La plus haute instance judiciaire d'Afrique du Sud a relancé vendredi la procédure de destitution visant le président Cyril Ramaphosa, dans le cadre d'un scandale portant sur le vol d'une importante somme de devises étrangères dissimulée dans un canapé de sa ferme en 2020.

En 2022, la formation politique de M. Ramaphosa avait bloqué la mise en place d'une commission d'enquête parlementaire destinée à faire la lumière sur cet incident. L'affaire soulevait des interrogations sur l'origine de ces liquidités, leur déclaration au fisc et les raisons pour lesquelles elles étaient stockées dans du mobilier plutôt que déposées en banque.

M. Ramaphosa, au pouvoir depuis 2018, a toujours nié toute malversation dans cette affaire baptisée 'Farmgate' par les médias locaux, affirmant que ces fonds provenaient de la vente de buffles de son exploitation de gibier.

UN LONG CHEMIN AVANT UN ÉVENTUEL VOTE DE DESTITUTION

La Cour a jugé que le blocage de la procédure de destitution était incompatible avec la Constitution et que la commission devait désormais être constituée.

Dans un communiqué, Cyril Ramaphosa a déclaré qu'il respectait la décision de justice.

Les analystes politiques estiment que le processus de destitution reste long et que le président devrait vraisemblablement s'en sortir si la question était soumise au vote de la chambre basse du Parlement.

Un vote de destitution requiert une majorité des deux tiers. Bien que le Congrès National Africain (ANC) de M. Ramaphosa ait perdu sa majorité absolue lors des élections de 2024, il détient toujours bien plus d'un tiers des sièges à l'Assemblée nationale.

Le scandale du 'Farmgate' a éclaté lorsqu'un ancien responsable du renseignement a déposé plainte, alléguant que le président avait tenté de dissimuler le vol d'environ 4 millions de dollars en devises cachés dans sa ferme de Phala Phala.

M. Ramaphosa, homme d'affaires fortuné avant son accession à la présidence, a reconnu le cambriolage mais a soutenu que les voleurs n'avaient dérobé que 580'000 dollars.

RAMAPHOSA CONSERVE LE SOUTIEN DE L'ANC ET DE LA COALITION

En 2022, un panel d'experts indépendants avait conclu à l'existence de preuves préliminaires de faute grave de la part du président, poussant certains opposants à réclamer sa démission.

Lawson Naidoo, secrétaire exécutif du Conseil pour la défense de la Constitution sud-africaine, a précisé que les travaux de la commission de destitution seraient plus approfondis et s'étaleraient probablement sur plusieurs mois.

Le parti d'opposition à l'origine du recours devant la Cour constitutionnelle, les Combattants pour la liberté économique (EFF, gauche radicale), a adressé vendredi un courrier à la présidente de l'Assemblée nationale pour exiger la formation immédiate de ladite commission.

'Je ne pense pas que le rapport du panel mènera à une destitution effective', a tempéré l'analyste politique Oscar van Heerden.

'M. Ramaphosa bénéficie toujours du soutien majoritaire de son parti, et celui-ci ne souhaitera pas déstabiliser la situation en menant cette affaire à son terme logique', a-t-il ajouté, précisant que les principaux partenaires de coalition de l'ANC, tels que l'Alliance démocratique, partageraient probablement cette position.