Intéressons-nous aux modèles économiques et aux dynamiques respectives des duos du jour.
Interparfums / Coty

Le parallèle est presque ironique car aucune de ces deux entreprises n’est un pur-sang national. Coty a été fondée en France par François Coty et était déjà, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, la marque de parfum la plus vendue au monde. Interparfums présente une généalogie tout aussi hybride puisque l’un de ses cofondateurs est franco-américain, et il contrôle toujours la maison avec son acolyte de toujours. La maison mère, Interparfums Inc., est cotée à New York, mais le siège et le centre névralgique de la stratégie se trouvent bel et bien rue de Solférino, à Paris.
D’ailleurs, dans le sillage de l’essor de la parfumerie de niche, le groupe a lancé cet été sa toute première marque en propre, baptisée Solférino.
Si le cœur d’activité des deux acteurs est identique, Interparfums se distingue par un positionnement de ‘pure-player’. Le modèle repose sur la conception, la production et la distribution de parfums développés sous licence pour de grandes marques de la mode et du luxe.
Chez Coty, on retrouve notamment Tiffany & Co, Swarovski, Hugo Boss ou Gucci. Interparfums exploite pour sa part Jimmy Choo, Coach et, plus récemment, Lacoste. Ces marques sont connues bien au-delà de l’univers de la parfumerie, et c’est précisément là que réside l’enjeu du modèle : la capacité à s’approprier un nom, raconter une histoire autour et inscrire ce prestigieux nom dans le monde de la senteur.
Certainement l’une des plus belles réussites d’Interparfums est la licence MontBlanc, que nous avons sûrement tous connue avec ses stylos. La marque est aujourd’hui le deuxième contributeur du portefeuille du groupe et compte de nombreux succès comme la gamme Explorer.
Coty est quant à lui présent dans la catégorie beauté avec la marque de Kylie Jenner par exemple, mais également dans la parfumerie de masse avec des licences comme Adidas. Si la parfumerie haut de gamme demeure le principal moteur de revenus et des marges, les résultats de l’exercice 2025 publiés cet été ont mis en exergue la nécessité d’une inflexion stratégique. En effet, le segment beauté grand public – positionné un cran en dessous du prestige – a enregistré un résultat opérationnel négatif. Dans le même temps, les études sectorielles soulignent le dynamisme de la parfumerie par rapport aux autres segments de la beauté.
Peu après la publication, la direction accuse réception et annonce son intention de renforcer sa position dans le domaine des parfums et lance dans le même temps une revue stratégique de l’activité beauté grand public.

( Source : Rapport annuel de Coty 2025 )
Interparfums a historiquement remporté le match de la lisibilité. Investir dans le groupe français revient à s’exposer clairement au luxe, ce qui est beaucoup moins évident dans le cas de Coty. Mais à la faveur de ce recentrage stratégique, cet état de fait pourrait évoluer.
Arrivée à la tête de Coty en 2020, Sue Nabi s’est d’abord tachée d’assainir un bilan lourdement endetté. Le travail est désormais accompli. S’ouvre maintenant un nouveau chapitre, celui de la refonte stratégique des activités du groupe. Un tournant que les marchés observeront, alors que le titre flirte dangereusement avec ses plus bas historiques.
Virbac / Zoetis

Virbac fait figure de David face aux Goliaths du secteur, tels que Zoetis ou Elanco. Le groupe américain est le champion mondial de la santé animale, sans que cela ne l’empêche de faire état d’un sur-place boursier depuis 2020. Ancienne filiale de Pfizer, Zoetis s’est rapidement habitué à des multiples de valorisation élevés, avec un PER moyen proche de 40 sur les dix dernières années. Les niveaux actuels apparaissent nettement plus supportables.
Les segments d’activités de ces deux acteurs sont comparables. La majeure partie de leur chiffre d’affaires est attribuable aux animaux domestiques et le reste concerne les animaux d’élevage.
Le secteur est structurellement bien orienté avec un marché de la santé animale qui s’apprête à doubler d’ici 2035 selon les prévisions internes de Zoetis. Quelques chiffres intéressants pour mesurer le phénomène : 94 millions de foyers américains possèdent au moins un animal de compagnie et la France compte plus d’animaux domestiques que d’habitants. À cela s’ajoute le phénomène du ‘petparenting’. Un anglicisme de plus qui traduit le fait que les propriétaires se considèrent de plus en plus comme de vrais parents. C’est ainsi que les dépenses pour les animaux tendent à montrer plus de résilience et à se décorréler de l’activité économique.
Voilà pourquoi la part de ventes pour les animaux domestiques continue de croître dans le mix revenus des deux groupes. Une dynamique qui se couple à des investissements plus massifs sur ce segment, qui offre de meilleures marges grâce aux prescriptions des vétérinaires.
Côté français, l’histoire récente témoigne d’une gestion bilancielle rigoureuse menée par la direction. L’acquisition de Sentinel, pour quelque 400 millions de dollars en 2015, a été digérée en quelques années seulement, de quoi conforter les actionnaires dans la capacité du groupe à poursuivre une trajectoire de croissance maîtrisée.
La taille de Zoetis lui confère toutefois un avantage certain, tant en matière de marges que de capacité à consolider le secteur par des acquisitions, le tout avec un niveau d’endettement encore très raisonnable.
Cette différence se reflète dans le retour sur capitaux propres. Virbac a stabilisé son ROE autour de 15%, quand Zoetis offre un insolent 50% depuis de nombreuses années. Pour donner un ordre de grandeur, l’américain a redistribué à ses actionnaires en 2024, via rachats d’actions (1,87 milliard de dollars) et dividendes (786 millions), 1,8 fois le chiffre d’affaires annuel de Virbac.
Teleperformance / Concentrix

Il est vrai que les valeurs sélectionnées dans cet article ne sont pas les premières de la classe boursière ces dernières années. Et que dire de ces deux-là. On dit qu'il ne faut jamais parier contre Wall Street. Et bien ces dernières années, il ne fallait surtout pas aller à l’encontre de l’IA.
En témoigne la chute spectaculaire de la valorisation de TP, qui jouait des coudes avec celle de Ferrari et est aujourd’hui davantage comparable à celle de Petrobras, la pétrolière brésilienne. Une dévaluation lourde de sens pour le secteur de l’externalisation de la relation client.
Il est aisé de comprendre le marché ici. Le secteur semble en tout point de vue une cible facile pour l’IA. Malgré les efforts du management pour orienter le discours vers l’intégration de ces technologies et la montée en gamme des services à forte valeur ajoutée, les investisseurs peinent à se laisser convaincre.
L'impressionnante fuite des investisseurs de TP a été très documentée chez Zonebourse avec notamment son apparition récente dans la fameuse rubrique : Fallait pas l’inviter.
Avec des chutes respectives de 77% et 58% des cours sur cinq ans pour Teleperformance et Concentrix, on peut affirmer sans grand risque que le marché a remporté la première manche. Mais ces deux géants, aussi affaiblis soient-ils en Bourse, vont jouer leur carte pour rebondir. L’ampleur des changements organisationnels et la nécessité d’être adroit dans les acquisitions pose la question de qui a les reins les plus solides pour rendre les coups au marché.
Si le chiffre d’affaires peut donner l’illusion d’un combat équilibré, un regard sur les états financiers fait transparaître une meilleure position pour TP.

À court terme, l’érosion des marges, et l’incapacité des directions à rassurer les investisseurs — alors même que les effets de l’IA se sont à peine matérialisés — continue de peser sur les cours.
L’alerte sur les résultats du quatrième trimestre a déjà été donnée par les deux entreprises. Pour inverser la tendance, les deux groupes auront besoin de redonner des couleurs à leurs marges pour pouvoir s’offrir plus de marge (justement) de manœuvre afin d’opérer les changements organisationnels.

















