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ELECTRICITÉ DE FRANCE

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EDF, une renationalisation n'est plus taboue

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15/04/2019 | 11:43

Le scénario d'une "renationalisation" d'Electricité de France commence à faire son chemin. En 2017, plusieurs analystes financiers (on pense notamment à UBS et Oddo BHF, précurseurs) avaient commencé à examiner un scénario de scission du géant français en deux entités, pour répondre aux problématiques asymétriques entre ses actifs nucléaires et la plupart de ses autres métiers. Depuis, plusieurs pistes ont été évoquées, jusqu'au retour dans le giron public, qui fait les grands titres de la presse ce matin, après des indiscrétions obtenues par Le Parisien.

La question énergétique est trop importante pour être laissée à la seule appréciation des marchés financiers. C'est le message que fait passer ce matin Le Parisien, qui a puisé ses informations aux marches de l'Elysée. Les mauvaises langues pourraient s'interroger sur cette belle fuite au matin d'une intervention cruciale du chef de l'Etat pour la suite de son mandat. Il faut surtout se réjouir que le problème EDF soit pris à bras le corps par les plus hautes autorités de l'Etat. Le schéma dépeint par le quotidien français est relativement proche de ce qui a pu être annoncé ces derniers mois. Les actifs nucléaires, qui sont confrontés à des enjeux majeurs en matière de financement, de renouvellement et de gestion de la fin de vie, seraient isolés dans une structure dédiée, qui comprendrait aussi la commercialisation de l'électricité nucléaire, voire d'autres entités. Le Parisien, cite par exemple les barrages, même si ce n'est pas forcément l'hypothèse dominante chez les analystes. Mais peut-être l'Elysée songe-t-il aussi à sanctuariser les concessions hydrauliques à l'heure où la concurrence point ?
 

Capacité installée et production d'EDF en 2018 (Source Document de Référence - Cliquer pour agrandir)
 
Une seconde entité serait créée, plus agile économiquement. Elle chapeauterait les énergies renouvelables (éolien, solaire, biomasse…), les réseaux de transports et de distribution (RTE, Enedis), Framatome (les activités de conception de centrales nucléaires reprises à Areva) et la branche services Dalkia. Cette entité pourrait accueillir des investisseurs extérieurs en ouvrant son capital. Les scissions dans l'univers énergétique ne sont pas une nouveauté : en Allemagne, E.ON et RWE ont procédé ainsi. Mais ces énergéticiens n'avaient pas à composer avec le premier parc nucléaire mondial, ni avec les liens complexes qui unissent les Français avec leurs anciens monopoles. 
 
Un calendrier sur trois ans
 
Le processus pour parvenir à cette nouvelle organisation n'est pas vraiment clair à ce stade. Parle-t-on d'une entité d'origine qui possèderait la nouvelle ou de deux entités qui seraient sous la coupe d'une holding ? Si la structure est incertaine, le calendrier semble peu ou pou arrêté. Le coup d'envoi officiel du grand chambardement est prévu lors d'un conseil d'administration le 28 mai prochain chez EDF, qui précèdera une présentation aux grands cadres (7 juin) puis aux syndicats (20 juin). L'exécutif aurait donné jusqu'à la fin de l'année au management pour proposer les contours de l'EDF du futur. L'objectif est de présenter le projet à Bruxelles en 2020 et de le déployer en 2021.

Quant au montage capitalistique, il reste à écrire. A priori, la lecture la plus simple consisterait pour l'Etat à racheter les minoritaires (16,33% du capital environ) pour avoir les mains à peu près libres pour la réorganisation, qui à réintroduire la nouvelle entité créée en bourse. Problème, cela coûterait, sur la base des cours du jour (12,435 EUR) la bagatelle de 6 milliards d'euros. Voire plus avec une prime pour appâter l'actionnaire, comme cela se pratique habituellement. Avec 20% de bonus, le cours proposé aux actionnaires avoisinerait 15 EUR et la douloureuse 7,2 milliards d'euros pour l'Etat. Le Parisien évoque la fourchette 6 à 8 milliards d'euros, ce qui induit un cours pouvant monter jusqu'à 16,60 EUR.
 
Le problème de ce montage, outre son coût immédiat pour le contribuable, c'est qu'il risque de rester en travers de la gorge des plus anciens actionnaires. L'entrée en bourse de la société en 2005 avait eu lieu à 32 EUR (et même à 33 EUR pour les institutionnels). Quant à son pic, juste avant la crise des subprimes, il se situait au-delà des 80 EUR. Quelques petits porteurs risquent de s'étrangler, même s'il n'en reste guère. Un coup d'œil au dernier document de référence d'EDF montre que les actionnaires individuels ne représentent que 1,95% du capital. L'essentiel des titres qui ne sont pas détenus par l'Etat sont aux mains d'investisseurs institutionnels (13,11%), les salariés actionnaires d'EDF possédant pour leur part 1,12% du tour de table.

Action EDF depuis l'introduction en bourse (Source Document de référence - Cliquer pour agrandir)
 
Les modalités précises d'une (éventuelle) opération ne manqueront pas de filtrer dans les mois à venir. EDF a mandaté plusieurs établissements (JP Morgan, UBS, Société Générale, Oddo et Natixis, selon Le Parisien) pour plancher sur différents scénarios. Les choses bougent enfin et la renationalisation, partielle, n'est plus taboue.

Anthony Bondain
© Zonebourse.com 2019
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VE / CA 2020 1,07x
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