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Parlement Européen : Debates - Tuesday, 17 April 2018 - Strasbourg - Provisional edition

18/04/2018 | 21:02
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Emmanuel Macron,président de la République française.- Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les députés, je vais essayer de synthétiser les réponses à toutes les questions qui ont été soulevées.

Il y a eu une série de questions sur la politique migratoire. Je tiens d'abord à dire que tout ce qui se passe entre la France et l'Italie ne se passe pas à l'initiative de l'un ou de l'autre, mais en coordination parfaite. Je l'ai dit en soulignant la parfaite entente que nous avons entre nos deux pays pour gérer le flux migratoire et des situations - vous avez raison de le rappeler - qui sont toujours des situations humaines extrêmement difficiles et préoccupantes et qui appellent d'abord la plus grande humanité mais aussi cette coordination. Par conséquent, je me félicite de l'exemplarité de la relation entre la France et l'Italie, qui se poursuivra. La France a adopté une réforme en début d'année, à l'initiative de parlementaires, pour permettre l'application du règlement de Dublin, certes actuellement insatisfaisant - et je vous rejoins sur ce point -, mais ne plus l'appliquer du tout était insoutenable pour un pays comme la France qui compte aujourd'hui des milliers de personnes dont la situation leur permet d'être dans des camps de réfugiés, alors même qu'elles ont reçu un refus, par exemple, en Allemagne. De 50 à 60 % des personnes qui sont réfugiées en France, en particulier en région parisienne, sont ce qu'on appelle - je n'aime pas cette formule, mais elle est souvent reprise - des «dublinés» de pays voisins. Aussi, si nous ne faisons pas fonctionner le système actuel, avec toutes ses imperfections, c'est insoutenable, en particulier pour un pays comme la France. Par conséquent, sur ce point, j'assume le réalisme dont nous avons fait preuve, qui a permis de reprendre ce qui a été fait depuis plusieurs années et qui sera poursuivi.

Maintenant, la question est de savoir comment réformer ce système, parce que je ne m'en satisfais pas et je considère qu'il ne permet pas de répondre aujourd'hui au défi migratoire tel que nous le connaissons. D'abord, en allant vers une harmonisation des règles. C'est ce que nous voulons faire, en particulier avec l'Allemagne et avec l'Italie. Harmoniser nos règles, c'est permettre de gérer de manière beaucoup plus coordonnée l'accueil - nous devrions nous inspirer en grande mesure, en la matière, de nos voisins allemands -, les délais et les règles en matière d'asile et de traitement des situations irrégulières - à ce propos, je vous invite à regarder les règles en vigueur en Allemagne qui sont encore plus drastiques que celles proposées aujourd'hui par la France -, mais avec, derrière, un investissement pour l'intégration des populations et de celles et ceux qui obtiennent des titres, ce qui est aussi notre souhait. C'est vers cette coordination que nous irons à court terme grâce à la loi. Enfin, plus largement, il y a l'étape européenne qui est, comme je l'ai dit tout à l'heure, celle qui me paraît la plus efficace. Sur ce point, je veux ici, en réponse à plusieurs d'entre vous, défendre, d'une part une, plus grande solidarité extérieure aux frontières. Nous avons besoin, en effet, d'assumer un investissement européen pour protéger les frontières européennes et ne pas laisser la charge aux pays d'entrée. C'est une réforme indispensable sans laquelle nous ne pouvons soutenir aujourd'hui les migrations auxquelles nous avons à faire face et qui vont se poursuivre. D'autre part, il convient d'aller vers un système d'asile commun. J'y suis favorable; c'est la meilleure réponse. Aujourd'hui, nous essayons de coordonner les choses. Je suis favorable à un système d'asile commun où tous les États membres adopteraient les mêmes règles. Enfin, il nous faut construire les règles d'une solidarité interne et, sur ce point, plusieurs réflexions sont en cours. Nous avons vu toutes les difficultés d'une politique de relocalisation - qui, dans l'urgence, était indispensable. Si l'on veut construire la réglementation et les lois qui, demain, permettront justement de faire face à ce défi, je suis favorable à ce que nous assumions un financement de politique solidaire. C'est pour cela qu'avec d'autres, je pousse cette idée d'avoir une agence qui puisse financer les collectivités qui seront candidates pour accueillir et intégrer des réfugiés. On voit toute la difficulté de certains débats nationaux, on voit aussi des villes qui sont prêtes à aller dans ce sens. Simplement, la solidarité européenne est indispensable pour financer l'accueil et la politique d'intégration. Sur ce point, vous l'avez compris, je suis favorable à beaucoup plus de convergence, de solidarité interne et externe, et au fait d'avoir les mêmes règles communes. Dans le débat français, on mésestime souvent le fait que le problème que nous avons depuis des décennies en France, c'est que nous accueillons mal tout le monde, que nous faisons attendre tout le monde, que nous avons des délais qui sont parmi les plus élevés d'Europe pour octroyer l'asile et que, dans le même temps, nous ne savons pas raccompagner celles et ceux qui ne sont pas éligibles à l'asile et qui n'auront aucun titre. Par conséquent, nous sommes dans une situation où on accueille mal tout le monde, on n'intègre bien quasiment personne et on ne raccompagne aucune des personnes n'ayant pas le droit de recevoir un titre de séjour.

Alors je veux bien qu'on défende un tel système, mais je peux vous dire une chose: il n'est ni juste ni efficace. Par conséquent, j'assume ce passage qui est insatisfaisant pour tout le monde. Les uns disent que c'est injuste, parce qu'en effet, nous sommes plus durs avec ceux qui restent en situation irrégulière. Nous sommes plus durs pour pouvoir mieux accueillir ceux qui seront en situation régulière, celles et ceux qui ont droit à l'asile.

Ensuite, vous m'avez interrogé sur le Brexit. J'ai une réponse très directe sur la position que la France aura vis-à-vis du Royaume-Uni et la situation post-Brexit. Je suis pour la relation la plus intégrée possible, la plus proche, et il y a une solution: on la connaît bien, c'est l'EU Membership. C'est celle qui permet d'ailleurs le bon accès au marché unique, qui permet l'accès aux libertés et une très bonne intégration. Je sais qu'on ne peut pas promettre quelque chose à son peuple et ensuite vouloir lui donner le contraire. Il y aura donc des négociations. Elles sont conduites par Michel Barnier dans le cadre d'un mandat donné par le Conseil. Je tiens beaucoup à l'amitié avec la Grande-Bretagne et nous avons des relations bilatérales sur le plan de la défense et de la gestion des frontières communes, mais il n'y a pas de cherry-pickingdans le marché unique. C'est un principe simple. Je crois dans l'Europe et, donc, je crois dans ce que nous avons fait. Par conséquent, les libertés en Europe sont solidaires et l'accès plein et entier suppose la reconnaissance de toutes ces libertés, la juridiction européenne et la contribution au budget. Après, on connaît les formules, mais il faut être cohérent dans les choix que l'on fait. C'est aussi cela la démocratie, c'est expliquer le What if scenariojusqu'au bout. Il y a beaucoup de gens qui proposent - pour faire un clin d'œil à votre pays - des What if scenarios, mais ils ne l'expliquent pas le jour d'après: le jour d'après est forcément le moment où il faut étreindre le principe de réalité.

En ce qui concerne les régions en Europe, je crois à une chose. Je suis sensible à toutes les expressions culturelles. Elles y ont leur place et l'Europe les a toujours reconnues, mais je crois aussi au cadre constitutionnel dans lequel elles s'expriment. Vous êtes des parlementaires européens élus dans différents pays: la France, l'Espagne ou d'autres, où la souveraineté s'exprime à l'échelle d'un État. C'est donc dans ce cadre-là que ma réponse pourra se faire. Je suis favorable au fait d'accompagner des spécificités culturelles, la richesse de nos diversités, mais de le faire dans un cadre qui est un cadre démocratique. Et ce cadre démocratique suppose que l'on respecte les constitutions que nos peuples ont choisies. Cela peut plaire ou ne pas plaire, mais ces constitutions ne se découpent pas et la souveraineté ne se détricote pas, sauf si le peuple décide de le faire.

Ensuite, sur le lien avec les élections européennes, j'ai reçu toutes les formations politiques en France avant de faire ce choix. D'abord, est-ce que les circonscriptions régionales avaient réconcilié la France avec l'Europe et permis une participation bien supérieure? Non. Toutes les formations politiques étaient d'avis d'avoir une circonscription nationale - toutes sauf la vôtre, je reconnais votre constance à le défendre ici, mais l'honnêteté m'oblige simplement à vous rappeler que vous étiez les seuls. Tous les autres étaient pour une circonscription nationale, compte tenu d'ailleurs du fait que les circonscriptions que la France avait jusqu'alors retenues ne correspondaient à aucune réalité ni politique, ni administrative, ni même d'identité locale. Vous le savez très bien, elles étaient des découpages relativement artificiels de régions dont la seule cohérence était le bottin téléphonique d'il y a une trentaine d'années. Je crois que cela ne correspond pas, d'un point de vue politique, à la réalité de la France ni d'hier, d'ailleurs, ni d'aujourd'hui, ni de demain. Je pense que cette réforme qui a été voulue par la quasi-totalité des formations politiques françaises était donc la bonne et je crois au système du Spitzenkandidat. Je pense qu'il est très bon. Donc, sur ce point, rassurez-vous. Je n'appartiens aujourd'hui à aucune famille politique qui est représentée parmi vous. C'est ma liberté, c'est d'ailleurs assez conforme à l'esprit de la Constitution française et cette liberté me donne le droit de ne pas, en quelque sorte, rentrer dans les délibérations qui sont les vôtres et qui seront celles du Parlement et des familles politiques que je respecte éminemment mais qui ne sont ni celles du Conseil européen, ni celles du Président de la République française. Par conséquent, je considère que c'est en effet une avancée que les familles politiques existantes proposent un Spitzenkandidat. Je considère qu'il était même plus démocratique d'aller au bout de cette logique et qu'il y ait une forme d'émanation européenne et un début de dèmos européen qui puisse se faire. Si on avait été cohérent jusqu'au bout, ce président, ce Spitzenkandidat aurait été la tête de liste d'une partie européenne. Je n'y suis pas du tout opposé, je ne suis simplement pas partie prenante d'une famille politique de votre Parlement. C'est donc à ce titre, me semble-t-il, extrêmement cohérent.

Je voudrais simplement dire à Monsieur le député qu'à peu près tous les États que vous avez cités, en effet, sont des États fédéraux, donc leurs listes sont des listes fédérales. Vous avez raison de dire quelles ne sont pas transnationales, mais parce qu'ils sont déjà fédéraux. Si on veut avoir un début de réflexion fédérale, on est obligé d'aller vers des listes qui sont transnationales, qui sont au fond des listes vraiment européennes et qui ne sont plus des listes nationales reflétant des convictions européennes. Je voulais juste faire ce distinguo qui me semble montrer la réalité, parce que vous auriez pu conduire à d'autres interprétations.

Ensuite, plusieurs d'entre vous m'ont parlé justement de l'Europe qui protège. Je veux ici vous dire qu'en assumant mes responsabilités, c'est le principe que j'ai voulu porter à la Commission européenne. Certains d'ailleurs m'ont suivi dans cette formule. Je crois à une Europe qui protège. C'est la base de la souveraineté. La souveraineté, c'est à la fois la protection et la capacité à porter sa voix dans le concert des nations et à l'international. C'est d'ailleurs le pacte même qui fait que nos concitoyens nous font confiance. Alors oui, je crois à une Europe qui protège sous toutes les formes. J'ai défendu cette formule dans tous mes discours et dans mon action. C'est aussi au titre de cette Europe qui protège que j'ai voulu - je l'ai fait dans mon discours et j'ai salué votre engagement sur ce point - porter une réforme plus ambitieuse et plus rapide du travail détaché car je pense que c'est très concret. Cela parle à nos concitoyens, et vous savez, cela leur parle beaucoup plus que toutes les histoires de listes électorales ou de taille. Ce qui parle à nos concitoyens, ce ne sont pas nos sujets d'appareils politiques mais les sujets dont on débat et les réponses qu'on apporte à leur vie quotidienne. Pour nos concitoyens, ce n'est pas le cadre ou le décor de notre action qui prime, c'est le fond. Par conséquent, l'Europe qui protège, c'est comment régler la question du dumping social dans notre Europe. Je vais être très direct avec vous: quand on défend une réforme de la directive sur le travail détaché, pour une Europe qui protège, on est justement conforme à l'intérêt européen et on ne part pas dans une espèce de dérive ou de trahison de l'histoire européenne, cher Monsieur le député, qui consiste aujourd'hui à faire avancer l'Europe par le dumping fiscal et social. Je considère que, si l'on croit au projet européen, on doit prendre acte du fait que nous avons des politiques agricoles ou de cohésion ambitieuses - et je les défends. Regardez les fondamentaux philosophiques et politiques qui nous ont conduits à décider de ces politiques. C'était de faire converger tous les pays vers une espèce de standard européen. Depuis des années, nous avions accepté que ces politiques servaient à financer, chez certains, des modèles alternatifs et, donc, du dumping fiscal et social. Par conséquent, on utilise les fonds de cohésion pour baisser son impôt ou créer des niches fiscales pour attirer des entreprises contre les autres États européens. Ou, pour maintenir des modèles sociaux qui sont insoutenables, on paie moins bien ses travailleurs et on décide parfois de les payer encore moins bien pour attirer des entreprises au sein de l'Europe. Je crois tout à fait à la nécessité d'aller vers une compétitivité européenne renforcée et je mène ces politiques de réforme dans mon pays. Mais je pense qu'il est impossible de mener de telles politiques si, dans le même temps, nous n'avons pas une vraie volonté de cohésion au niveau européen et, donc, de convergence et si nous n'utilisons pas à la fois nos directives, notre droit et l'argent que nous investissons dans notre budget pour permettre ces convergences. Par conséquent, je crois à une Europe qui protège, je crois à une Europe de la convergence, en particulier sur le plan fiscal et social, et donc à un renforcement de la lutte contre les politiques d'optimisation, fiscale et sociale, et non coopératives entre nos pays.

Vous m'avez ensuite interrogé sur les politiques commerciales. Sur ce point, vous avez souligné toutes les tensions qui existent et je me retrouve parfaitement dans ce que le Président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a dit tout à l'heure. Je crois dans la politique commerciale que nous avons construite sur le plan multilatéral. Elle s'est fixé des règles, c'est l'OMC qui les défend. Je ne suis pas pour qu'on se replie nationalement, parce que cette politique commerciale crée des règles du jeu et ce sont des opportunités de croissance. Maintenant, je ne suis pas pour une politique commerciale naïve. C'est pour cela que j'ai défendu les secteurs stratégiques qui sont précisément à défendre et je pense qu'on ne peut pas tout acheter ou investir dans tous les secteurs innocemment dans nos pays. D'ailleurs, je vous invite à regarder comment s'organisent les autres pays, y compris lorsqu'ils adhèrent à l'OMC. Ils ont toujours défendu leurs propres intérêts stratégiques et nous avons parfois souffert de trop de naïveté sur ce point. Enfin, je suis favorable à ce que notre politique commerciale soit pleinement cohérente avec nos autres objectifs. Le traité de libre-échange avec le Canada avait été négocié - d'ailleurs, si l'on suit jusqu'au bout la compétence telle qu'elle est normalement définie, il s'agit d'une compétence communautaire, qui aurait donc pu être exercée jusqu'au bout. Il a été décidé de renvoyer le dossier aux parlements nationaux. Un grand travail a été fait au niveau du Parlement français pour suivre ce texte, permettre de l'améliorer et s'assurer qu'avant d'être ratifié et tout au long de son application, il sera conforme à nos exigences, tout particulièrement sur le plan climatique.

Le Premier ministre canadien s'exprimera cet après-midi devant le Parlement français, où il aura d'ailleurs l'occasion de rappeler son attachement à ces principes. Mais, pour ma part, je souhaite qu'au sujet de la politique commerciale qui est à venir et qui est la nôtre, nous ayons un minimum de cohérence, c'est-à-dire que nos engagements environnementaux, sociaux et sanitaires se reflètent toujours dans nos négociations commerciales. On ne peut pas négocier de nouveaux traités où l'on accepte d'ouvrir des lignes commerciales avec des espaces géographiques ou des pays qui, de manière revendiquée, soit ne veulent pas de l'accord de Paris, soit décident que leur modèle social est basé sur un dumping revendiqué ou sur tel ou tel mécanisme d'optimisation, parce qu'à ce moment-là, on explique que l'on fera du commerce, mais aux dépens de celles et ceux à qui, dans notre espace, on impose des règles. Notre politique commerciale doit donc être cohérente avec nos engagements environnementaux, sociaux et sanitaires.

Vous êtes revenus à plusieurs reprises les uns et les autres sur la question de la Syrie. Je me permets d'abord de vous dire qu'aujourd'hui, aucun contribuable européen ne finance les interventions ciblées faites par la France, c'est le contribuable français. Donc, sur ce sujet, qu'il n'y ait pas de malentendu entre nous. Ensuite, je veux ici redire, parce que la démocratie a des règles, qu'il ne peut pas uniquement s'agir de règles qui nous arrangent. Le Président de la République française est le chef des armées, c'est la Constitution française, votée par le peuple français, qui l'a décidé ainsi et qui fait que le Président de la République a des responsabilités et peut prendre certaines décisions. La Constitution prévoit que le président est ensuite tenu d'informer la représentation nationale, ce qui a été fait, et nous avons même décidé qu'il y ait un débat. Chaque pays, de par sa Constitution, a ses règles, mais vous ne pouvez pas me donner des leçons de démocratie en expliquant que les règles françaises ne vous plaisent pas. Elles ont été décidées par le peuple français souverain et votées par celui-ci lorsqu'il a eu à décider de sa Constitution. C'est ainsi et cela continuera de l'être pour ce qui est de la compétence du président français. Si c'est une intervention européenne, une politique européenne, ce sont les règles européennes qui prévalent, mais aimer la démocratie et la souveraineté, cela ne veut pas dire pour autant vouloir mélanger toutes les règles ou tout ce qui nous lie. Enfin, je veux rappeler - et je ne serai pas plus long sur la Syrie, puisque j'ai déjà, tout à l'heure, longuement détaillé notre position - le cœur de l'action de la France, depuis des mois, c'est une action diplomatique et humanitaire ainsi que la préparation de la suite, ce qui nous a d'ailleurs permis, au Conseil de sécurité, à plusieurs reprises, de prendre une résolution pour le cessez-le-feu et l'accès humanitaire qui n'a pas été respectée, mais que la Russie avait accepté de signer, parce que nous nous étions activés. Il s'agissait de la résolution 2901, il y a quelques semaines. Nous avons, dès le lendemain, repris cette initiative diplomatique et nous sommes sur le terrain sur le plan humanitaire avec nos ONG et le soutien annoncé hier. Par ailleurs, nous avons constamment favorisé une politique également de préparation de la suite - je l'ai dit à l'Assemblée générale des Nations unies - et nous avons pris l'initiative de ce qu'on a appelé le small group, avec plusieurs pays de la région, pour permettre également de préparer la Syrie de demain avec la participation, notamment, des pays où vivent aujourd'hui des millions de réfugiés syriens. Je pense à la Jordanie, au Liban et à la Turquie. C'est donc bien cela qui est, pour moi, l'essentiel de ce qui se joue aujourd'hui en Syrie et que je voulais rappeler.

Ensuite, je voudrais dire deux mots sur la politique énergétique. Premièrement, je comprends totalement vos préoccupations au sujet de Nord Stream2et je dois d'ailleurs vous dire que la chancelière Angela Merkel les a exprimées elle-même, il y a quelques jours, en reconnaissant que c'était une affaire extrêmement délicate parce qu'elle met en cause notre souveraineté collective, notre souveraineté énergétique à l'égard de la Russie. Selon moi, la politique énergétique que nous devons avoir tient dans ces lignes et cela va me permettre de répondre à votre proposition franco-allemande sur le plan énergétique. Nous devons avoir une politique énergétique qui soit cohérente avec nos engagements de réduction des émissions de CO2 et qui assure la souveraineté énergétique de l'Europe, parce que si nous lui cédons quoi que ce soit, ce ne sera pas possible. La stratégie française a été de tenir ces deux lignes. Certains n'aiment pas le nucléaire, je l'entends. Le nucléaire néanmoins n'émet pas de CO2 et il en émet beaucoup moins que le charbon. Il n'est pour autant pas bon de trop dépendre du nucléaire et, à cet égard, mon prédécesseur avait engagé la France dans une stratégie de transition qui est tout à fait souhaitable et qui a été confortée. Mais la France aura une ligne très claire sur ce point. Notre volonté est de développer beaucoup plus et de continuer à le faire, les énergies renouvelables pour améliorer le mix, de le faire en lien avec l'ensemble des pays européens pour améliorer les interconnexions qui permettent d'ailleurs de mieux utiliser ces énergies. Mais notre souhait est de ne rien céder à notre souveraineté énergétique, ni à la souveraineté des pays autour. Vous pouvez agiter toutes les peurs. Ce que je dis simplement, c'est que nous avons l'Autorité de sûreté, qui est la plus exigeante et, regardez ce qui s'est passé, je n'ai pas vu ces dernières années, y compris lors des incidents qui ont pu survenir bien loin de chez nous, des victimes à déplorer au même titre que pour d'autres énergies. Je constate donc simplement qu'il y a une exigence de sûreté à avoir et que nous avons, et qu'il y a aussi une exigence de diminution de la dépendance de production d'énergie qui doit se poursuivre. Il faut réduire la part du nucléaire, mais il faut le faire à un rythme qui permette de maintenir cette souveraineté. Si la fermeture de centrales conduit à rouvrir des centrales à charbon, ce qui a été le cas en Allemagne malheureusement, vous dégradez votre bilan de CO2, ce qui est exactement contraire aux accords de Paris, et si l'accélération de ce rythme, sans préserver votre souveraineté énergétique, conduit à accroître votre dépendance à l'égard de telle ou telle puissance souveraine non européenne, en particulier la Russie, pour importer de l'énergie, ce n'est pas une bonne décision. J'assume donc pleinement d'avoir une stratégie énergétique qui a une priorité absolue: réduire les émissions. C'est pour cela que j'ai décidé de fermer toutes les centrales à charbon et toutes les centrales thermiques dans ce quinquennat. La loi a été votée, ce n'est pas une pétition de principe, elles seront toutes fermées, donc il n'y en aura plus. Il faut engager, sur le plan de la mobilité, une transition qui impose d'aller beaucoup plus loin avec une hausse du prix des carburants et une convergence diesel-essence, ce qui est aussi indispensable, et avec une politique d'investissement en énergies renouvelables qui est absolument indispensable pour aller beaucoup plus loin et qui permettra de réduire au fil du temps, au rythme qui a été rappelé par le ministre d'État, Nicolas Hulot, il y a quelques mois, la part du nucléaire. C'est cette stratégie que nous avons décidé de retenir parce qu'elle permet de tenir ces deux lignes: baisse des émissions et souveraineté énergétique. Je souhaite donc qu'avec l'Allemagne, nous tenions ces deux lignes, et je ne céderai ni aux politiques qui nous conduiraient à accroître, même à court terme, les émissions de CO2, ni à celles qui nous conduiraient collectivement à de la dépendance à l'égard d'autres puissances pour pouvoir aujourd'hui faire fonctionner nos économies.

Ensuite, en matière d'union et d'intégration économique et monétaire, je dois vous le dire, il y a déjà une Europe à plusieurs vitesses. Il ne faut pas se tromper: il y a l'Europe de l'euro, il y a l'Europe de Schengen, il y a donc déjà plusieurs vitesses dans notre Europe. Pour moi, le devoir moral qui est le nôtre, c'est de ne pas déclarer ces clubs comme étant fermés et de ne pas déclarer que nous décidons ab initio avec qui nous allons travailler ou pas, mais de prendre acte que pour avancer en Europe, il faut que les plus ambitieux et les plus volontaires puissent aller de l'avant, c'est d'ailleurs comme cela que l'Europe a toujours avancé. Si l'Europe avait toujours attendu la totalité du club mais - pardon de vous le dire - vous ne seriez pas là. L'Europe est née de l'ambition de quelques-uns qui ont parfois pris des risques fous et qui ont poursuivi ces rêves fous, qu'il faut donc poursuivre.

Dans ce cadre, je souhaite que nous ayons plus d'ambition pour l'Union économique et monétaire. D'abord à court terme - je vais être très clair -, nous devons parachever les engagements pris en matière d'union bancaire et aller, dans cette législature, au bout de ce qui a été décidé il y a plusieurs années. Il est clair que nous devons, au niveau des pays, effectuer les réformes qui nous mettent en cohérence avec, en particulier, le Semestre européen et les engagements qui sont les nôtres, parce que c'est la part de responsabilité qui revient aux États. C'est ce que j'ai décidé pour la France et que j'avais présenté au peuple français dans le cadre de mon élection. Nous devons aussi aller vers plus de solidarité au sein de cette union parce qu'aujourd'hui, ce qui dysfonctionne, en particulier, dans la zone euro, c'est que nous nous sommes dotés d'instruments de responsabilité, mais que nous n'avons pas pris de décisions en matière de solidarité et qu'il n'y a aucun espace monétaire au monde qui fonctionne avec les contraintes d'une monnaie commune, avec des réformes qui sont totalement légitimes sur le plan intérieur et sans une capacité budgétaire qui permette l'investissement, la convergence et la stabilisation en cas de crise.

(Applaudissements)

C'est donc ce projet que je défends, celui sur lequel je veux travailler avec la chancelière Angela Merkel et avec tous les partenaires dans la zone euro comme en dehors, parce que c'est une discussion qui a pour objectif final que l'ensemble des pays qui le souhaitent puissent la rejoindre. Il est donc essentiel qu'il y ait des discussions régulières non seulement au sein de la zone euro mais aussi de manière plus large. Je vous rejoins donc sur ce point: nous devons aller vers une forme politique qui ne peut pas être uniquement intergouvernementale. Il y a donc une part d'intergouvernemental, il y a des instruments intergouvernementaux qui existent et cela impliquera la décision, évidemment, des États et des gouvernements, mais il faut aussi qu'il y ait des structures de type communautaire qui puissent se mettre en place à ce niveau. C'est donc pour cela que j'avais salué les propositions. Je pense qu'il faut qu'on essaie d'aller plus loin que ce qu'avait fait le président de la Commission, parce qu'il y avait cette réflexion selon laquelle il y aurait une ligne «zone euro». Je pense qu'on a besoin simplement d'avoir, là aussi, un principe démocratique et une gouvernance démocratique au niveau de la zone euro. On a sans doute besoin d'avoir, au niveau de la zone euro, une représentation des parlementaires ici rassemblés, sur certains sujets, en tout cas un cercle plus rassemblé parce qu'il y aura des questions extrêmement importantes qui supposeront un contrôle démocratique devant un Parlement qui aura à en connaître, parce qu'il faudra une forme d'exécutif qui sera compétent et qui aura mandat. Cela ne pouvant pas rester simplement au niveau intergouvernemental, nous devons trouver un cheminement pour aller, en tout cas, vers une forme institutionnelle et démocratique beaucoup plus intégrée au niveau de la zone euro ou de toutes celles et ceux de la zone euro qui voudront intégrer un tel projet. Je crois que si nous ne faisons pas, ces prochaines années, et si nous ne décidons pas, ces prochains mois, cette avancée organisationnelle et institutionnelle qui permet justement une plus grande stabilité et une plus grande capacité à investir, nous ne pourrons pas aller de l'avant en Europe.

Vous m'avez interrogé sur beaucoup d'autres sujets, mais je crois que j'ai largement dépassé l'heure. Je voulais quand même saisir l'opportunité que vous m'avez offerte de parler de l'égalité hommes-femmes. C'est un sujet que j'ai constamment défendu, que nous avons défendu pendant la campagne et dont j'ai fait la grande cause du quinquennat. Nous le défendons en ce moment par une loi qui est examinée en France. Donc, sur ce sujet, rassurez-vous, mon engagement est entier. Sur les propositions qui sont faites et le projet de directive, j'en approuve totalement le principe, mais les congés parentaux payés au niveau de l'indemnité maladie journalière, c'est une belle idée qui peut coûter très cher et finir par être insoutenable. En France, nous allons donc réformer le congé, en particulier les congés parentaux, pour le conjoint qui, aujourd'hui, ne peut pas en bénéficier ou en bénéficie beaucoup moins. Je pense qu'il faut avoir une ambition égalitaire et aller beaucoup plus loin, mais nous ne pouvons pas la faire payer par des systèmes, parfois en les déséquilibrant. Il faut travailler sur la proposition, j'en approuve les principes, mais les modalités ainsi décrites, telles qu'elles sont analysées sur le système français, ont un coût qui est potentiellement explosif. La France va elle-même faire une proposition allant dans ce sens; je crois, en tout cas, à cette égalité et la réforme du congé parental que nous porterons ira dans ce sens.

Enfin, en ce qui concerne la défense stratégique de notre Europe et la politique de défense, je l'ai dit: la France croit dans cette politique de défense. Le président Verhofstadt, tout à l'heure, a rendu hommage à l'Assemblée nationale française qui, il y a quelques décennies, avait mis un coup d'arrêt à des projets bien connus. Je crois qu'on peut se féliciter, collectivement, d'avoir ces derniers mois beaucoup avancé parce qu'un compromis a été trouvé, parce que la Commission a poussé un projet ambitieux et parce que vous êtes d'ailleurs vous-mêmes en train de poursuivre cela en travaillant sur le Fonds européen de défense. Je souhaite que nous allions au maximum de cette ambition. Mais il s'agit aussi de notre souveraineté et, en attendant, je veux dire très clairement que la France se tiendra à chaque instant aux côtés de tout État membre lorsque sa souveraineté sera attaquée. C'est la position que nous avons prise fermement dès le premier jour aux côtés de la Grande-Bretagne lorsqu'a éclaté l'affaire Skripal. C'est également la position que nous tenons constamment aux côtés de la Grèce lorsqu'elle est menacée en Méditerranée orientale. Il y a quelques jours, j'en ai parlé avec le Premier ministre Alexis Tsipras. Nous aurons constamment cette position de là où nous sommes parce que le cœur de notre souveraineté commune c'est d'avoir cette solidarité entre nous.

Voilà, Mesdames et Messieurs, je n'ai sans doute pas répondu à toutes les questions, mais j'ai essayé d'être le plus exhaustif possible, et j'ai été très heureux de le faire ici à Strasbourg. À Strasbourg, on ouvrira aussi une université européenne, Monsieur le député, comme dans beaucoup d'autres lieux parce que c'est une belle idée. Je crois que cette Europe de Strasbourg, nous en sommes fiers. En tout cas, pour ma part, j'en suis fier et je vous remercie d'honorer cette belle ville européenne de votre présence.

(L'Assemblée, debout, applaudit l'orateur)

La Sté Parlement Européen a publié ce contenu, le 18 avril 2018, et est seule responsable des informations qui y sont renfermées.
Les contenus ont été diffusés par Public non remaniés et non révisés, le18 avril 2018 19:01:01 UTC.


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