Laurent Pignot

Analyste
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Diplomé de Montpellier Business School et de Paris 1-Sorbonne, passé par les univers de la banque et de l'assurance, Laurent Pignot entretient une telle passion pour les cryptomonnaies qu'il ambitionne, un jour, de lancer un média dédié à la vulgarisation de ces actifs alternatifs. Ce qui attire ce fan de sport et de gastronomie ? En bon représentant de sa génération, la dimension décentralisée et désintermédiée de ces devises. Ce qui l'anime ? L'adrénaline liée au jeu de l'investissement.

Episode 6 : Le Web 3.0, les différentes blockchains et le cultivateur cambodgien

17/01/2022 | 10:10

Grâce aux précédents épisodes, nous comprenons que la blockchain a le pouvoir de transmettre de la valeur entre les individus, en recentralisant la confiance non pas sur la qualité de l’autorité d’une entité centralisée, mais sur la qualité de la quantité d’un réseau décentralisé. Comme nous l’avons vu, la blockchain Bitcoin se veut ouverte à tous afin que quiconque puisse consulter les informations qui y sont gravées ad vitam aeternam. Mais il existe d’autres types de blockchains qui n’offrent pas les mêmes avantages. Si le futur internet, dit du Web3, est constitué de blockchains, il devient primordial d’être en capacité de maîtriser la technologie sous-jacente. Plongeons dans les différentes variétés de cette technologie.

Les blockchains publiques : un livre ouvert 

Commençons par celles que nous avons étudiées jusqu’à présent. Un réseau ouvert à tous et sans restriction (si ce n’est une connexion internet), des données consultables pas tous et à tout moment et des transactions inscrites dans un registre distribué numérique infalsifiable et indélébile, autrement dit, une blockchain publique. Ici chaque validateur de transaction sur le réseau (appelé “nœud”) ont des droits égaux pour accéder à la blockchain, pour créer de nouveaux blocs de données et pour les valider. Sans condition d’accès, ce type de blockchain devient beaucoup plus facilement décentralisé que les blockchains privées et permissionnées comme nous allons le voir un peu plus bas. 

Il faut voir ici, un grand livre ouvert devant vous, sur votre table, où tout le monde peut venir lire, écrire et auditer les lignes en cours d’écriture et celles précédemment inscrites. Imaginez que chaque personne détient ce livre, et qu’elles peuvent toutes vérifier les transactions anciennes et actuelles. Ainsi plus il y a de lecteurs (nœuds) qui lisent le livre à travers toute la planète, plus il devient difficile d’écrire des lignes mensongères car tous les lecteurs ne vous laisseront pas le faire. Si sur ce livre, nous savons que vous avez acheté 15 bitcoins, nous pourrons le voir et vous empêcher de dépenser 30 bitcoins car cela serait injuste (des vérifications qui se réalisent à l’aide de moyens algorithmiques et cryptographiques).

 

Transaction sur une blockchain publique
Source : Blockchain France

Les blockchains publiques sont intéressantes pour leurs caractéristiques décentralisées, démocratisées et dénuées de tout organe central de contrôle. Si pour accéder à ce livre public, il n’est pas nécessaire de remplir certains critères, d’autres types de blockchains n’offrent pas ces mêmes avantages. 

Les blockchains privées : un livre fermé

Ici, nous reprenons la métaphore de notre livre public précédemment cité, mais les règles du jeu évoluent. Le lecteur, l'écrivain et l'auditeur, autrement dit le nœud (ordinateur connecté) sur la blockchain, ne pourra prendre ses fonctions que si et seulement si il a reçu une invitation authentique et vérifiée. On comprend donc que dans ce cas, tout le monde ne peut participer à la blockchain. Une validation est nécessaire par les opérateurs du réseau (qui sont déjà en place). Ces opérateurs peuvent être les créateurs de la blockchain et comptent contrôler son accès et avoir des droits privilégiés comme par exemple  modifier, autoriser ou refuser certaines transactions.

  • Le réseau est seulement accessible à un nombre limité d’individus et les nouveaux entrants doivent d'abord être validés par les opérateurs du réseau, autrement dit, un organe central décisionnaire. 
  • L'accessibilité aux données peuvent varier d’un nœud à l’autre, autrement dit, d’un individu à l’autre en fonction des droits d’accès définis par les opérateurs.

Dans le cas de notre livre, ceux qui auraient accès aux lignes pourraient être seulement une entreprise, une institution ou un organisme. Eux seuls auraient le pouvoir d’inviter un autre individu à participer à la construction du livre avec des règles qu’ils auront défini. Concrètement, dans le cadre de la blockchain privée, la qualité de l’autorité refait surface mais avec la technologie de la blockchain. Tout le monde ne peut pas participer, effectuer des transactions et authentifier les modifications apportées sur ce type de blockchain. 

Différence entre une blockchain publique et une blockchain privée
Source : PwC

On comprend facilement que les sociétés auront tendance à s’appuyer sur des blockchains privées car elles sont contrôlables à leur guise en fonction des règles qu’elles auront établi. Les règles, qui plus est, peuvent être modifiables à tout moment. Un banque par exemple, pourrait rediriger des clients vers les blockchains qu’elle contrôle, appliquer les frais des différents services de manière automatique, et en plus modifier les frais instantanément. Les coûts de transaction seront plus faibles qu’une blockchain publique, car en tant qu’organe de contrôle, il n’aura pas besoin de s’appuyer sur un réseau mondial décentralisé pour valider les transactions. La transparence des transactions et la protection contre la manipulation ne font plus partie de ce type de blockchain. 

Le cultivateur cambodgien et la blockchain permissionnée (hybride)

Ici, la frontière est fine avec la blockchain précédemment décrite. Si pour la blockchain privée, il fallait recevoir une invitation invitation authentique pour rejoindre le réseau, pour la blockchain permissionnée, il s’agit davantage de respecter certains critères. En respectant ces critères nous avons le droit d' avoir accès à certaines fonctionnalités et informations. Si l’exemple du livre était simple à comprendre pour faire la différence entre la blockchain privée et publique, ici, je vais prendre un exemple un peu plus poussé pour bien différencier la blockchain privée et la blockchain permissionnée. 

Par exemple, si un réseau blockchain est utilisé pour gérer les transactions de produits agricoles depuis leur origine (la ferme) jusqu'au client final (le marché), le processus implique plusieurs entités. Imaginons qu'un agriculteur cambodgien cultive le haricot dragon qu'il expédie sur plusieurs marchés à travers le monde. Dans ce cas, plusieurs parties entrent dans le processus : les autorités douanières qui dédouanent les produits pour entrer dans leur pays respectif, les compagnies maritimes qui transportent les produits et les exploitants d'entrepôts qui doivent maintenir le produit dans une plage de température spécifiée servent toutes un rôle spécifique mais vital pour assurer la transaction de l'agriculteur. Dans ce cas, les réseaux permissionnés peuvent offrir le meilleur ajustement.

L'agriculteur peut inscrire un prix spécifique et une quantité particulière directement sur la blockchain pour vendre ses produits à un acheteur en Amérique et un autre prix et quantité à un autre acheteur en Europe. Les autres entités impliquées telles que l'exploitant de l'entrepôt n'ont pas nécessairement besoin d'informations sur les prix convenus entre l'agriculteur et ses différents acheteurs. Ils peuvent simplement avoir besoin d'accéder à des informations limitées, telles que des spécifications de quantité et de qualité, pour remplir leur fonction et soutenir de telles transactions. 

Différents types de blockchains
Source :blockchain.oodles.io

La blockchain permissionnée permet de donner certaines informations à certains individus ou groupes en fonction de leur rôle.  Elles sont partiellement décentralisées et se différencient des blockchain publiques par un réseau accessible uniquement à un nombre limité d’utilisateurs. Contrairement à une blockchain privée où il est nécessaire d’obtenir une invitation authentique, la blockchain permissionnée permet à ses utilisateurs d’y accéder s' ils respectent certains critères et une fois que les validateurs sur le réseau auront accepté la demande. 

Les blockchains privées et permissionnées sont très probablement utiles dans des cas d’usage précis, où un ou plusieurs organes de contrôle sont nécessaires pour assurer la continuité d’une activité. Nous nous rapprochons finalement du système actuel de gouvernance des sociétés, mais cette fois-ci, en bénéficiant de la rapidité, de l’horodatage et de la transparence de la blockchain. La vraie disruption technologique est, d’après moi, du côté des blockchains publiques à l’image du réseau Bitcoin, qui permet à quiconque de participer aux opérations n’importe où dans le monde et qui reposent sur une philosophie collaborative et décentralisée.

Nous comprenons l’importance de détecter quel type de blockchain : privée, publique ou permissionnée, est utilisée dans le cadre de nos transactions. Les opérateurs sur une blockchain privée pourraient facilement geler des transactions et même modifier les caractéristiques de certaines d’entre elles, comme par exemple augmenter des frais sur des opérations ou rallonger le temps d'exécution de nos transactions.

Si le futur internet, Web3, est constitué de blockchain, nous devrons impérativement détecter quels types de blockchains seront utilisés sur les différentes applications. Personnellement j’ai déjà mon avis… Dans les prochains épisodes nous explorerons la façon dont nous sommes identifiés sur ces réseaux (clé privée et clé publique). Nous analyserons également les caractéristiques de ces fameux
smart contract (contrats intelligents) pour comprendre leur potentiel utilité dans le Web3. A  très vite pour la suite de la saga sur Zonebourse.

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