Stéphane Courbit obtient sa licence de jeux en ligne
08/06/2010 | 16:00 L'Autorité de régulation des jeux en ligne (Arjel) a révélé ce matin, via un décret publié au Journal Officiel, la liste des opérateurs de jeux en ligne agréés. Il était temps, car le calendrier commençait à se faire de plus en plus serré. La loi "relative à l'ouverture à la concurrence et à la régulation du secteur des jeux d'argent et de hasard en ligne" a été promulguée le 13 mai, et la coupe du monde de football en Afrique du Sud débute vendredi. Autant dire, qu'opérateurs, joueurs et régulateurs sont tous dans les starting-blocks !
Les jeux sont faits, rien ne va plus. Les opérateurs de jeux en ligne qui comptent profiter de l'engouement autour de la coupe du monde en proposant sur le net des paris sportifs légaux, ont reçu leur licence ce matin. Ils vont enfin pouvoir ouvrir officiellement les paris en ligne et tirer profit de ce marché plus que juteux : deux millions de Français jouent en ligne en se disant, comme Machiavel, que "Le hasard gouverne un peu plus de la moitié de nos actions, et que nous dirigeons le reste".
Cette légalisation marque la sortie d'une période d'hypocrisie insolente. Ils étaient, en effet, des milliers à jouer et à parier en ligne de façon illégale. Les Français pourront désormais sortir de l'ombre et jouer sans crainte. Jean-François Vilotte, président de l'Arjel, a salué comme il se devait cette étape sur Europe 1: "On sort du déni de réalité internet, il y avait déjà une offre de pari en ligne, elle était illégale. Le parti pris c'est de faire rentrer cette offre illégale dans un cadre régulé, contrôlé". Il est bien là l'enjeu, libéraliser tout en encadrant, autoriser tout en contrôlant et légaliser tout en régulant.
471 années de monopole
Petite leçon d'histoire. Les jeux ont toujours fait partie de la vie des hommes même s'ils n'ont pas toujours eu bonne réputation (Saint Louis interdit par exemple les échecs en 1254). A Rome, en Chine impériale ou en France, les loteries de Foires, les jeux de dés ou d'échecs galvanisaient les foules et les gouverneurs ont vite compris l'enjeu financier.
François 1er, attiré par cette manne substantielle, établit un édit instituant le monopole de la loterie nationale le 21 mai 1539. Cela fait donc 471 années, que l'Etat régule ce moyen de récolter des fonds en détenant le monopole sur les jeux. Seuls la Française des Jeux, créée en 1991, et le PMU, né en 1931, sont autorisés à proposer aux joueurs des paris sportifs ou hippiques.
Et les licenciés sont...
La Française des jeux (parionsweb.fr) et le PMU (pmu.fr) sont bien sûr agrémentés. Les géants du secteur, qui préparent ce lancement stratégique depuis des mois ont également reçu leur licence. Les sites betclic.fr et Everest, appartenant à Stéphane Courbit, sont licenciés. C'est également le cas de la filiale Iliad Gaming de Xavier Niel (chilipari.fr, dans le domaine du pari sportif) et du site sajoo.fr (paris sportifs et poker en ligne) de Marie-Odile Amaury. Les dossiers d'eurosportbet.fr (site de poker en ligne et de paris sportifs détenu par Martin Bouygues), de Beturf (zeturf.fr), de Table 14 (poker) et de FrancePari ont également été retenus par l'Arjel.
En décrochant quatre licences, Stéphane Courbit associé à la Société des Bains de Mer de Monaco, est sans conteste l'un des grands gagnants de cette première distribution. Mangas Gaming, le premier groupe privé français de jeux en ligne, détient les opérateurs BetClic et Everest Poker.
Les joueurs de poker en ligne devront encore attendre
Les "jeux de cercle" ne sont pas encore totalement légalisés. Même si les opérateurs ont reçu leur licence mardi, ils doivent patienter jusqu'à fin juin pour lancer officiellement leur site. Cette catégorie de jeu est soumise à un décret spécial, du fait des obstructions de Malte.
Malte est un acteur incontournable sur le marché des jeux en ligne. Se sentant menacé par ces nouveaux venus, Malte a tout fait pour ralentir le processus en se basant sur le principe de libre circulation des personnes et des biens. Selon le gouvernement maltais, l'obligation pour les joueurs de s'inscrire au préalable auprès d'un opérateur agréé irait contre ce principe de l'Union Européenne.
La concurrence risque de faire rage et chaque groupe désire s'arroger un maximum de parts de marché en se positionnant comme un acteur clé de ce nouveau secteur d'activité voué à se développer de façon exponentielle. Isabelle Parize, la vice-présidente de Mangas Gaming annonce ses objectifs : "Notre groupe a l'ambition de rester dans le peloton de tête des grands groupes européens. Nous avons ainsi à cœur de nous imposer sur le marché français grâce à notre professionnalisme, notre rigueur, et notre dynamisme. Nous avons tous les atouts pour faire de nos marques, des champions français à même de rivaliser avec les plus grands groupes internationaux."
L'Etat, un acteur central
Cette étape, bien qu'elle soit décisive, ne garantit pas pour autant le succès de la libéralisation des jeux d'argent en France. L'Etat a un rôle essentiel à jouer dans la lutte contre les sites ne demandant pas d'agrément à l'Arjel. Et ce n'est pas une sinécure, il existe aujourd'hui 5 000 sites illégaux de langue française !
Quand à la fiscalité, la loi calque le même modèle que pour les casinos. L'Etat prélèvera 5% des mises des joueurs pour les paris sportifs et hippiques et 2% des mises pour le poker. Une partie des recettes sera affectée pour la lutte contre l'addiction aux jeux, 1,3% des recettes sur paris sportifs sera reversé au Centre national pour le développement du sport (CNDS) et 15% de la fiscalité poker seront versés au Centre des monuments nationaux.
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