Dernièrement, la méforme du Dow Jones Transportation Average (affectueusement baptisé DJTA) a poussé certains analystes à s'intéresser à ce qui pourrait être une situation spéciale, comprendre un secteur à surveiller en vue d'un hypothétique retournement. 

Le DJTA a perdu environ 5% depuis le début de l'année, en contraste avec la hausse de 9% de l'indice de référence S&P 500 aux Etats-Unis. Cet indice est composé de 20 titres : opérateurs ferroviaires, compagnies aériennes, sociétés de transport de colis et entreprises de camionnage. 

Au vu de leurs caractéristiques, on peut peut aisément en conclure que ces titres sont de bons baromètres de la dynamique économique. L'indice qui les regroupe encore plus, a fortiori.

Les investisseurs n'ont toujours pas tranché entre atterrissage économique en douceur ou plus violent, mais une chose est sûre : ils ne sont pas tellement avides de ces dossiers à forte intensité capitalistique. Ils leur préfèrent largement les grosses entreprises technologiques, qui ont prouvé leur capacité à évoluer dans des environnements mouvants.

Ainsi depuis le début de l'année, le loueur Avis Budget a perdu -37%, la société de camionnage JB Huntest à -21% et la compagnie aérienne American Airlines a reculé de -17%. Seules 4 des 20 composants ont surperformé le S&P 500 depuis le début de l'année. Voilà à quoi ça ressemble graphiquement : 

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Avant de parler d'un secteur du transport qui se porte mieux, faisons un crochet par le centre culturel et boursier de Zonebourse. Savez-vous pourquoi le DJTA existe ? Il faut pour cela remonter au XIXe siècle, quand Charles Dow, le papa de la bourse américaine, a créé les fameux indices boursiers qui portent son nom. A l'époque, le transport est un peu la technologie d'aujourd'hui. Les compagnies de chemin de fer font et défont les fortunes. D'où la création du DJTA. A cette époque, Dow a aussi créé le DJUA, qui comprenait les utilités, c'est-à-dire les entreprises de services collectifs (eau, électricité...) qui étaient elles-aussi centrales à l'époque. Les autres industries étaient, elles, regroupées au sein du DJIA (Dow Jones Industrial Average). 140 ans plus tard, le DJIA est l'un des trois indices de référence de Wall Street, avec le S&P500 et le Nasdaq. Mais il ne contient toujours pas de valeurs du transport, ni de valeur des utilités, qui sont cantonnées aux DJTA et au DJUA. 

Oh mon bateau ! 

Dans la famille transport, je demande les bateaux. Depuis que les tensions en Mer Rouge ont forcé les navires de fret à prendre la tangente, les prix ont repris l'ascenseur. Voici une modélisation basée sur les données de Freightos. On voit bien que la situation s'est dégradée à partir du mois de novembre. Les prix ne sont pas revenus sur leurs niveaux incroyables de la pandémie, mais ils ont nettement dépassé leurs moyennes antérieures.

Dans ce contexte, les stars du secteur sont en train de refaire leurs marges et les cours de bourse en profitent. AP Moller Maersk a même relevé ce matin, pour la seconde fois en un mois, sa prévision d'Ebitda 2024, qui se situera dans la fourchette 7 à 9 Mds$, contre 4 à 6 Mds$ précédemment. Le consensus, positionné à 6,1 Mds$, doit se réajuster. Le free cash-flow du Danois est désormais attendu à 1 Md$, alors qu'il redoutait une consommation de cash de 2 Mds$ jusque-là. Ces chiffres suffisent à comprendre que le transport maritime est extrêmement cyclique. Avant d'affoler les compteurs avec des bénéfices incroyables en 2021 et 2022, le groupe avait dégagé des marges étiques au cours des exercices précédents. 

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Parcours d'une sélection d'actions du transport maritime depuis le 1er avril