Thomas Gouttman

Analyste Senior
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Thomas gère une holding d'investissement privée. Son expertise des marchés internationaux et sa plume savoureuse ravissent les lecteurs de Zonebourse depuis 2017.

Quatre tactiques d'investissement "momentum"

18/06/2019 | 14:19

Fidèles à des méthodes de gestion patrimoniales dites "buy and hold" — bien inspirées et qu'il ne s'agit pas ici de remettre en cause — les investisseurs à long terme cultivent à l'encontre des tactiques plus spéculatives un certain snobisme qui parfois les dessert.

En effet, s'il est naturel de prêcher pour sa paroisse, rien n'interdit d'emprunter quelques soupçons de méthode au voisin, et ainsi ajouter de nouvelles cordes à son arc. Dans cet esprit, voici quatre indicateurs communs à de nombreuses stratégies dites "momentum" fort utiles lorsqu'on souhaite optimiser la gestion de son portefeuille.

Premièrement : l'entreprise vient de refinancer sa dette selon des termes favorables. Souvent, un tel évènement entraîne une revalorisation immédiate de l'action, car l'assise financière est assainie et le risque d'insolvabilité écarté — sinon reporté dans les cas les plus critiques.

Pour plus d'efficacité, privilégier l'emploi de cette tactique lorsque l'entreprise étudiée est de petite taille — donc hors du radar des investisseurs institutionnels — et modérément endettée, car le marché ne sera pas dupe si elle croûle sous les obligations et n'obtient via ce refinancement qu'une bouffée d'oxygène avant suffocation finale.

Deuxièmement : le conseil d'administration vient de voter un plan de rachats d'actions massif. Une décision de cette nature est traditionnellement prise lorsque les actionnaires de l'entreprise estiment sa valorisation très inférieure à sa valeur intrinsèque ; sur le papier, il s'agit donc d'un investissement rationnel et opportuniste.

Cette arme est toutefois à double tranchant. Côté face, si la décote est réelle et les perspectives futures chantantes, l'opération se révèlera sans doute très profitable pour les actionnaires, car l'actif net de l'entreprise grossira tandis que le nombre de titres — de parts du gâteau — diminuera, ce qui augmentera mécaniquement la valeur par action.

Côté pile, il faut bien entendu s'assurer que le management ne consomme pas les cash-flows ou les précieuses réserves de l'entreprise pour racheter ses titres à des valorisations élevées — au risque que l'investissement produise un retour anémique ou négatif — et qu'un tel choix n'est pas motivé par d'inavouables raisons, comme par exemple un plan de rémunération outrageusement concentré sur le profit net par action.

Pour plus d'efficacité, privilégier ici les flottants réduits - car les rachats d'actions auront alors un impact prononcé - et les entreprises coutumières de communications aux investisseurs prudentes, voire apathiques. D'expérience, on observe en effet que les rachats d'actions sont souvent moins judicieux lorsque mis en place par des entreprises habituées aux communications trop optimistes.

Troisièmement : les "insiders" - c'est-à-dire les dirigeants et les actionnaires influents - achètent eux-mêmes des titres sur le marché. Parce qu'elles doivent être déclarées aux autorités de surveillance, ces opérations sont faciles à tracer et à suivre en temps réel.

Bien entendu, et sauf exception, les dirigeants en savent davantage sur la situation et les perspectives de l'entreprise que les observateurs extérieurs, même si compétents et assidus. A ce titre, s'ils consacrent une partie significative de leur patrimoine personnel à acquérir des titres, c'est sans doute pour une bonne raison.

Quatrièmement : le secteur auquel appartient l'entreprise est en voie de consolidation — idéalement, cette dernière est menée à marche forcée par des entreprises dominantes et bien capitalisées, comme on l'observe par exemple ces temps-ci dans l'industrie des paiements électroniques.

Lorsqu'on remarque une frénésie d'opérations de fusion-acquisition et que les acteurs dominants sont engagés dans une course à l'échelle pour dominer le marché, les offres de rachat faites aux acteurs intermédiaires sont souvent juteuses — voire franchement déraisonnables, mais c'est un autre sujet.

Privilégier ici les entreprises de taille intermédiaire — car les gros préfèreront les moyens aux petits — avec un historique de croissance satisfaisant, et se familiariser avec les ratios de valorisation type EV/EBITDA plutôt que les traditionnels multiples de profits consolidés qui font moins sens pour un acquéreur, concentré en premier chef sur la profitabilité avant intérêts et taxes de sa cible.
 
Dans un registre différent, mais avec cette même finalité de conjuguer des stratégies d'investissement "fondamentales" et "momentum", Surperformance — la société éditrice de Zonebourse — a développé une puissante technologie d'agrégation de données, exhaustive et automatisée, sur laquelle repose entièrement la gestion du fonds Europa One et des portefeuilles.
 

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Valeurs citées dans l'article
Varia.DernierVar. 1janv
MADELEINE EUROPA ONE I 0.14%112.16 Cours en clôture.-16.34%
MADELEINE EUROPA ONE R 0.14%145.38 Cours en clôture.-16.71%