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Jordan
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Pétrole : Mais à quoi sert l’OPEP ?

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07/11/2018 | 09:32

Le niveau des prix pétroliers demeure en grande partie lié aux interactions géopolitiques entre pays producteurs, qu’ils soient membres de l’OPEP ou non, et le reste du monde. A ce titre, les récentes sanctions américaines prises à l’encontre de l’Iran, ou encore le déclin économique du Venezuela reflètent parfaitement cette réalité économique. Cette politisation croissante des marchés pétroliers confère un rôle de premier plan à l’Organisation des Pays Producteurs de Pétrole, qui jouit, non sans difficultés, du rôle historique de régulateur des cours pétroliers.

Pays membres de l’OPEP

Créée en 1960 lors de la conférence de Bagdad, les premières missions de l’OPEP (formée par 5 pays : l’Arabie Saoudite, l’Iran, l’Irak, le Koweït et le Venezuela) se limitent à un meilleur contrôle des recettes pétrolières perçues par ses membres. Dès les décennies suivantes, les vagues de nationalisation de l’industrie pétrolière, couplées à une augmentation du nombre de membres et à une plus grande volatilité des cours pétroliers, ont rapidement donné un rôle de premier plan au cartel.

Aujourd’hui, l’Institution intergouvernementale qui siège à Vienne compte 14 membres. En plus des membres fondateurs, l’OPEP compte donc dans ses rangs l’Algérie, l’Angola, les Emirats arabes unis, l’Equateur, le Gabon, la Guinée Equatoriale, la Libye, le Nigeria et le Qatar. 


 
Un rôle de swing producer…

Avec une production cumulée avoisinant 40% de la production mondiale, pour un contrôle de près de 70% des réserves mondiales de pétrole, l’OPEP s’impose comme le producteur d’appoint, ou « swing producer » des marchés pétroliers. Dit autrement, le cartel, avec en tête de liste l’Arabie Saoudite, dispose d’un poids suffisamment significatif pour affecter le prix du baril en ajustant sa production.

L’OPEP a donc pour mission de répondre aux déséquilibres entre l’offre et la demande dans le but de garantir d’une part une stabilité des prix et d’autre part un prix rémunérateur à ses membres. In fine, l’intérêt demeure de limiter la volatilité des cours qui constitue non seulement un fléau pour les équilibres budgétaires des pays producteurs, mais aussi un sérieux frein aux investissements de la filière pétrolière.

… qui s’effrite avec l’essor des hydrocarbures non-conventionnels …

Si le cartel a su, avec plus ou moins de réussite, remplir cette tâche de régulateur, l’essor fulgurant du pétrole de schiste américain remet sérieusement en cause son influence. Beaucoup plus flexibles face à la demande grâce à un cycle d’investissement et de production significativement plus court, les producteurs américains de pétrole de schiste sont en pole position pour prendre des parts de marché à l’OPEP.

Répondant à une logique de rentabilité, les Etats-Unis sont en passe de devenir le premier producteur mondial de pétrole, devant la Russie et l’Arabie Saoudite. Les progrès technologiques, améliorant constamment le procédé de fracturation hydraulique ont permis aux producteurs américains de multiplier leur production par deux depuis 2009, à près de 11 millions de barils par jour.

Cette nouvelle concurrence a poussé l’OPEP à revoir radicalement sa stratégie. Si dans un premier temps, la priorité allait à la défense de ses parts de marché face à l’essor de la production US (poussant les prix à la baisse en 2014 jusqu’à 25 USD le baril), le cartel s’est allié pour la première fois à des pays non membres de l’organisation, dont la Russie, pour enrayer la chute des cours via la mise en place de quotas de production.

Le rôle de producteur d’appoint n’est donc plus porté intégralement par l’OPEP. S’il s’agit d’un aveu d’échec pour le cartel, qui ne peut réguler à lui seul les marchés pétroliers, il paraît évident que cette alliance inattendue permet néanmoins à l’OPEP de sauvegarder sa crédibilité. Preuve en est, les cours se sont nettement redressés depuis l’application des contraintes de production.

… et des conflits internes.

A cela s’ajoutent des divisions internes, qui entachent significativement l’unité du cartel. Au-delà des divergences idéologiques bien ancrées qui compliquent la cohabitation de certains membres, notamment entre l’Arabie Saoudite et l’Iran, il convient de relever d'importantes inégalités en matière de résilience aux fluctuations du prix du baril.

Plus concrètement, le degré de dépendance aux hydrocarbures ainsi que les prix de revient moyens varient selon les Etats. Difficile dans ce contexte de tendre vers des décisions qui satisfassent pleinement les 14 membres du cartel. Les risques de désaccords sont par conséquent importants.

Jordan Dufee
© Zonebourse.com 2018
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