Investir en actions chinoises
Les marchés actions chinois sont complexes, c'est indéniable. Parce qu'il existe plusieurs places de cotation et plusieurs types d'actions. Parce qu'il faut parfois jongler avec trois devises différentes. Parce que la main invisible du marché cohabite avec la main du parti communiste chinois. Parce que l'alphabet et la langues sont différents. Parce que les obligations en matière de transparence des informations ne sont pas aussi formatées que sur les marchés occidentaux. Et pour pas mal d'autres raisons aussi.
Dans cet article, nous n'allons pas aller très loin dans les détails, afin de nous concentrer sur la structure globale des bourses chinoises et sur les parcours indiciels.
Quelles sont les principales bourses chinoises ?
Démarrons par quelques généralités. Il y a actuellement trois grands marchés actions en Chine, plus un quatrième en voie d'éclosion :
- La bourse de Shanghai (ou SSE) : c'est la plus ancienne (1990) et la plus importante en taille (environ 10 300 Mds$ actuellement, contre par exemple 3 500 Mds$ pour le marché français et 81 500 Mds$ pour les Etats-Unis). On y trouve tous les types d'instruments (actions, obligations, dérivés, etc.) C'est un marché divisé en deux "boards" : le "Main" où sont traditionnellement listées les "blue chips" chinoises avec un focus sur le marché domestique. Et le "STAR" board, qui fait part belle aux entreprises technologiques en forte croissance (biotechs, 5G, nouvelles énergies, etc.), toujours avec un focus domestique.
- La bourse de Shenzhen : lancée après le SSE pour le concurrencer, est moins importante en taille (environ 7 000 Mds$ de capitalisations cumulées actuellement). Sa particularité est d'attirer plutôt les entreprises du secteur manufacturier. On y trouve tous les types d'instruments et c'est aussi un marché divisé en deux "boards" : le "Main" où s'échangent les poids lourds du secteur manufacturier, en particulier ceux contrôlés par le parti ; et le "GEM" (Growth Entreprise Market) board, ChiNext, qui est un équivalent petites capitalisations pour permettre aux jeunes pousses innovantes (par exemple dans la robotique) de lever du capital.
- La bourse de Hong-Kong (ou Hang Seng) : c'est l'interface privilégiée entre le marché chinois et les investisseurs internationaux. La cité-état avait pour elle un système juridique d'une exceptionnelle intégrité, calqué sur le modèle britannique des meilleures heures et jalousement défendu depuis, ainsi qu'une monnaie directement indexée sur le dollar américain. Ces deux gages de stabilité rassuraient les investisseurs étrangers et leur offraient une porte d'entrée idéale sur le marché chinois. Cette place était aussi ouverte à diverses entreprises étrangères souhaitant y établir une cotation, même principale (par exemple : L'Occitane en Provence, dont nous avons déjà discuté ici). Malheureusement cet avantage s'érode à vitesse grand V depuis que Pékin "réintègre" Hong Kong.
- Le Beijing Stock Exchange : ce marché a été lancé en septembre 2021. Moins régulé, c'est l'héritier du NEEQ (National Equities Exchange and Quotation) et l'équivalent du marché OTC américain. Il est donc centré sur les plus petites capitalisations avec des obligations allégées. Les injections de liquides de Pékin ont fait du BJSE une place boursière à part entière, sans pour autant la sortir de son rôle d’échelon secondaire. Il s'adresse principalement aux petites et moyennes entreprises innovantes. Il est issu du "Select Tier", le niveau supérieur du NEEQ. Lancé avec 81 sociétés cotées, ce marché en compte aujourd'hui 312.
Quels sont les types d'actions négociés en Chine ?
Les sociétés dont le siège est en Chine continentale et cotées en Chine continentale ou à Hong Kong peuvent émettre différentes catégories d'actions en fonction de leur lieu de cotation et des investisseurs autorisés à les détenir. Il s'agit des catégories A, B et H, qui sont toutes des actions libellées en renminbi et qui se négocient dans des monnaies différentes, selon le lieu de cotation. Les sociétés chinoises immatriculées et cotées en dehors de la Chine continentale sont généralement appelées "Red Chips", "P Chips", "S Chips" ou "N Shares", en fonction de la structure de leur actionnariat, de leur source de revenus et de leur lieu de cotation. Voici quelques éléments sur ces différents titres.
- Les "A shares" : elles sont émises par des entreprises immatriculées en Chine et cotent en renminbi (yuans). Ces actions sont dans l'ensemble difficilement accessibles aux investisseurs étrangers, à moins qu'ils n'aient reçu une accréditation type QFII (Qualified Foreign Institutional Investors) ou RQFII (Renminbi Qualified Foreign Institutional Investors), ou qu'ils soient éligibles au système Stock Connect. Dans tous les cas, le régulateur surveille et contrôle de près les transactions de "A shares. Dans l'ensemble, leur négoce reste réservé aux citoyens et institutions chinoises. Par exemple, la star des batteries automobiles CATL (Contemporary Amperex Technology) est une "A Share" cotée à Shenzhen.
- Les "B shares" : elles sont émises par des entreprises immatriculées en Chine et cotent soit en dollar hongkongais (HKD), si elles sont listées à Shenzhen, soit en dollar américain (USD), si elles sont listées à Shanghai. Leur négoce est ouvert aux investisseurs étrangers comme domestiques, sous réserve qu'ils aient un compte en devises étrangères. Le marché est plutôt étroit (40 "B Shares" sur le SSE pour plus de 2000 "A Shares"). Le système Stock Connect, qui relie Shanghai et Shenzhen à Hong Kong, a accentué la tendance et beaucoup de sociétés ont converti leurs actions B en action H.
- Les "H shares" : ces actions sont émises par des entreprises immatriculées en Chine mais listées à Hong Kong. Ce sont les plus facilement accessibles pour les investisseurs étrangers. Le principal intérêt des "H shares" est d'assurer aux entreprises qui ont absolument besoin de capital non-chinois une vitrine la plus transparente possible pour rassurer les investisseurs étrangers. Les plus gros représentants de cette catégorie sont Meituan, China Construction Bank ou Tencent.
- Les "N shares" : elles sont émises par des entreprises immatriculées hors de Chine mais qui réalisent la majorité de leurs revenus en Chine. Elles sont listées sur des marchés étrangers (le NASDAQ souvent) typiquement en USD. Les "N shares" sont privilégiées par les géants de la tech Pinduoduo, NIO,com et les inévitables Baidu et Alibaba. Ces supports ont été spécialement conçus pour aller lever du capital auprès d'investisseurs nord-américains (qui voulaient des titres cotés aux Etats-Unis et libellés en dollars américain). Depuis fin 2024, les tensions sino-américaines ont poussé certaines entreprises à faire de Hong Kong leur place boursière principale.
- Les "Red Chip Shares" : qui désignent des entreprises immatriculées hors de Chine continentale (en fait elles le sont 99% du temps à Hong Kong) mais listées à Hong Kong, et contrôlées par le parti. Exemple : Lenovo. Elles sont accessibles aux investisseurs étrangers… du moins ceux qui acceptent d'avoir le PCC comme "Senior Partner".
- Les "P Chip Shares" : elles sont comparables à des "Red Chip Shares", mais ce sont des entreprises dont le contrôle est privé.
Les "S Chip Shares" : ce sont des sociétés constituées hors de Chine continentale et cotées à la bourse de Singapour, et dont l'exécutif principal est établi en Chine continentale et y réalise la majorité de ses revenus ou y détient la majorité de ses actifs.
Comment se comportent les indices ?
Les indices chinois ont affiché des performances décevantes ces dernières années, en particulier ceux qui sont les plus en vue au niveau international, le MSCI China et le Hang Seng. Les investisseurs espèrent chaque année une embellie qui tarde à se dessiner. Nota bene : le MSCI China compte 655 entreprises au 26/09/2024 (A shares, H shares, B shares, Red chips, P chips et cotations étrangères, avec pour principales capitalisations Tencent, Alibaba, Meituan, PDD Holding, China Construction Bank, Xiaomi, BYD, Bank of China, Ping An…)

Depuis l'annonce de mesures de soutien à la reprise économique en septembre 2024, les indices commencent à retrouver des couleurs
Quels sont les principaux ETF qui suivent les actions chinoises ?
ETF UCITS généralistes (données au 26/09/2024) :
- Franklin FTSE China UCITS ETF ACC USD : le moins cher (0,19% de frais)
- iShares MSCI China UCITS ETF ACC : un gros ETF peu onéreux (0,28% de frais) qui suit le MSCI China. Equivalent au HSBC MSCI China et au Amundi MSCI China, moins liquides et un peu plus onéreux.
- Xtrackers Harvest CSI300 UCITS : un ETF plus original, qui suit le CSI300 (0,65% de frais).
- iShares China Large Cap-ETF : le 3e plus gros ETF mondial sur actions chinoises, qui cible les 50 plus grosses capitalisations cotées à Hong Kong (frais 0,74%).
- Kraneshares CSI China Internet UCITS : un gros ETF centré sur les valeurs technologiques chinoises (0,75% de frais).




























