Commençons par la très attendue réunion de politique monétaire de la Réserve fédérale américaine. Comme le résumait très bien Anthony Bondain dans sa chronique matinale, la Fed se réapproprie la narration et distille un discours en ligne avec les attentes. Si le scénario central s’articule autour d’une seule baisse de taux, le graphique en point, très attendu pour jauger de la position de chacun des membres du comité quant à la trajectoire à tenir sur les taux d’intérêt laisse la porte ouverte à deux baisses d’ici la fin de l’année. Surtout si l’inflation nous fait encore la joie de baisser plus qu’attendu. Rappelons en effet que le CPI Core est ressorti en deçà des attentes de 0.1 point à +0.2% en rythme mensuel.

A l’issue de cette publication, les indices ont nettement progressé sur fond de détente des taux d’intérêt, d’une baisse du dollar et d’une hausse de l’or. Pourtant, au lendemain de la décision, les indices européens piquaient du nez. La faute au Président français ? Non, pas cette fois (quoique ?), mais nous y reviendrons plus tard.

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Graphique : Bloomberg Opinion

Le graphique ci-dessus montre les mouvements des quatre principaux actifs financiers lors de la journée du 12 juin. Si le CPI a été clairement bien accueilli, les marchés n’ont pas réussi à conserver leurs tendances initiales. Le dollar ainsi que les rendements obligataires ont recoupé petit à petit une partie de leurs pertes, poussant ainsi les indices actions à la baisse lors de la session européenne du lendemain.

Justement, en Europe la situation s’est quelque peu tendue à l’issue des élections européennes. La France fait d’ailleurs figure de mauvais élève entre un vote très à droite et une dissolution surprise de l’Assemblée nationale même si la performance du marché parisien vis-à-vis de ses pairs avait déjà commencé à se dégrader depuis des mois, comme en témoigne le graphique ci-dessous.

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Whatever it takes

Le spread entre les taux français et allemand a bondi de 25 points de base en l’espace de quelques jours. Autrement dit, les investisseurs s’inquiètent du futur de la France et lui font payer plus cher ses émissions de dettes. Si la nature a horreur du vide, les investisseurs n’aiment pas eux, les (mauvaises) surprises. L’affaire tombe également au plus mal après la dégradation de la dette française par l’agence de notation Standard & Poors.

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Source : Bloomberg

Le graphique ci-dessus relate l’évolution du spread en données hebdomadaires sur les 15 dernières années. Comme vous pouvez le constater, la situation fut déjà bien pire, notamment lors des craintes liées à l’euro en 2011 et 2012. A cette époque, il aura fallu toute la détermination de Super Mario Draghi et son célèbre "whatever it takes" pour calmer les ardeurs des spéculateurs.

Si la situation actuelle est nettement plus locale, il n’en demeure pas moins qu’elle traduit la défiance des investisseurs à l’égard de la France tout en pesant sur les finances publiques. Avec le débordement de la résistance à 63/65, qui fait office désormais de premier support, le spread a continué de s’écarter et teste actuellement la résistance des 74/76, avec le risque de faire une pointe jusqu’aux 86 avant les prochaines élections. Et en fonction des résultats, la zone des 110/112 pourrait être la prochaine cible. Autant dire que les français n’ont pas fini de payer…