TOKYO (Reuters) - Le Japon a déclaré vendredi qu'il se préparait à envoyer des missiles de défense aérienne Patriot aux États-Unis après avoir révisé ses directives en matière d'exportation d'armes plus tôt dans la journée, la première révision importante de ces restrictions en neuf ans.

Le Japon a longtemps interdit les exportations d'armes léthales, mais le pays cherche désormais à stimuler son secteur de la défense alors que les tensions géopolitiques s'accroissent dans la région indo-pacifique.

"Cette décision est importante pour le renforcement de l'alliance entre le Japon et les États-Unis. Elle contribuera non seulement à la sécurité du Japon, mais aussi à la paix et à la stabilité de l'ensemble de la région indo-pacifique", a déclaré Yoshimasa Hayashi, secrétaire général du Cabinet, qui coordonne l'action de l'exécutif.

Le Japon s'interdit toujours d'exporter des armes vers des pays en guerre, mais les missiles pourraient indirectement profiter à l'Ukraine dans sa guerre contre la Russie, car les exportations japonaises donnent davantage de marge de manoeuvre aux États-Unis.

Un représentant du gouvernement japonais a déclaré que les missiles seraient utilisés pour réapprovisionner l'arsenal de l'armée américaine afin d'assurer la sécurité de la région indo-pacifique.

Le Japon ne pouvait jusqu'à présent n'exporter que des composants et n'avait pas le droit de livrer des armes assemblées.

La révision de ces règles ayant eu lieu vendredi permet à Tokyo d'exporter des armes prêtes à l'emploi vers des pays où les détenteurs de brevets de ces produits sont établis. Toute réexportation vers des pays tiers nécessiterait l'autorisation de Tokyo.

Le Japon produit des missiles Patriot sous licence des entreprises américaines Raytheon et Lockheed Martin.

Tokyo envisage également d'exporter vers le Royaume-Uni des obus d'artillerie de 155 mm, fabriqués sous licence par BAE Systems, a rapporté le Financial Times jeudi.

Le représentant du gouvernement japonais a déclaré que les exportations sont envisagées dès lors que le pays où est basé le détenteur de la licence en fait la demande officielle, ajoutant que les États-Unis ont été jusqu'à présent le seul pays à le faire.

L'ambassadeur des États-Unis au Japon, Rahm Emanuel, a qualifié cette décision d'"historique" et d'"exemple significatif de l'engagement du Japon en faveur de la dissuasion", dans un message publié sur X.

"Le Japon entreprend une importante modernisation de sa défense", a-t-il ajouté.

Le parti au pouvoir au Japon envisage depuis plusieurs mois de modifier les contrôles à l'exportation car ils pourraient empêcher l'exportation d'avions de combat de nouvelle génération qui sont développés conjointement avec la Grande-Bretagne et l'Italie.

(Reportage de Sakura Murakami, avec l'aide de John Geddie à Tokyo ; version française Corentin Chappron, édité par Blandine Hénault)

par Sakura Murakami