Voici pour commencer la liste des sociétés qui ont gagné du terrain depuis leur IPO, avec une présentation succincte :

  • STIF : la société entrée fin 2023 sur Euronext Growth a fait des débuts tonitruants. A confirmer sur la durée, bien sûr, mais les premiers signaux ont été positifs : les objectifs 2024 ont été relevés.
  • Okwind : les entreprises du secteur des ENR ne sont pas souvent de bonnes pioches. Okwind s'en sort bien, même si ses cours ne sont plus au zénith. Il faut dire que l'entreprise est rentable et qu'elle s'est bâtie sur un modèle peu capitalistique. Son positionnement sur le marché de l'autoconsommation lui a permis d'éviter l'embouteillage constaté ailleurs.
  • La Française des Jeux : on ne présente plus la société, dont l'ouverture du capital fut une bonne opportunité pour les particuliers. Il faut quand même souligner que les gains ont été réalisés au cours des trois premières années après l'IPO et que le parcours est plus poussif depuis.
  • Planisware : la société technologique française, fraîchement entrée en bourse, bénéficie d'un démarrage canon. Il faut dire que les techs françaises qui connaissent un tel succès ne sont pas légion. A confirmer, là aussi, sur la durée.
  • Entech : présent sur le segment des ENR, le groupe a aussi lancé de multiples projets dans le secteur du stockage de l'énergie avec de grands noms, ce qui a contribué à le rendre populaire, en dépit des pertes accumulées.
  • BOA Concept : présent sur la chaîne logistique, le groupe stéphanois a naturellement profité de l'essor du secteur pour améliorer ses performances financières. Suffisamment pour lui permettre de conserver une avance sur son cours d'IPO, même si l'action est redescendue après ses sommets.
  • Osmosun : positionnée sur le traitement de l'eau, l'entreprise basée dans l'Eure-et-Loir a démarré très fort sa vie boursière durant l'été 2023. Le titre a glissé depuis pour revenir sur ses niveaux d'IPO. Il reste en territoire positif d'une courte tête.

Le bilan complet :

 

NB : Pherecydes Pharma ne fait pas partie du classement, après sa fusion avec Erytech pour créer Phaxiam.

Les règles de base à respecter avant de participer à une IPO

Si d'aventure vous êtes séduits par une opération d'introduction en bourse, souvenez-vous qu'il faut appliquer à la société concernée les mêmes règles que celles qui vous poussent à investir sur une société déjà cotée. La difficulté, c'est qu'il faut dépasser le bruit ambiant qui présente la société sous son meilleur jour. Il faut aussi faire sans les repères que peuvent fournir les analystes, même si partir d'une page blanche n'est pas forcément une mauvaise idée.

Les règles fondamentales à respecter

Avant de nous pencher sur les documents produits par une société qui entre en bourse, je vous propose un rappel succinct des grands principes qu'il vous faut garder à l'esprit pour analyser une entreprise.

  • Comprendre le modèle d'affaires

    C'est fondamental : on n'investit que dans ce que l'on comprend. Dans quel secteur évolue l'entreprise ? Quels sont ses concurrents ? A-t-elle des produits vedettes ? Sont-ils protégés, etc. Cette entreprise qui propose une solution miracle pour maigrir est-elle crédible ? Comment cette startup basée sur les services gratuits compte-t-elle gagner de l'argent ? Ecartez d'office les prétendants dont le modèle économique paraît exotique ou dont l'assise est bancale. Ne vous laissez pas avoir par les promesses de cette société de biotechnologie dont le premier produit sortira potentiellement dans 10 ans.
  • Passer les comptes au peigne fin

    Dans un premier temps, cela consiste à observer les grands équilibres du compte de résultats et du bilan, pour déterminer comment l'entreprise gagne de l'argent, si elle en gagne, et si ses ressources sont suffisantes. Souvent, il faut procéder par élimination. Ecartez la société qui n'a jamais gagné d'argent et qui s'introduit pour assurer sa continuité d'exploitation. Ecartez aussi ce groupe qui cherche à combler son passif ou dont les dirigeants vont se faire rembourser leurs avances d'actionnaires via l'IPO. Examinez aussi la régularité des résultats et penchez-vous sur les véritables ratios comptables comme le cash-flow libre plutôt que sur les ratios ajustés proposés par les postulants qui ont intérêt à embellir leurs performances.
  • Pister le management

    Bien connaître les dirigeants – ou du moins leur parcours opérationnel - est une bonne façon de réduire les risques. Qu'ont-ils fait avant ? Ont-ils un historique exploitable au niveau opérationnel ou de l'investissement ? Conservent-ils une part importante du capital post-IPO 🚩? Là encore de nombreuses questions auxquelles il vous faudra répondre, ne serait-ce une fois de plus que pour écarter les mauvais investissements.
  • Valoriser l'entreprise

    Cette partie est délicate, surtout quand on travaille sur de petites sociétés dont les comparables sont difficiles à trouver. Le graal pour l'investisseur de long terme peut avoir de multiples visages. Il peut s'agir de miser sur des entreprises affichant un niveau de rentabilité des capitaux propres élevé, un bilan solide et des multiples de valorisation modérés (profil de risque faible). Mais l'expérience boursière montre que les valeurs de croissance, en général richement valorisées, sont aussi de bons véhicules d'investissement, à condition qu'elles génèrent effectivement des revenus en forte croissance et pas de simples promesses de revenus.

Vous l'aurez compris, chaque situation est unique, mais vous pouvez facilement écarter les dossiers les plus risqués en appliquant les principes précités. Nous allons maintenant voir précisément où trouver les informations nécessaires à l'analyse.

Où trouver l'information ?

  • Pour connaître les entreprises qui postulent à l'entrée sur Euronext, vous pouvez consulter la page dédiée du site de l'opérateur boursier, ou des sites d'information financière comme Zonebourse.
  • Vous pouvez aussi repérer les sociétés sur le site de l'AMF, dans la rubrique dédiée aux prospectus d'information.
  • Désormais, les sociétés proposent toutes une page dédiée à leur introduction en bourse, souvent bien faite, qui regroupe les principales informations à connaître. Attention bien sûr : ces sites font l'apologie du candidat à l'IPO, il faut donc garder ses distances avec les communications triomphantes 🚩et les "argumentaires d'investissement" souvent très bien faits qui font désormais partie de la mise en place standard.

Mais pour se faire sa propre idée des qualités et des défauts d'une entreprise, rien ne vaut le bon vieux document d'enregistrement, standardisé et (normalement) moins sensible à une rédaction marketing.

Le document d'enregistrement

Intéressons-nous donc au document d’enregistrement. C’est une vraie mine d’or pour l’investisseur. On y trouve énormément d’informations sur la société. Le revers de la médaille, c'est qu'il fait plusieurs centaines de pages. Je vais donc vous expliquer comment aller à l'essentiel avec une liste non-exhaustive des éléments qu’il faut examiner. Quand vous aurez acquis un peu d'expérience, vous développerez vos propres angles d'attaque voire vos grilles d'analyse.

  • Commencez par lire la section sur la présentation générale de la société. Elle contient un condensé de l'entreprise, mêlant histoire, situation actuelle, environnement concurrentiel et performances financières. C'est une très bonne entrée en matière.
  • Ensuite, entrez un peu plus dans le détail avec la section sur la stratégie, la performance et l’aperçu des activités. Vous en apprendrez ainsi davantage sur son marché et la façon dont elle y opère. Vous y rencontrerez peut-être ses concurrents.
  • Puis rendez vous sur les facteurs de risques. Cette section est très copieuse, mais un tableau récapitulatif des différents risques avec leur niveau de dangerosité est maintenant intégré, pour faciliter la lecture. C'est une rubrique très importante qui permet de comprendre les menaces éventuelles qui pèsent sur la société. Est-elle très endettée ? Ultra-dépendante d'un client ? Présente sur des métiers à risque environnementaux ? A-t-elle des contentieux juridiques ou fiscaux en cours ? Ces trois premiers éléments vont vous permettre de remplir la première étape de l'analyse d'une société dont nous avons parlé tout à l'heure : comprendre le modèle d'affaires.
  • On continue avec les indicateurs clefs de performance. Le document d'enregistrement comprend les comptes détaillés, mais aussi une version plus synthétique. C'est le moment de faire un peu de comptabilité analytique :
    • Commencez par observer le compte de résultats, le bilan et les flux de trésorerie de l'année pour repérer les grands ratios. Aidez-vous au besoin de la page "finance" d'une action sur Zonebourse pour retrouver les ratios qui comptent. Regardez en priorité les revenus et les ratios du haut du compte de résultats : marge brute, Ebitda, résultat opérationnel. Méfiez-vous des données "ajustées" ou "comparables" 🚩, ou du moins cherchez à comprendre pourquoi elles diffèrent des comptes publiés. Dans le bilan, regardez notamment les niveaux d'endettement et celui des fonds propres. Et les cash-flows dans les flux de trésorerie.
    • Ensuite, faites le même contrôle sur les exercices antérieurs. En général, les documents d'enregistrement comprennent trois années de comptes. Cela permet d'identifier des éléments disparates et de se faire une idée des trajectoires sur le moyen terme. Cette société "de croissance" a-t-elle les comptes qui vont avec ? Pourquoi cette entreprise a connu un trou d'air l'année dernière ?
    • Souvent, mais ce n'est pas toujours le cas, des objectifs de court et de moyen terme sont fournis. Ils sont utiles pour déterminer les perspectives. Des ambitions démesurées peuvent aussi constituer un signal d'alerte. Souvent, les mauvais parcours boursiers des sociétés qui viennent de s'introduire sont dus à des promesses intenables, destinées à appâter l'investisseur au moment de l'IPO. Pas d'objectif = 🚩.

Vous l'avez compris, c'est cette partie qui correspond à la seconde étape de l'analyse, "passer les comptes au peigne fin".

  • Les actionnaires et le management. L'actionnariat donne des informations précieuses sur l'entreprise. Est-ce que les dirigeants-fondateurs sont aux commandes ? Des fonds de capital-risque ont-ils accompagné la société ? Les dirigeants sont-ils aussi actionnaires et dans quelles proportions ? Autant d'indices supplémentaires qui vont vous permettre de renforcer le scénario d'investissement ou au contraire d'empiler de nouveaux signaux d'alarme.
  • Les autres éléments. Le document d'enregistrement comprend beaucoup d'autres informations. Notamment un large volet sur la responsabilité sociétale de l'entreprise et sa politique de ressources humaines, si vous valorisez les critères ESG. Ou des éléments sur la rémunération des dirigeants.

Participer ou Pas ? / Un coup d'œil sur la note d'opération

Comme le document d’enregistrement, le prospectus, ou note d’opération, est une mine d’informations. Voilà à quoi ça ressemble en général :

  • Dans la partie supérieure, le logo et l'identité juridique de la société.
  • Dessous, les modalités de l'offre avec notamment le type d'offre, ainsi que le nombre de titres proposés.
  • Ensuite le calendrier de cotation
  • Puis le prix proposé. Dans certains cas, il y a un prix bonifié pour les particuliers.

A l'intérieur, vous trouverez notamment

  • Le code ISIN de l'action, à renseigner auprès de votre courtier pour souscrire.
  • Des éléments financiers mis à jour le cas échéant, si de nouvelles informations ont été annoncées depuis la publication du document d'enregistrement.
  • La clef de répartition des ordres et des spécifications particulières.

Participer ou Pas ? / Les bonnes questions à se poser

Nous avons tous nos grilles de lecture pour analyser un investissement. Notre expérience s'étoffe avec le temps et nous apprenons constamment à interpréter les signaux. Je vous livre les questions ou les astuces que j'utilise régulièrement, pour vous aider à identifier concrètement quelques pièges :

  • La société a-t-elle besoin de l’IPO pour assurer sa continuité d’exploitation ?🚩
  • Les actionnaires profitent-ils de l’IPO pour sortir du capital ?🚩
  • Les créanciers profitent-ils de l’IPO pour monétiser leur dette ?🚩
  • Les fonds levés sont-ils consacrés au financement de la croissance ou à éponger le passif ?🚩
  • Au-delà du vernis marketing de l’IPO, croyez-vous vraiment au modèle économique ?🚩
  • Les objectifs de moyen terme vous paraissent-ils crédibles ou sont-ils trop beaux pour être vrais ?🚩
  • Gardez à l'esprit que les dossiers les plus petits sont souvent aussi les plus risqués.🚩