Paris (awp/afp) - Les cours mondiaux du blé continuent de grimper, avec pour principale boussole les prévisions météorologiques pour les grandes plaines céréalières de Russie, où les estimations de récolte ne cessent de se dégrader pour 2024.

Le pic a été atteint lundi sur Euronext, avec un blé frôlant la barre des 270 euros la tonne sur l'échéance la plus rapprochée, un prix "au plus haut depuis février 2023", selon Sébastien Poncelet, analyste pour les céréales chez Argus Media France (cabinet Agritel).

La Bourse de Chicago, fermée lundi pour le Memorial Day aux Etats-Unis, a suivi le mouvement de hausse mardi, tandis que le marché européen corrigeait légèrement sa forte poussée. Mercredi, la tonne de blé s'échangeait autour de 264,5 euros sur Euronext.

La situation en Russie est le principal facteur de cette hausse.

"Les prix montent au fur et à mesure que les estimations de récolte en Russie se dégradent", résume Sébastien Poncelet.

Le premier exportateur mondial de blé a été durement touché par une série noire météorologique: sécheresse et pics de chaleur en avril dans les plaines du sud, gelées et froid en mai dans la région Centre et la Volga avant un retour d'un temps trop sec.

"On attend des températures de 35 à 40 Grad dans le sud de la Russie pour les deux prochaines semaines", ce qui devrait continuer à soutenir les prix, pour M. Poncelet.

La surface touchée par le gel tardif est estimée entre 1,5 et 2 millions d'hectares, "mais on ne sait pas précisément quelle est la part du blé sur ces surfaces", commente Damien Vercambre, du cabinet Inter-Courtage.

L'analyste russe de référence Ikar, qui tablait en début de campagne sur une récolte de blé de 93 millions de tonnes au maximum en 2024, ne cesse de revoir à la baisse ses prévisions, désormais de 81,5 millions de tonnes (contre une production de 91,5 Mt l'an dernier).

Maïs en retard

"En perdant 10 millions de tonnes en Russie, on change la donne" sur le marché mondial, prévient Damien Vercambre, tout en invitant à la "prudence" jusqu'au moment des récoltes, dans quelques semaines.

La production ukrainienne blé est également revue à la baisse, à 19,1 millions de tonnes, par l'association des producteurs céréaliers ukrainiens (UGA), en recul de près de 3 Mt par rapport à la production de 2023.

En Europe, les conditions de culture restent très contrastées, avec une humidité préjudiciable aux rendements en Allemagne et en France - où les analystes s'attendent à une perte de 4 à 5 millions de tonnes de blé par rapport à l'an dernier -, mais de meilleures conditions en Roumanie et en Bulgarie, où les rendements ont bien progressé.

Les cours du maïs, qui grimpent moins vite que ceux du blé, continuaient toutefois à monter mercredi sur le marché européen, avec une tonne de grains jaunes à 218 euros sur l'échéance de juin, la plus rapprochée.

Aux Etats-Unis, les prix du maïs ont été soutenus par de "fortes ventes à l'exportation" la semaine dernière, et plus récemment par une vente exceptionnelle de 215.000 tonnes vers le Mexique, selon Jack Scoville, de la maison de courtage Price Futures Group.

"Les conditions météorologiques dans le Midwest ont été très humides et de nouvelles pluies sont attendues, ce qui entraînera des retards dans les semis, mais permettra un développement rapide des cultures semées", estime-t-il.

Déjà, les semis ont pris du retard dans la Corn Belt américaine, et en particulier dans l'Iowa, premier Etat producteur.

Mais les Etats-Unis semblent toutefois mieux lotis que l'Argentine, qui a vu ses cultures rabougries par la prolifération de cicadelles, un insecte vecteur d'une maladie, ou que la France, où le retard de semis est très important - ce qui soutient les prix sur Euronext.

Les exportateurs américains suivent aussi avec attention la finalisation des accords d'importation de maïs entre la Chine et l'Argentine, qui pourrait avoir lieu dès le mois de juillet et ainsi voir un nouveau pays compétiteur fournir la Chine à l'avenir, remarque Agritel.

afp/rp