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Coronavirus et planche à billets, un cocktail qui fait plus de peur que de mal

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30/04/2020 | 07:16

Londres (awp/afp) - Le nouveau gouverneur Andrew Bailey s'en défendait encore au début du confinement: la Banque d'Angleterre (BoE) ne fera pas marcher la planche à billets pour financer un plan de sauvetage de l'économie britannique de plus de 300 milliards de livres.

Pourtant, la BoE a fait grimper à 20 milliards de livres contre d'ordinaire 400 millions la ligne de crédit qu'elle octroie au gouvernement.

Y a-t-il lieu de craindre une poussée d'inflation? Les économistes estiment que non. Explications.

La Banque d'Angleterre fait-elle tourner la planche à billets?

Oui... Comme toutes les autres banques centrales! Si le fait de prêter directement au gouvernement, en augmentant sa capacité de découvert à 20 milliards de livres, est particulier à la Banque d'Angleterre, in fine, cela ne change pas grand-chose par rapport aux centaines, voire milliers, de milliards de livres, dollars ou euros de dettes d'Etats rachetées aux investisseurs par les banques centrales, dont la BoE mais aussi la Réserve fédérale américaine ou la Banque centrale européenne.

"La générosité et la taille potentielle des programmes de prêt des banques centrales ont été augmentées à des niveaux jamais vus auparavant" à cause de la crise du coronavirus, a ainsi estimé dans une note Jennifer McKeown, économiste pour le cabinet Capital Economics. En ce sens, la Banque d'Angleterre ne fait ni plus ni moins que ses homologues.

Comment la Banque d'Angleterre justifie sa stratégie?

La décision de la BoE d'augmenter sa ligne de crédit à Downing Street, ce qui s'assimile à du financement monétaire, a généré des inquiétudes, relayées dans la presse britannique, selon lesquelles elle placerait le Royaume-Uni sur un chemin d'hyperinflation, comparant la situation à la République de Weimar ou au Zimbabwe.

Des accusations que Gertjan Vlieghe, membre du Comité de politique monétaire (MPC) de la Banque d'Angleterre, s'est efforcé d'écarter la semaine dernière dans un discours. Il affirme que son institution a décidé d'augmenter son bilan à travers des rachat d'actifs, sans quoi "l'économie s'affaiblira davantage, et nous ne pourrons pas atteindre notre objectif d'inflation" de 2%. En ce sens, le banquier central implique qu'il craint plus la déflation que l'hyperinflation.

Qu'en pensent les économistes?

Pour Hélène Rey, économiste et professeur à la London Business School, interrogée par l'AFP, "toutes les banques centrales essaient de faire la même chose: maîtriser l'inflation, soutenir l'activité et assurer la stabilité financière ", même s'il y a "des contraintes institutionnelles différentes".

Selon elle, il convient de mettre en perspective la taille de cette ligne de crédit au gouvernement par rapport à la taille totale de l'économie ou du bilan. "C'est minuscule".

Les marchés ne craignent d'ailleurs pour le moment pas de flambée d'inflation, "et nous non plus", dit Paul Dales, économiste pour Capital Economics. La hausse des prix au Royaume-Uni a ralenti à 1,5% en mars contre 1,7% en février, et reste donc en dessous de la cible de 2%, jugée idéale par les responsables économiques.

Surtout, l'argent mis à disposition est bel est bien un prêt dont le gouvernement a promis qu'il sera "remboursé aussi vite que possible avant la fin de l'année". L'utilisation de ce découvert "sera temporaire et de court terme".

La dernière utilisation de ce mécanisme remonte à la crise de 2008, lorsque le gouvernement britannique avait emprunté 20 milliards de livres, remboursés au bout de quatre mois.

Selon Gertjan Vlieghe, la probabilité de tomber dans une spirale inflationniste ne se mesure pas par les outils utilisés par une banque centrale, car tous reviennent peu ou prou à de la création (ou destruction) monétaire, en jouant sur le niveau d'achat (ou de vente) de titres, mais par le degré d'indépendance de l'institution.

La Banque d'Angleterre aurait-elle cependant le pouvoir de dire non au gouvernement si celui-ci réclamait des liquidités massives pour financer son déficit? Elle "est indépendante et a un mandat bien défini qui est une cible d'inflation, la croissance de l'économie et la stabilité financière, pas le financement du déficit", rappelle Mme Rey.

afp/jh

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