Florent Thy-Tine, quel bilan tirez-vous des rencontres émetteurs-investisseurs lors de votre traditionnel forum annuel de mai ?
Malgré le contexte peu porteur et l’incertitude ambiante, nous n’avons pas observé de rupture dans les messages des sociétés, juste une bonne dose de prudence, tous secteurs confondus et quels que soient pays d’origine des sociétés réunies. L’impact inflationniste est plutôt bien géré à ce stade, les sociétés ayant tiré des leçons de la poussée inflationniste post-Covid. Ainsi des sociétés comme Stef ou l’industrie automobile parviennent à répercuter ou à gérer les hausses de coûts matières, même si l’on sent qu’il ne faudrait pas que la pression se prolonge trop longtemps. Indirectement, la consommation souffre, ce qui n’empêche pas des acteurs comme ID Logistics d’afficher son optimisme. Cela rappelle l’importance du stock-picking, particulièrement dans ce type de périodes.
Quelles sont les valeurs préférées de l’équipe dans ce contexte, à commencer par les valeurs françaises ?
ID Logistics, qui ne voit poindre aucun nuage à l’horizon. Bien évidemment, la croissance soutenue attendue en 2026 devrait encore peser sur la rentabilité limitant l’effet de levier, mais la baisse du titre ces derniers mois constitue une opportunité pour se positionner sur le dossier.
Lumibird, qui aborde la suite de l’exercice avec une visibilité en amélioration. Le Médical montre des signes de normalisation, portée par un backlog en nette progression et des relais de croissance identifiés, tandis que la Photonique continue de tirer la dynamique du Groupe, portée par une forte traction en défense, sur fond de réarmement et d’élargissement des marchés adressables, renforçant le carnet de commandes. L’ensemble repose sur des fondamentaux et une exécution solides, tout en conservant un attrait spéculatif lié à des discussions M&A en cours, sans pour autant altérer sa trajectoire autonome. Notre objectif de cours est de 28.5€ sur le titre.
Sur Virbac, nos échanges ont confirmé que la surperformance historique du Groupe était pleinement entretenue et reposait sur des leviers structurels clairs et durables. À court terme, la guidance 2026 est pleinement réitérée, avec des relais bien identifiés. Notre objectif de cours est à 407€.
Vous avez également de fortes convictions du côté de l’Italie…
En effet, Gentili Mosconi s’y distingue par une exposition directe au cœur de la création de valeur du luxe, son textile haut de gamme, qui valorise pleinement la qualité perçue du produit final des maisons de luxe, constitue un moat.
IEG, acteur de l’évènementiel, a explicitement indiqué que, sans les incertitudes géopolitiques actuelles (Moyen Orient), une révision à la hausse des objectifs aurait été envisagée, ce qui est bon signe pour le respect de la guidance annuel. Le récent deal Apollo/Emerald Holding (12x-13x EV/EBITDA) met en évidence un écart de l’ordre de % avec IEG.
Racing Force (protection pour pilotes de course) nous a indiqué que la dynamique observée en avril se confirmait sur l’ensemble du T2, qui pourrait afficher une nouvelle croissance à deux chiffres, ce qui devrait nous amener à relever nos prévisions.
Somec (enveloppes en verre pour les navires de croisière et les projets architecturaux spéciaux) nous a fait part de sa visibilité accrue liée aux nouvelles commandes et un contexte de marché encore plus porteur que prévu il y a un an. Les segments Premium, Luxury et Expedition apparaissent comme les principaux moteurs de croissance industrielle. Ces segments impliquent un contenu technique par navire plus élevé, une forte personnalisation des espaces et une demande moins volatile. Malgré la hausse du titre, la valorisation reste en effet attractive car le titre traitant autour de 10,5x–7,5x les résultats 2026–27 et 4,2x–3,8x EV/EBITDA 2026–27.
Voyez-vous des secteurs ou valeurs à éviter ?
La consommation et les voyages souffrent, nous le constatons sur des dossiers comme Maisons du Monde et Voyageurs du Monde, dont les ventes ont reculé de plus de 10% ces deux derniers mois. Mais là encore le stock picking permet de s’en sortir puisque Vente-Unique s’en sort bien et maintien sa croissance à deux chiffres, ou encore LDC qui devrait publier d’excellents résultats prochainement alors que Bonduelle souffre d’effets adverse : concurrence du maïs chinois, report des consommateurs sur les MDD, difficultés d’approvisionnement, questionnement sur la pérennité de la forte contribution aux résultats réalisés en Russie, etc. Toujours dans le secteur des meubles, Roche Bobois est également à la peine.
Autre contre-exemple dans un secteur compliqué en ce moment : Rising Stone. Ce promoteur que nous avons récemment introduit en Bourse est spécialiste des biens très haut de gamme, autour de 30.000 euros le mètre carré. Il est assez peu exposé à une clientèle du Moyen-Orient et la crise actuelle favorise le tourisme en France. Les programmes s’écoulent bien et de nouveaux projets sont annoncés près de Nice et dans les Alpes. Les résultats publiés se sont révélés supérieurs aux attentes et son PER est de l’ordre de 10x, en ligne avec le secteur européen alors qu’une prime serait amplement méritée.
Pour terminer, quelle thématique particulièrement porteuse voyez-vous émerger pour les trimestres à venir ?
Tout ce qui a trait à la souveraineté retient l’attention par les temps qui courent. La défense (Exail, Lumibird…), la souveraineté énergétique (La Française de l’Energie) et les data-centers (Lu-ve, Unidata).





















