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Terres rares : Une cartographie des enjeux

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31/05/2019 | 09:42

Coup de froid sur les places boursières du globe. Alors que les opérateurs tablaient, il y a encore quelques semaines, sur l’avènement d’un deal Etats-Unis – Chine sur la thématique commerciale, les discours se sont nettement tendus depuis entre les principaux intéressés et les ballets diplomatiques ont laissé place aux taxes douanières. Dans ce - périlleux - jeu de surenchère, chaque camp montre ses muscles et fait valoir ses arguments. Si la force de frappe de l’économie américaine demeure sans égale, elle est loin d’être inébranlable, particulièrement sur les questions de son approvisionnement en terres rares.

Ce que l’on pourrait apparenter au talon d’Achille des Etats-Unis est naturellement mis à profit par les autorités chinoises, qui menacent d’utiliser la position dominante de la Chine en la matière pour peser dans les négociations commerciales. On comprend aisément qu’il s’agit d’un puissant levier entre les mains de Pékin, mais que se cache-t-il concrètement derrière ce terme devenu courant ? Voici plusieurs éléments de réponse :

Dans la famille des métaux stratégiques, je demande les terres rares

Elles ont pour nom cérium (Ce), dysprosium (Dy), terbium (Tb) ou encore samarium (Sm). Ces patronymes peu connus font partie d'un groupe de dix-sept métaux répondant à des propriétés électromagnétiques spécifiques. Pour aller un peu plus loin, les terres rares comprennent les quinze éléments du groupe des lanthanides et deux éléments aux propriétés voisines : l’yttrium (Y) et le scandium (Sc). Ces matières minérales ont en commun, en dehors de leur appellation  singulière, d’être indispensable dans des fabrications de haute technologie de par leurs propriétés magnétiques et de luminescence.

Classification des terres au sein du tableau de Mendeleïev – source : Direction des géoressources

Contrairement à ce que leur nom laisse entendre, les métaux appartenant à cette famille ne sont pas si rares. Ils sont même plus présents sur la croûte terrestre que l’or et l’argent… et répartis un peu partout sur le globe. Si rareté il y a, elle se cristallise dans l’origine des pays producteurs, comme la Chine, en situation de quasi-monopole en assurant 90% de la production de terres rares.

Dans ce cadre, il parait légitime de se demander pourquoi l’offre est si concentrée alors que les réserves prouvées ne le sont pas ? Il faut, pour démêler ce paradoxe, comprendre comment est constitué un gisement de terres rares et distinguer les terres rares lourdes des terres rares légères.
  • Premièrement, toujours à la différence de l’or ou de l’argent, les terres rares ne se trouvent jamais naturellement sous forme métallique. Elles sont au contraire inclues dans la structure atomique de minéraux variés. Cette contrainte nécessite des techniques de séparations spécifiques et … extrêmement polluantes. Un grand nombre de pays renonce à porter des projets miniers en raison de ces problématiques environnementales. Ce n’est pas le cas de la Chine qui jouit de standards bien plus souples en la matière. 
  • Ensuite, les métaux de cette famille se trouvent généralement associés ensemble dans les gisements de terres rares, mais en proportions variables d’un gisement à l’autre. C’est ici qu’entre en jeu la notion de terres rares légères et lourdes. Bien qu’il n’existe pas de standards internationaux pour établir une réelle délimitation au sein des terres rares, il est admis que plus le numéro atomique est élevé, plus l’élément en question est lourd. Les terres rares légères se trouvent en abondance, elles sont donc produites en quantités supérieures par rapport aux terres rares lourdes dont la concentration est nettement plus faible dans les gisements de terres rares. A titre informatif, produire une tonne de dysprosium (numéro atomique 66) revient à produire 38 tonnes de cérium (numéro atomique 57) et 24 tonnes de lanthane (numéro atomique 58). Ajoutons une once de logique économique pour comprendre que certains métaux font l’objet de surproduction tandis que d’autres sont considérés comme "critiques" et vivement recherchés, en particulier ceux générant une forte valeur ajoutée dans leur domaine d’application. Dit plus brièvement, les terres rares lourdes, comme le dysprosium ou le terbium sont les plus recherchées. Sans faire durer le suspense plus longtemps, les gisements offrant les plus fortes concentrations de terres rares lourdes se situent en Chine, qui abrite des gisements d’argiles ioniques enrichis en terres rares et représentant pas loin de l’essentiel de l’offre mondiale en terres rares lourdes.
Parlons peu, parlons prix

Les prix des terres rares sont fixés par négociations directes entre producteurs miniers et transformateurs ou bien utilisateurs finaux. Les échanges demeurent naturellement relativement opaques en termes de volumes et de prix. Sur cette base, il n’existe pas de marché unique des terres rares, mais plutôt des marchés spécifiques à certaines d’entre-elles. Citons par exemple le cérium, le dysprosium, le gadolinium, le lanthane, ou encore le terbium qui disposent d’un prix spot, soit sous forme de métal, soit sous forme d’oxyde. Sans grande surprise, ces métaux sont cotés au Shanghai Metals Market (SMM)

Comme vu précédemment, les terres rares souffrent d’une offre et d’une demande inégales, si bien que la dispersion des prix entre les composantes de cette même famille est énorme. A ce titre, certaines terres rares sont cotées en tonne métrique quand d’autre le sont en kilogramme. Selon les données du SMM, le prix du cérium métal est de 34,5 CNY le kilogramme (soit 5 USD/kg) tandis que celui du terbium est de 4550 CNY (soit 336 USD/kg), plus de cent fois plus, donc.


Evolution du prix des terres rares, libellées en yuan par TM et par Kg – source : Bloomberg

Une prise de recul sur l’évolution des prix des terres rares permet de se rendre compte de la violence de la chute des cours depuis 2011 et l’éclatement de la bulle des terres rares. En guise de rappel, les prix avaient momentanément explosé après les annonces de la Chine de durcir ses quotas d’exportations. Les craintes de pénurie se sont alors intensifiées et les courses au stockage ont suscité un véritable emballement des cours. Toutefois, la hausse des prix a incité de nombreux pays, dans une logique de diversification d’approvisionnement, à financer des projets d’exploration minière. Certains gisements déjà connus pouvaient par ailleurs être rentables sur ces niveaux de prix, poussant les autorités chinoises à revoir progressivement à la baisse leur revendication protectionniste.

Fait important, si l’échelle du graphique ci-dessus atténue le redressement des cours depuis le début du mois, les hausses sont belles et bien significatives : sur cette période, le néodyme et le dysprosium s’apprécient d’environ 30% tandis que le terbium avance de 12%, tout en restant très loin de leur niveau de 2011.

Des usages divers sur de nombreux marchés stratégiques …

Les terres sont omniprésentes dans nos objets high-tech du quotidien, mais pas que, ces métaux sont indispensables dans de nombreux secteurs. On peut en distinguer de nombreux marchés touchant une myriade d’industries :
  • Les aimants permanents constituent le plus grand marché des terres rares. Plus petits et plus performants que les aimants classiques, ils sont devenus indispensables dans de nombreux domaines. La demande en aimants permanents provient de l’automobile, du secteur des énergies renouvelables (génératrice des éoliennes à entrainement direct), ainsi que de l’électronique grand public (microphone, haut-parleur des smartphones, ordinateurs, disques durs etc.). Les industries dites de défense sont aussi gourmandes en aimants permanents puisqu’ils sont nécessaires au bon fonctionnement des systèmes de radars, des systèmes de guidage de missiles et autres capteurs.
  • Le marché de la catalyse, dont les principaux acteurs demeurent l’industrie pétrolière (craquage des hydrocarbures lourds) et automobile (pots catalytiques).
  • Le stockage de l’énergie, tiré essentiellement par la demande de batterie, est aussi gourmand en terres rares en nécessitant des alliages métallurgiques. Toutefois, l’émergence des batteries Li-ion, plus performante, impacte la demande d’alliage en rendant technologiquement obsolètes les batteries NiMH incorporant des terres rares.
  • Les poudres luminophores sont historiquement utilisées dans les ampoules fluorescentes compactes. La demande de ce marché est en perte de vitesse du fait de la substitution des ampoules fluo-compactes par les ampoules LED, moins utilisatrices de terres rares.
A la lumière ce ces éléments, les terres rares sont répandues au sein de nombreux domaines d’activité et touchent particulièrement les industries d’avenir. Parmi les marchés précédemment cités, il est aisé de comprendre que celui des aimants permanents cristallise toutes les attentions puisque à l’heure actuelle, il est impossible de substituer les terres rares sans perdre en performance.

… aux enjeux géopolitiques prépondérants 

L’emprise chinoise sur ces métaux n’est pas prête de s’estomper, preuve en est, la Chine s’aventure à l’international et se lance à la conquête de nouvelles sources de terres rares. Si la majorité des projets miniers sont en sommeil compte tenu du niveau actuel des prix, la Chine fait quelques apparitions notamment au Groenland dans le gisement de Kvanefjeld et même celui de Bokan Dotson Ridge aux Etats-Unis. A ce titre, on ne peut qu’envisager une poursuite de la dépendance des industries de pointe à l’ogre chinois, transformant des problématiques minières et économiques en véritables conflits géopolitiques.

Le graphique suivant en dit long sur la dépendance des Etats-Unis à la Chine sur son approvisionnement en terres rares, dont 80% proviennent de l’Empire du Milieu.

Origines des importations de terres rares aux Etats-Unis – source : Bloomberg, US Geological Survey

Poussons le raisonnement plus loin : dans un scénario de fortes tensions sur les prix des terres rares, bien que les acteurs américains et européens disposent d’études de faisabilité pour mettre en production de nouveaux gisements, il convient de garder à l’esprit qu’il y a tout un pan de industrie, à l’heure actuelle inexistant, à créer. Cela revient à avancer que produire sur place des terres rares sera nécessairement plus coûteux que de continuer à les importer de Chine, d’autant plus que ce sont les produits finis qui font l’objet d’importation.  

La Chine peut effectivement compter sur une filière industrielle verticalement intégrée, qui s’étend de la mine aux produits intégrant des technologies de pointe. Autrement dit, composer entièrement sans la Chine pour s’approvisionner en terres rares procède plus d’une croyance erronée que d’une option envisageable tant que les obstacles financiers, humains et environnementaux sont considérables.

Sur cette base, Washington et Pékin doivent s’entendre sur la thématique commerciale, au risque de vivre un épisode digne de 2011, dommageable à tous.

Sursaut des minières spécialisées

Les grands gagnants de cette montée inédite des tensions sur le marché des terres rares demeurent évidemment les producteurs miniers spécialisés. Au-delà de la dimension stratégique des minéraux travaillés, la hausse des cours des terres rares rime avec rentabilité. Les producteurs font ainsi l’objet d’intenses spéculations depuis quelques séances, notamment pour les rares élus en activité en Australie et au Canada.

Citons en vrac les parcours des minières australiennes telles que Lynas Corporation et Greenland Minerals and Energy, ainsi que ceux d’Ucore Rare Metals et Avalon Advanced Materials pour les canadiennes, dont les cours de bourse progressent sur les cinq derniers jours de 30% à 60%.  

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Jordan Dufee
© Zonebourse.com 2019
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