Connexion
E-mail
Mot de passe
Retenir
Mot de passe oublié ?
Devenir membre gratuitement
Inscription
Inscription
Devenir membre
Inscription gratuite
Devenir client
Découvrez nos services
Paramètres
Paramètres
Cotations dynamiques 
OFFON
Publicité
Du même auteur
Plus d'articles

Automobile : Trump remet la pression sur les Allemandes

share with twitter share with LinkedIn share with facebook
share via e-mail
1
30/11/2018 | 10:25

En amont du sommet du G20 en Argentine, la Maison Blanche a opportunément laissé fuiter une information selon laquelle Donald Trump serait prêt à remettre en selle sa surtaxe de 25% sur les véhicules importés aux Etats-Unis. Un durcissement de la position américaine qui intervient après une période plus calme, consécutive à la rencontre estivale entre Trump et Juncker. Maintenant que les spécialistes ont un peu de recul sur la question, que se passerait-il si Washington mettait sa menace à exécution ?

Commençons si vous le voulez bien par un état des lieux. En 2017, l'export de véhicules par l'UE ressemblait à ça, selon l'Association des constructeurs européens d'automobiles :
 

En chiffres, cela représente 5,875 millions de véhicules exportés pour 138,6 milliards d'euros, dont 91,4% de véhicules particuliers. Le flux entrant correspond à 3,66 millions de véhicules pour 48,25 milliards d'euros, ce qui garantit un excédent commercial de 90,32 milliards d'euros. Premier constat : le prix moyen d'un véhicule exporté par l'UE est de 23 586 EUR, alors que la moyenne en import se limite à 13 174 EUR. L'Europe est en effet une championne de l'export de véhicules haut de gamme. Il va sans dire que le SUV Mercedes expédié aux Etats-Unis ou en Chine va coûter un peu plus cher que les Clio produites par Renault en Turquie pour le marché européen (la Turquie est au marché de l'UE ce que le Mexique est au marché des USA).

Le secteur automobile européen est une pierre essentielle de l'économie du vieux continent. L'industrie elle-même emploie en direct 2,5 millions de personnes (dont 216 000 en France). Eurostat estime qu'elle fournit du travail à 13,3 millions de personnes au total, si l'on y ajoute les industries indirectes (pneumatiques, électronique, capteurs, climatisation…), la distribution et les services (concessions, garages, location, accessoires…), le transport et la construction d'infrastructures. Cela représente 6,1% des salariés européens.
 

227 usines automobiles dans l'UE (Source ACEA)

La balance commerciale globale avec les Etats-Unis permet de constater que l'Automobile représente le tiers de l'excédent commercial en faveur de l'Europe. "Dans la mesure où les automobiles et les pièces détachées représentent 33% de l'excédent commercial de l'UE avec les USA, il est tout sauf surprenant que le secteur ait attiré l'attention de Washington", souligne François Cabau, l'analyste qui chapeaute l'équipe Auto de la banque Barclays. Et sur ces 33%, pas moins de 55% sont attribuables à l'Allemagne : on comprend mieux l'obsession de Donald Trump pour nos voisins.

En 2017, l'UE a produit 19,6 millions de véhicules au total et en a donc exporté 5,875 millions, dont 1,16 million vers les Etats-Unis, le principal marché d'exportation européen, avec 19,8% du total, loin devant la Chine (9,7%). En valeur, le marché américain est une poule aux œufs d'or : 32 529 EUR en moyenne par véhicule particulier exporté, quand cette moyenne n'atteint que 13 997 EUR vers la Turquie, le troisième marché d'export de l'Europe. Pour l'anecdote, notez que le marché chinois est lui aussi un eldorado : 37 179 EUR par véhicule exporté, mieux que les Etats-Unis. L'appétit de la nouvelle élite économique locale pour les véhicules premium européen ne se dément pas.

Or voilà que Donald Trump réactive ses menaces de taxation des importations européennes. Pour le moment, les constructeurs français peuvent dormir sur leurs deux oreilles puisqu'ils ont quitté les Etats-Unis il y a longtemps déjà, même si Peugeot a quelques velléités de retour. Les équipementiers hexagonaux seraient en revanche pénalisés par un ralentissement des ventes de leurs clients, notamment allemands. Prenons un BMW par exemple : le groupe bavarois réalise 14,8% de son chiffre d'affaires aux Etats-Unis, mais 71% des véhicules vendus chez l'Oncle Sam sont produits en Europe. Pour Porsche, l'équation est encore plus complexe : le groupe fabrique uniquement en Allemagne mais écoule 23% de ses modèles aux Etats-Unis. Les Allemands ne sont pas les seuls potentiellement lésés : Jaguar Land Rover est 100% établi au Royaume-Uni mais réalise 19% de ses ventes outre-Atlantique (le Brexit apportera-t-il une réponse ?).
 

Entre parenthèses à côté du nom, le pourcentage de CA réalisé aux Etats-Unis (Zonebourse avec Barclays)

BMW est le plus gros exportateur auto... des Etats-Unis

Là où les choses se corsent, c'est que les flux de l'industrie automobile sont hautement mondialisés. Reprenons BMW. Le groupe dispose d'une vaste usine aux Etats-Unis, qui assure l'assemblage des gros SUV de la gamme X (X3, X4, X5, X6, X7), prisés des Américains. Pour des questions de spécialisation des sites, les autres modèles vendus aux Etats-Unis arrivent d'Europe par bateau. Quant au reste de la production de modèles X de l'usine de Spartanburg en Caroline du Sud, il file principalement vers la Chine. Ironie du sort, ce n'est ni General Motors, ni Ford, ni Chrysler qui est le plus gros exportateur automobile américain en valeur, c'est BMW. Or les gros modèles X vendus aux élites chinoises sont désormais taxés à 40% par Pékin, qui a décidé de surtaxer les véhicules en provenance des Etats-Unis. Si Trump impose une surtaxe de 25% aux véhicules produits en Europe, BMW sera pénalisée sur ses exports vers les Etats-Unis tout en subissant une surtaxe de 40% sur ses voitures exportées des Etats-Unis vers la Chine. A cela s'ajoutent les autres barrières érigées précédemment, comme celles qui frappent les approvisionnements en acier et en aluminium, dont l'impact sur les coûts de production est loin d'être neutre.

Avec sa vision binaire du monde, les gentils d'un côté, les méchants de l'autre, le Président américain est en train de mettre une belle pagaille dans l'industrie. Mais peut-on évaluer l'impact de cette zizanie ? Barclays estime que la mise en place d'une surtaxe de 25% sur les importations automobiles aux Etats-Unis pourrait coûter 0,3 à 0,4% au PIB européen 2019, ce qui le ferait reculer de 1,6% à 1,3% voire 1,2%. L'amplitude du choc nécessiterait à coup sûr une réaction de politique monétaire, pronostique la banque britannique. Surtout si elle intervient en parallèle d'un ralentissement du marché chinois, grevé par les tensions commerciales avec les Etats-Unis et par la réduction structurelle de la croissance du pays et d'un Brexit dont la forme reste incertaine. A moins que la réunion organisée par la Maison Blanche mardi prochain avec les constructeurs allemands ne change la donne. On peut toujours rêver. 

Valeurs citées dans l'article
Varia.DernierVar. 1janv
FORD MOTOR COMPANY 0.23%8.54 Cours en différé.-31.63%
GENERAL MOTORS CORPORATION 0.78%34.69 Cours en différé.-15.37%
PEUGEOT 1.31%17.425 Cours en temps réel.2.77%

Anthony Bondain
© Zonebourse.com 2018
share with twitter share with LinkedIn share with facebook
share via e-mail
1
Réagir à cet article
Réagir le premier
Publier
loader