue possible depuis un récent texte de loi sur les entreprises fortement endettées.
Dans sa plainte,
Oleg Deripaska ne vise pars uniquement Interros. Il incrimine également la banque suisse Hyposwiss et l’un de ses juristes, Hans Bodmer. Celui-ci est accusé d’avoir participé à l’opération de blanchiment d’argent initiée par Potanin. Or, Bodmer est également impliqué dans une affaire de corruption aux États-Unis, autour de l’homme d’affaires Frederic Bourke. Conséquence immédiate : juste après l’annonce de la plainte déposée par Deripaska, la direction d’Hyposwiss annonçait la démission d’Hans Bodmer.
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