Des femmes plus prudentes que les hommes en matière d’investissement ? Tel est la première impression qui ressort à la lecture du baromètre édité par l’Autorité des marchés financiers (AMF) à l’occasion de la journée de la femme ce 8 mars. 52% des femmes interrogées déclarent en effet détenir au moins un placement non garanti, alors que la proportion grimpe à 71% du côté des hommes.

C’est principalement au niveau des investissements en direct (Bourse, financement participatif, crypto-actifs) que s’explique cet écart. Ces derniers n’attirent pas plus de 24% des femmes contre 45% des hommes. Dans le détail, l’AMF précise même que les taux de détention par les femmes se limitent à 19%  pour les actions cotées (34% chez les hommes) et à 5% pour les crypto-actifs (15% chez les hommes).

Certes, l’étude témoigne d’une évolution favorable puisqu’en 2023 seules 21% des femmes détenaient des investissements en direct. Il n’empêche que la progression (+3 points en 3 ans) est resté limitée et n’a pas véritablement permis de réduire le fossé avec les hommes.

Le sentiment de moins s’y connaître

Au regard du sondage, cela résulte en partie d’un moindre intérêt. Les femmes ne sont par exemple que 25% à déclarer s’intéresser aux actions alors que les hommes sont 45% dans ce cas.

Il faut dire que les femmes sont bien moins nombreuses à avoir confiance dans leurs connaissances financières (28% contre 51% des hommes). S’y connaissent-elles réellement moins ou s’agit-il d’une impression ? Pour le savoir, l’AMF a aussi testé les sondés sur quelques questions techniques. Or, le constat est ici sans appel. "Les réponses aux questions de compréhension montrent que les femmes surestiment moins leur niveau de connaissance que les hommes", explique l’AMF.

Qu’elle qu’en soit la raison, la moindre confiance affichée par les femmes a en tout cas un effet direct sur leur comportement. Elles sont 51% à refuser toute prise de risque avec leur argent alors que les hommes ne sont que 31% dans ce cas.

Et lorsqu’il est question de s’informer, les femmes sont un peu plus nombreuses que les hommes à s’adresser à une personnes de confiance qu’il s’agisse d’un conseiller financier (43% des femmes pour 41% des hommes) ou d’un proche (27% contre 24%). En revanche, elles se tournent beaucoup moins que les hommes vers l’intelligence artificielle (9% des femmes contre 13% des hommes) et vers les réseaux sociaux (4% contre 8%).

Faut-il faire un lien entre cette approche plus traditionnelle et les produits ciblés ? Toujours est-il que "pour les femmes, les actions cotées constituent le placement dont on peut attendre les meilleures performances. Pour les hommes, il s’agit plutôt des crypto-actifs", souligne le document.

Une sociologie à ne pas négliger… mais certainement appelée à évoluer

Bien entendu, en marge de ces éléments, l’étude n’oublie pas de rappeler un point important pour expliquer ce 'gender gap'. Les femmes, notamment dans les générations les plus anciennes, ont en moyenne une situation financière moins favorable que celle des hommes.  Un écart qui "se traduit par une moins grande confiance dans l’évolution de leur situation économique et financière". Cela peut largement suffire à expliquer leur plus faible appétence pour le risque. L’étude fait d’ailleurs deux focus intéressants à cet égard.

Le premier concerne les CSP+ de moins de 35 ans et montre que si des écarts demeurent avec les hommes en matière d’investissement ou d’acceptation du risque, ils s’avèrent plus réduits que dans l’ensemble de la population.

L’autre mise en lumière vise uniquement les personnes qui ont déjà investi, ensemble constitué à 37% de femmes et 63% d’hommes. Or, au sein de cette sous-catégorie, les écarts hommes-femmes apparaissent là aussi moins importants, notamment car les femmes concernées sont ici plus jeunes et affichent des revenus plus proches de ceux des hommes (bien que toujours inférieurs).

Dans une société qui vise à réduire les inégalités hommes-femmes, surtout au niveau des jeunes générations, on peut donc oser un pronostic en disant que c’est très probablement du côté des femmes que se trouve la principale réserve d’investisseurs en France pour l’avenir.