Ce matin, je ne suis pas peu fier de mon titre, qui résume les enjeux du moment tout en résonnant avec ma date d'anniversaire (04/04). Mais je ne vais pas davantage m'épancher sur des considérations personnelles. L'actualité des dernières heures pourrait à elle seule remplir l'antenne pour toute une semaine.

Commençons donc par la Fed, qui a annoncé hier soir un statu quo sur ses taux d'intérêt. Ce n'est pas une surprise, les enjeux étaient ailleurs. Le premier était l'avenir de Jerome Powell. On savait déjà que ce serait sa dernière réunion en tant que président de la Fed. Mais il restait une inconnue : allait-il ou non aller au bout de son mandat de gouverneur ? Eh bien, il est toujours impossible de répondre à cette question. Hier soir, il a indiqué qu'il restait au conseil des gouverneurs "pour une période à déterminer". Jerome Powell ne semble pas totalement rassuré par l'abandon de l'enquête du ministère de la Justice le visant, annoncé vendredi. On a surtout compris dans ses commentaires qu'il se serait bien vu prendre sa retraite mais que les attaques de l'administration Trump contre la Fed et le danger qu'il perçoit pour l'indépendance de l'institution le poussent à rester.

L'autre enjeu était le biais accommodant de la Fed. Jusqu'ici, le communiqué laissait entendre que le prochain mouvement serait une baisse de taux. Et la plupart des économistes s'attendaient à ce que la Fed retire cette référence, alors que la hausse des prix de l'énergie a fait remonter l'inflation. Finalement, cette formulation a été maintenue dans le communiqué. Mais entre les 4 votes dissidents (dont 3 sur ce sujet) et les commentaires de Jerome Powell durant la conférence de presse, on comprend malgré tout que le consensus a bougé au sein de la Fed. Il n'y a plus de biais accommodant.

Et le marché aussi l'a bien compris. Les taux ont poursuivi leur remontée et le 10 ans américain est seulement à quelques points de base de son plus haut du mois de mars. Ce qui continue aussi à remonter, c'est le pétrole. Hier, le Brent a touché les 120 dollars, un nouveau plus haut en 2026, alors que le blocage du détroit d'Ormuz se poursuit et qu'aucune solution négociée ne semble émerger. Hier, le Wall Street Journal nous apprenait que Donald Trump privilégierait un blocus prolongé afin de maintenir la pression sur l'Iran.

L'autre gros morceau de la veille, c'était la salve de résultats d'entreprises technologiques américaines post-clôture de Wall Street. En quelques minutes, les terminaux de news ont été tapissés d'alertes sur "Microsoft a fait ça…", "Alphabet a annoncé que", "Les résultats de Meta sont…" ou "Amazon déclare que…". Au lieu de vous farcir la tête de chiffres, je vais vous faire une synthèse spartiate : tout le monde va dépenser beaucoup plus d'argent que prévu, pour satisfaire des clients insolvables (OpenAI, Anthropic…), mais certains génèrent déjà un surcroît de chiffre d'affaires spectaculaire parce qu'ils ont des capacités cloud massives à mettre en face (c'est le cas d'Alphabet) ou moins spectaculaire (c'est le cas de Microsoft, Amazon). Meta dépense beaucoup mais n'a pas de capacités cloud, même si son activité publicitaire a l'air de tirer profit de l'IA. Bilan des courses, +7% pour Alphabet, hausses légères pour Amazon et Microsoft, -7% pour Meta. Au risque d'enfoncer une porte ouverte, l'un des gros enjeux des trimestres à venir est de déterminer si les investissements en cours, qui modifient considérablement les modèles économiques des géants de la tech, vont se transformer en or ou en plomb. Pour le moment, le marché rémunère les fabricants de matériel et les plateformes qui savent se rendre indispensables à OpenAI, Anthropic et compagnie.

Heureusement que les résultats du quatuor ont offert du soutien, parce que la poursuite de la flambée du pétrole a de quoi effrayer le marché. Le baril de brut léger américain WTI flirte avec les 110 USD, tandis que le Brent approche les 125 USD. Cette remontée, qui porte la hausse de l'or noir à plus de 85% en quatre mois, a été alimentée par les rumeurs en provenance de la Maison Blanche et les déclarations de Donald Trump à Axios. Le président américain a indiqué qu'il ne lèverait pas le blocus naval des ports iraniens tant qu'il n'y aura pas d'accord sur le nucléaire. Le Pentagone devrait briefer le locataire de la Maison Blanche dans les heures qui viennent sur une éventuelle reprise des frappes en Iran.

Si les actions ont l'air de regarder ailleurs, le marché obligataire s'est significativement tendu, à la fois à cause des prix du pétrole et de la dissidence au sein de la Fed. Le rendement de la dette US à 30 ans a repassé le cap des 5% pour la première fois depuis le début de l'été dernier. Les échéances plus courtes sont nettement remontées elles aussi. On a clairement deux salles, deux ambiances.

Le rythme des publications de résultats ne faiblit pas aujourd'hui. Il y a beaucoup de banques et de grosses entreprises industrielles en Europe ce matin. Aux Etats-Unis, le programme est encore très dense avec l'économie traditionnelle qui publiera avant l'ouverture et la tech après, dont Apple, le vilain petit canard de l'IA. Je vous cite quelques noms dans la seconde partie de la chronique.

En Asie-Pacifique, l'engouement initial pour les résultats technologiques a été battu en brèche par la hausse du pétrole. Toutes les places perdent du terrain, avec des baisses de 1 à 1,5% au Japon, en Inde ou en Corée du Sud.

Le CAC 40 lâche 1,4% à 7 962 points à l'ouverture. Le SMI perd 1,1% à 12 888 points. Le Bel 20 est à -0,6%, à 5 251 points. 

Il n'y aura pas de chronique demain, car plusieurs marchés, dont les places Euronext et la Suisse, sont fermés pour un jour férié.  

Les temps forts économiques du jour

L'agenda macro :

  • 07h30 : Croissance du PIB (France)
  • 08h00 : Ventes au détail (Allemagne)
  • 08h45 : Taux d'inflation (France)
  • 09h00 : KOF indicateurs avancés (Suisse)
  • 09h55 : Taux de chômage (Allemagne)
  • 10h00 : Croissance du PIB (Allemagne)
  • 10h00 : Croissance du PIB (Italie)
  • 11h00 : Taux de chômage (Zone Euro)
  • 11h00 : Taux d'inflation (Zone Euro)
  • 11h00 : Croissance du PIB (Zone Euro)
  • 13h00 : Décision de taux d'intérêt BOE (Royaume-Uni)
  • 14h15 : BCE la décision de taux d'intérêt (Zone Euro)
  • 14h30 : Inscriptions hebdomadaires au chômage (Etats-Unis)
  • 14h30 : Indice des prix base PCE (Etats-Unis)
  • 14h30 : Dépenses personnelles (Etats-Unis)
  • 14h30 : Revenu personnel (Etats-Unis)
  • 14h30 : Croissance du PIB (Etats-Unis)
  • 14h30 : Indice des prix PCE (Etats-Unis)
  • 14h30 : Croissance du PIB (Canada)
  • 14h45 : Conférence de presse de la BCE (Zone Euro)
  • 15h45 : Indice Chicago PMI (Etats-Unis)
  • Le reste de l'agenda ici.

Les grands indicateurs macros (les cotations sont celles du jour autour de 7h00, les liens permettent d'avoir le temps réel) :

Les principaux changements de recommandations

  • ABB : Goldman Sachs maintient sa recommandation neutre et relève l'objectif de cours de 63 à 72 CHF.
  • Amundi : BNP Paribas maintient sa recommandation neutre et relève l'objectif de cours de 80 EUR à 82 EUR.
  • Aéroports De Paris : Barclays maintient sa recommandation surpondérer et réduit l'objectif de cours de 136 EUR à 134 EUR. JP Morgan reste à une recommandation neutre et réduit l'objectif de cours de 118 à 115 EUR.
  • Bilia : SB1 Markets passe de vendre à neutre avec un objectif de cours relevé de 120 SEK à 135 SEK.
  • BKW : UBS maintient sa recommandation neutre et relève l'objectif de cours de 155 à 160 CHF.
  • Brenntag : UBS passe de vendre à neutre avec un objectif de cours relevé de 42 à 60 EUR.
  • Epiroc : Pareto Securities passe d'acheter à conserver avec un objectif de cours relevé de 270 SEK à 275 SEK.
  • Equinor : SEB Bank passe de vendre à conserver avec un objectif de cours de 366 NOK.
  • Hermès International : BNP Paribas maintient sa recommandation de surperformance et réduit l'objectif de cours de 2650 à 2150 EUR.
  • Kone : JP Morgan passe de neutre à surpondérer avec un objectif de cours relevé de 65 à 70 EUR.
  • Lectra : BNP Paribas reste à surperformance avec un objectif de cours réduit de 27 à 25 EUR.
  • Lloyds Banking Group : UBS passe de neutre à acheter avec un objectif de cours relevé de 110 GBX à 115 GBX.
  • Mandatum : DNB Carnegie passe d'acheter à conserver avec un objectif de cours de 7 EUR.
  • Manitou : Bernstein reste à surperformance avec un objectif de cours réduit de 28 à 25 EUR.
  • Michelin : Deutsche Bank maintient sa recommandation d'achat et réduit l'objectif de cours de 35 EUR à 34 EUR.
  • Nexans : Deutsche Bank maintient sa recommandation d'achat et relève l'objectif de cours de 152 à 179 EUR.
  • Prosus : Morgan Stanley démarre le suivi à surpondérer avec un objectif de cours de 12 USD.
  • Straumann Holding : Goldman Sachs maintient sa recommandation neutre et relève l'objectif de cours de 95 à 97 CHF.
  • ThyssenKrupp : Deutsche Bank passe de conserver à acheter avec un objectif de cours relevé de 11 à 14,50 EUR.
  • UBS Group : Barclays maintient sa recommandation de pondération de marché et relève l'objectif de cours de 34 à 35 CHF.
  • Unibail-Rodamco-Westfield : Goldman Sachs maintient sa recommandation d'achat et relève l'objectif de cours de 129 à 130 EUR.
  • Zealand Pharma : SEB Bank passe de conserver à acheter avec un objectif de cours relevé de 380 DKK à 475 DKK.

En France

Annonces importantes (et moins importantes… Je précise que les informations sont données à chaud avant l'ouverture et ne préjugent pas de la couleur des actions pendant la séance)

Dans le vaste monde

Annonces importantes (et moins importantes)

D'Europe

D'Amérique du Nord

D'Asie et d'ailleurs

Le reste de l'agenda mondial des publications ici.

Lectures